SCÈNE V
Les précédents, JULIE.
le général. Arrivez, chère amie, c'est aujourd'hui le jour des reconnaissances, et voici le vicomte de La Morlière qui désire vous présenter ses hommages et ses compliments.
le vicomte. 0 ciel! en croirai-je mes yeux?
le général, Quoi! vous la reconnaissez encore? Eh bien! mon ami, en fait de compliments, vous ne pouviez pas lui en adresser un plus flatteur-
le vicomte. C'est la petite Julie ! c'est la femme de Gérard !
le général. C'est la mienne à présent. Gérard, qui fut notre sauveur, noire protecteur, notre ami, est mort à Austcrlitz comme un brave qu'il était.
le vicomte. Austcrlilz!
le général. Oui, encore une quc.voiis ne connaissez pas; et j'ai pu enfin acquitter la dette de l'amour et de l'honneur.
Air : Le choix que fait tout le viUaje. Ma deslinéc à la sienne est unie, Après tant de maux, de tourments; Autrefois je lui dus la vie, Et le bonheur depuis vingt ans.
JULIE
Oui, pour nos cœurs où la paix est rentrée. Sur nos vieux jours le bonheur luit enlin, Profitons-en; une belle soirée Fait oublier l'orage du matin.
le général, au vicomte qui est. dans la dernière agitation, et qui veut sortir. Eh mais, vicomte, qu'avez-vous donc? le vicomte. Je ne puis rester danscelte maison, je m'en vais.
LE GÉNÉRAL ET ALFRED . Et pourquoi dollC ?
le vicomte. Je ne puis supporter de pareilles mésalliances, et j'en rougisd'indignation ! un Surgy s'allieràune famille...
le cénéral. Aussi illustre que la noir.', mon cher; quand on est la sœur d'un maréchal de France... (Alfred passe auprès de Julie.)
le vicomte, se levant. 0 ciel! que dites-vous? (Saluant Julie.) Comment ! Madame n'éla't point la soeur de ce pelit Raymond ?
le général. Si vraiment.
Air des Scythes.
Mais ce Raymond dont votre esprit se raille, Et qui partit son paquet sur le dos, Lui qui jadis, au quai de la Ferraille, Fut, grâce a. vous, rangé sous nos drapeaux, Et malgré lui forcé d'être un héros, Eut bientôt pris sa gloire en patience ; Et de soldat, mon beau-frère Raymond S'est trouvé prince et maréchal de France.
LE VlOMTE.
Et de quel droit?
LE GÉNÉRAL
Par lu droit du canon.
Le voilà prince et maréch.il de France, Et c'est, morbleu, par le droit du canon.
le vicomte. C'est fini, je n'en reviendrai pas; je crois lire les Mille et une Nuits. (Au général.) Voyez pourtant si je vous avais cru ! Voilà un gaillard qui me doit ce qu'il est ; c'est moi qui suis la cause de sa fortune.
julie. Après cela.,, il y a bien aidé.
le vicomte. Cependant, sans moi...
alfred. Mais ma cousine, où est-elle donc? je ne la voispas.
julie. Alfred pense toujours à sa cousine.
le général. Il n'y a pas de mal ; et si mes vœux sont exaucés, si mes projets se réalisent, bientôt, je l'espère, nous pourrons voir parmi nous un bon ménage de plus ; n'est-ce pas, mon cher Alfred ?
alfred. Ah ! mon on le !