SCÈNE II
ÉLÉONORE, ISABELLE, GUATTINARA.
guattinara, parlant au dehors, à la porte à droite. Oui, vous dis-je, j'ai à parler à Son Altesse. (Il place son chapeau sur le guéridon à droite, s'avance, et, apercevant Eléonore :) Dieu ! la princesse Éléonore !
Isabelle. Qu'est-ce donc?
guattinara, haut, à Isabelle. Je m'empressais d'apporter à Votre Altesse des lettres de France, des compliments de félicitations delà régente Louise de Savoie sur votre miriage.
Isabelle, prenant la lettre. Une lettre de Paris !.. c'est singulier, moi qui viens d'y écrire!., un message trèspressé pour des gants et des rubans!
guattinara. Eh mon Dieu ! j'en suis désolé! La lettre de Votre Alt1 sse ne partira pas! je viens de donner l'ordre d'arrêter tous les courriers qui partent pour 1 1 France, excepté ceux de l'empereur, et d'ouvrir tontes les lettres.
Isabelle, avec indifférence . Ah! bah!
eléonore, à voix basse. Demandez lui donc pourquoi?
Isabelle, de même. C'csî juste ! je n'y pensais plus. (Haut.) Et pour quels motifs, seigneur Guattinara?
guattinara, s'inciinant. Des motifs... politiques!
éléonore, bas, à Isabelle. Raison de plus !
Isabelle. Raison de plus... moi, la reine, je dois savoir...
guattinara, étonné et à part. Est-il possible!... (Haut.) Il s'agit d'une affaire d'État, d'un grave complot que j'ai découvert.
Isabelle. Vraiment?
guattinara, à part. Grâce à saint Pacôme!.. (Haut.) Complot dont je tiens à saisir les preuves... C'est pour cela que j'ai défendu de laisser sortir aucun Français de Madrid, ou de leur accorder des sauf-conduits.
Isabelle, d'un air d'indifférence. Voyez-vous cela!
éléonore, à voix basse. Demandez quel est ce complot !
Isabelle. Quel est ce complot?
cuattinara. Intrigue purement diplomatique et très -embrouillée! Votre Altesse tient-elle -absolument à la connaître?
Isabelle. Du tout ! c'était pour savoir... (Rencontrant un regard à" Éléonore.) Mais, c'est égal!
guattinara. Ce sera très-long!
Isabelle, lui faisant signe de la main. Assez! assez!
guattinara. Je n'en dirai donc pas davantage !
éléonore, à part. Pas davantage! (Haut et se levant.) Je crains que ma présence ne gène Votre Altesse, e-t moi qui n'entends rien aux affaires d'Ët it et qui ne m'en mêle jamais, je vous demanderai, Madame, la permission de me retirer. (Elle lui fait la révérence et sort.)