LE CHEVALIER, GÉRARD
Gérard. Qu'avez-vous donc, monsieur le chevalier? vous êtes triste, pensif.
le chevalier. Moi!., oui, je pense.
Gérard, avec bonhomie. Vous soupirez, vous n'êtes pas heureux, vous qui méritez tant de l'être ; mon mariage vous rappelle peut-être quelque chagrin, quelque inclination contrariée. (Le chevalier fait un mouvement.) Ah! pardon ! ce que je dis là n'est pas par curiosité au moins, mais quand on est heureux, on voudrait que tous ceux qu'on aime, qu'on respecte, le fussent aussi. Ce n'est pas l'embarras, si je suis heureux, moi, mademoiselle Julie ne l'est guère.
le chevalier, vivement. Comment?
Gérard. Vous savez bien ce qui est arrivé à.Rayinond, son frère; ils l'ont enrôlé.
le chevalier. Oui, je l'avais oublié.
Gérard. Toute la journée elle ne fait que pleurer.
le chevalier, vivement. Elle pleure!
gerard. Elle aime tant son frère! elle lui est si attachée! Nous savons que Raymond s'est déjà réclamé de vous, qu'il vous a écrit. Eh bien ! y a-t-il quelque espoir?
le chevalier. J'en avais déjà parlé; mais je verrai moimême son colonel. Quel est-il?
Gérard. Régiment de Brie, colonel Fouquet.
le chevalier. Colonel Fouquet! c'est un parent du vicomte, et je saurai par lui...
Gérard. Tenez, voilà ma femme qui vient de ce côté-ci, sans doute da/is l'intention de vous en parler aussi. Moi, je vais le voir en attendant, ce beau-frère, le consoler, lui porter quelque argent.
le chevalier. Gérard, dis à Raymond que, si je ne puis pas le délivrer, nous partirons ensemble.
Gérard. Oui, monsieur le chevalier. (Bas, à sa femme, qui entre en lui montrant le chevalier.) Il n'est pas heureux ; c'est bien dommage ! (Il sort; moment, de silence.)