SCÈNE VI
Les précédents, hors ANGELINA et BELJAMBE.
poussif. Je vous demande pardon, Mesdames, de l'avoir brutalisé un peu ; quand je vois de ces faquins-là, ça me met en colère.
toinette. Et pourquoi donc?
poussif. Ce sont eux qui viennent en conter à nos jeunes filles. Aussi nos paysannes sont maintenant des élégantes.
amanda. Il est vrai qu'il règne une recherche dans leur toilette...
poussif. Oui, elles sont pimpantes et légères. Autrefois c'était lourd et honnête. On pouvait épouser ça de confiance. Aujourd'hui ça n'est plus ça.
amanda. Voilà un cocher bien exigeant.
poussif. Oui, Mam'selle...
Air du vaudeville de Fanrhon.
Nous autr's à la richesse Préférons la sagesse, Voilà comm' je somm's faits : • Aussi dans mon allure, A la fortun' douc'ment je vais.
JOSÉPHINE
Si c'est dans sa voiture, Il n'arriv'ra jamais.
poussif. Dites-moi, Mesdames... Faudra-t-il tantôt venir vous reprendre?
Joséphine. C'est que nous nous en irons peut-être bien tard.
poussif. Ça m'est égal. Je ne bouge pas d'ici. J'ai des motifs sédentaires.
amanda. Ah! vous restez ici?
poussif. Oui, Mesdemoiselles. Je vais me requinquer; l'œil de poudre, le pantalon de lanquin ; et je viens au bal pour observer, parce que, quand on est amoureux et jaloux, faut l'aire son état.
amanda. Quoi ! vraiment! vous êtes amoureux?
poussif. D'Annette Bertrand, la plus jolie et la plus friponne de toutes les paysannes des environs.
Joséphine. Je l'ai vue plusieurs fois au bal. Elle vient toujours nous parler.
poussif. Oh! je le crois bien. Au lieu d'être une
bonne et grosse fermière, elle veut faire la d'moiselle comme il faut, et tout ça pour me faire enrager et me faire des traits. Aussi je suis malheureux que c'est une pitié... Et mon cheval donc! Pauvre bète!
Air : A ma Margot du haut en bas.
Que les chevaux sont malheureux, Quand les cochers sont amoureux!
Lorsque de Paris je m'élance, Faut voir, dans mon impatience, Comment, pour arriver plus tôt, Je mets Bucéphale au galop ; Et l'amour [bis.) à c'te pauvre bète,
Fera tourner la tète.
Que les chevaux sont malheureux.
Quand les cochers sont amoureux !
DEUXIÈME COUPLET
Et quand je quitte ma maîtresse, Dans la jalousi' qui me presse, Croyant frapper sur mon rival.
Je frappe le pauvre animal; Et quclqu' jour [bis.) il crèv'ra, j' parie, D'un accès d' jalousie.
toutes les dames avec poussif.
Que les chevaux sont malheureux, Quand les cochers sont amoureux!
Je vais au bal guetter cette perfide, et si elle danse ce soir avec un autre que moi, celui-là n'a qu'à bien se tenir : ça sera sa dernière contredanse. (// sort.)