SCÈNE VIII
Les précédents, RÉMY.
madame de melcourt. Eh! tenez; voici encore quelqu'un qui vient le demander, et qui ne le trouvera pas.
delmar, bas, à madame- de Melcourt. C'est lui-même.
madame de melcourt. Ah ! mon Dieu ! ce que c'est que de ne pas connaître les personnes que l'on vante!
rémy. Enfin, vous voilà donc arrivés!
germont. Ce cher Rémy! embrasse-moi donc.
rémy. Bonjour, Monsieur; bonjour, Mademoiselle; un si aimable accueil...
germont. Ne doit pas t'étonner, toi qui partout es reçu et fêté ; nous savons de tes nouvelles.
rémy. De mes nouvelles! et comment?
germont. Parbleu ! par la renommée.
rémy. Par la renommée? je ne croyais pas qu'elle s'occupât de moi.
madame de melcourt. Ah! quoique médecin, Monsieur est modeste; voilà une qualité qui va nous raccommoder ensemble.
sophie, à Rémy. C'est madame de Melcourt, ma cousine, et une de vos malades.
rémy. De mes malades! je ne pense pasavoireu l'honneur...
madame de melcourt. Qu'est-ce que je vous disais? c'est insupportable! et nous allons de nouveau nous brouiller; il ne reconnaît même pas ceux à qui il a rendu la santé !
delmar. Parbleu! je le crois bien, sur la quantité! Mais, pardon, Monsieur, avant de sortir, j'aurais un mot de consultation à demander au docteur sur des douleurs que j'éprouve.
rémy. Il serait vrai! qu'est-ce que c'est? parle vite, mon cher Delmar.
delmar, conduisant Rémy à r extrémité du théâtre à gauche. Rien ; mais j'ai une confidence à te faire. M. Germont a pris l'appartement en face, sur le même palier; je lui ai dit que tu demeurais ici avec moi.
rémy. Et pourquoi donc?
delmar. Relie question ! pour que tu aies plus d'occasions de voir ta prétendue.
rémy. Je te remercie ; quel bonheur ! Mais quant à cette dame, eile se trompe, je ne la connais pas.
delmar. Qu'est-ce que cela te fait? ne va pas la contredire, ce n'est pas honnête.
madajwe de melcourt, bas, a Germont. Ce jeune homme qui ca'use avec lui est M. Delmar, son propriétaire, un auteur très-distingué.
germont. Comment! c'est M. Delmar, l'auteur? je logerais dans la maison d'un auteur! Tu sais bien, ma fille, cet
opéra que nous avons vu à Montpellier... M. Delmar les
paroles de cet air que tu chantes si bien sur ton piano
M. Delmar...
madame de melcourt. J'espère que vous vous rencontrerez chez moi avec Monsieur, qui me fait souvent l'honneur d'y venir; c'est aussi un ami du docteur.
germont. Je lui en fais compliment. Si je me fixais à Paris, je ne voudrais voir que des poètes, des artistes, des gens célébrés. J'aimerais à paraître en public avec eux , parce que c'est agréable d'être remarqué, d'èlre suivi, d'entendre dire autour de soi : « C'est monsieur un tel, c'est sûr, le voilà; et quel est donc ce monsieur qui lui donne
LE CHARLATANISiME.
le bras? C'est M. Germont, de Montpellier, son ami intime. » C'est une manière de se faire connaître. Voilà pourquoi j'ai toujours voulu pour gendre un homme célèbre ; il en rejaillit sur la famille et sur le beau-père une illustration... relative...
rémy. Je suis désolé, Monsieur, de vous voir de pareilles idées, non pas qu'elles ne soient très-louables en ellesmêmes ; mais, malheureusement pour moi, mon peu de réputation...
sophie. Que voulez-vous donc de plus?
delmar. Tu es bien difficile ; après les ouvrages que tu as faits, après ton Traité sur le Croup.
madame de melcol'rt. C'est-à-dire que c'est une modestie qui ressemble beaucoup à de l'orgueil.
rémy, à Delmar qm lui fait des signes. Non, morbleu ! je ne veux point tromper un honnête homme ; je veux qu'il sache que j'ai peu de réputation, peu de clients.