‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 686 sur 1121 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les précédents, ANNETTE.

annette, à part, i'en ai assez entendu, et j' crois que je pouvons les aborder. (Elle passe près d'eux et leur fait la révérence.)

m, durfort. Où allez-vous donc, ainsi, ma belle enfant?

annette. Pardon, excuse, Monsieur, Madame, je ye- ' nais savoir si le bal était commencé ; et je vais re- I joindre mes compagnes.

madame durfort . Dites-moi, mon enfant, le bal d'aujourd'hui sera-t-il bien beau?

annette. Oui, Madame; il y aura un beau feu d'artifice, et le bal sera plus beau encore que celui de Fontenay- aux-Roses, où vous étiez dimanche dernier.

madame durfort. Comment! vous m'y avez vue?

annette. Oh! oui, Madame; et j'ai bien des raisons pour ne pas l'oublier ; car vous êtes la cause que j'ai eu bien du chagrin.

madame durfort. Eh ! mon Dieu ! contez-nous ça.

annette. Non pas vraiemnt; je n'oserais jamais:

m. durfort. Allons, allons, parle sans rien craindre.

annette. Vous savez bien le moment où tous les jeunes gens de la ville vous entouraient et vous regardaient, il y en avait qui disaient à voix basse : « Quelle différence d'avec les autres, voilà une jolie « tournure, voilà qui est bon genre, ça se voit tout « de suite. »

m. durfort. Comment! ces messieurs disaient...

madame durfort. Eh! qu'importe ! laissez-la achever; cette petite fille est si amusante.

annette. Oui ; mais voilà le pire, c'est qu'il y avait parmi eux Nicolas Poussif, un jeune homme d'ici, qui me recherche pour le mariage : il ne vous a pas quittée des yeux de toute la soirée, et depuis ce tempslà, il ne me trouve plus gentille; il ne pense plus qu'aux dames de la ville.

madame durfort. Cette pauvre enfant !

m. durfort. Au fait, ce Nicolas Poussif est un impertinent.

annette. Alors, pour lui plaire, je m'étais promis ce soir de bien observer, pour après tâcher de vous imiter, et de faire comme vous ; mais plus je vous regarde, et plus je vois qu'il n'y a pas moyen. La belle toilette! et surtout le beau bouquet! dieux! qu'il me paraît joli ! surtout quand je le compare au mien.

m. durfort. Je le croîs bien, ce sont des j'oses artificielles.

annette. Ah ! mon Dieu ! Madame, si j'osais !

Air de la Robe et les Bottes.

Je vous d'mand'rais une faveur Bien grande, Mais vous n' voudrez pas, je le vois.

madame durfort.

Et pourquoi doue? ne crains rien et demande. annette.

Ce s'rait de changer avec moi!

D'un inconstant, pour ranimer la flamme, Pauvre d'attraits, à vous ,j' viens m'adresser; Pour plaire il m' faut d' la parure, et Madame Est assez rich' pour s'en passer.

madame durfort, étant son bouquet. Comment donc! et de grand cœur. Cette petite est charmante.

annette. Que je suis contente ! Faut le placer de côté, n'est-ce pas, Madame? Je le conserverai toujours par reconnaissance.

madame durfort. Et moi, je le garderai par souvenir.

m. durfort. Le bal ne va pas tarder à commencer; car voilà les habitués qui arrivent.

Page 1