SCÈNE IV
ZAMBARO, BATHILDE, conduits par JAK ; ARTHUR.
jak, à Zambaro et à Bathilde. Par ici, par ici. (Il sort.)
zambaro. Comment, morbleu! tout est pris? il y a donc ici bipn du monde? (A Arthur.) Serviteur.
arthur, saluant Bathilde, qui lui rend son salut. Je vois que Madame n'a pu trouver d'appartement.
bathilde. Non, Monsieur, et il nous faut attendre dans cette salle, qui est commune à tous les voyageurs.
zambaro. Comme c'est commode! Pas pour moi, je suis fait à coucher en plein air, et à mon bord, je ne bouge pas du tillac; mais c'est pour ma nièce.
arthur. Je suis désolé d'un pareil contre-temps, et si j'osais... je proposerais à Madame de lui céder l'appartement qui m'estéchu en partage, appartement bien modeste, et peu digne de lui être offert; mais enfin...
bathilde. Vous êtes trop bon, Monsieur, je ne veux pas abuser de voire complaisance; et un tel service...
arthur. En l'acceptant, Madame, c'est à moi que vous en rendrez un; c'est déjà un plaisir que d'être agréable à une jolie femme; et qui sait? c'est peutèlre un calcul de ma part; vous voilà mon obligée; et comme telle vous me devez de la reconnaissance ; je dis une reconnaissance relative.
bathilde. Et voilà justement, Monsieur, ce qui m'engagerait à refuser.
zambaro, passant entre Arthur et Bathilde. Eh ! morbleu, que de cérémonies! je n'entends rien à vos compliments. Monsieur est honnête et galant, il ne fait que .sou devoir; il t'offre son appartement, ça te convient, ça t'arrange; remercie-le, et n'en parlons plus. Nous acceptons, Monsieur, et que ça finisse.
arthur, a part. Voilà un marin passablement brutal ! (Haut.) Vous me permetlrez du moins de me présenter, non plus chez moi, mais chez vous, pour vous offrir nies hommages, et cultiver la connaissance de monsieur votre oncle?
zambaro. Non, Monsieur. Je viens ici pour mes
affaires; je n'aime pas le monde, la société... Désolé si ma franchise vous déplaît, je suis comme cela, et ce que je pense, je le dis tout haut. J'aimedonc mieux être seul; mais ma nièce c'est différent, elle est sa maîtresse, et vous savez que les Françaises n'ont jamais détesté les compliments. (Il reprend sa place à droite.)
arthur. Madame est Française ? Je m'en doutais ! Madame se rend à Boston ? elle ne connaît pas sans doute la ville, ni les sociétés. J'y suis, j'ose le dire, assez répandu ; j'y jouis de quelque considération ; les dragons de Virginie sont, en général, très-bien vus, c'est mon régiment.
zambaro, bas. C'est Lionel.
arthur. Et je serai trop heureux, si vous daignez me permettre de vous présenter, de vous servir de chevalier.