‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 713 sur 1121 · VICTOR, SCIPION, CAMILLE, AUGUSTE · texte numérisé non relu

VICTOR, SCIPION, CAMILLE, AUGUSTE

scipion, il entre en chantant. Bonjour, mes amis; bonjour, Camille. Eh bien! le déjeuner? je meurs de faim.

Camille. Vous voilà, mon ami! comme vous arrivez tard, et comme vous avez chaud! vous verrez qui; vous vous rendrez malade.

scipion. Ah! bien, oui; comme si la maladie osait se jouer à moi, à un médecin! car je le suis, et d'aujourd'hui. Faites-moi vos compliments, je suis reçu docteur.

tous. Il se pourrait!

scipion. Oui, mes amis, oui, notre jolie petite sœur! aussi, je suis accouru vous l'annoncer, parce qu'un bonheur à soi tout seul, c'est ennuyeux ; ça n'en vaut pas la peine; j'ai passé ma thèse à toutes boules blanches; l'assemblée a battu des mains, et M. Franval, mon vieux professeur, est venu m'embrasser en criant : Dignus est intrare ! Docteur ! le docteur Scipion ! comme cela sonne ! Et puis, maintenant que me voilà un état... (Regardant Camille.) je pourrai réaliser certain projet dont je vous parlerai dans un autre moment.

victor. A merveille! nous causerons de cela. (Ici Camille commence à apprêter le déjeuner.)

scipion. En revenant j'ai passé chez le portier en f ice, et chez Antoine le commissionnaire du coin que je traite pour rien ; ensuite j'ai vu un catarrhe, et une fluxion de poitrine.

Air de l'Ècu de six francs.

J'ai fait donner un apozème, C'était au cinquième, je crois; J'ai vu deux fièvres au sixième...

VICTOR

Tu passes tes jours, je le vois, Dans les greniers et sous les toits,

LA MANSARDE DES ARTISTES

SCIPION

Des mansardes, chers camarades,

Je suis le docteur obligé.

(Montrant l'appartement où ils sont.)

Et par calcul, je suis logé

Dans le quartier de mes malades.

En tout, six visites payantes ; voilà ma matinée? et je rapporte douze francs. Tiens, Camille, toi qui tiens la caisse, serre-nous cela. Savez-vous que si chaque jour il nous en arrivait autant...

Victor. Ce cher Scipion!

scipion. Écoutez donc : on ne peut pas payer davantage un docteur qui commence, et qui va à pied; quand j'aurai ma demi-fortune, ce sera bien autre chose; ensuite, mes amis, tout en faisant mes visites j'ai pensé à vous ; c'est une excellente chose que d'avoir un médecin pour ami, ça voit tout le monde, ça va partout ; et voilà comme on parvient. Vous, mes chers camarades, vous avez un talent sédentaire, un mérite paisible; moi, je suis déjà médecin, un peu charlatan, un peu intrigant; vous attendez chez vous la fortune, et moi je vais au-devant d'elle.

victor. Pour la partager avec nous?

scipion. Fi donc! entre amis tout le monde donne, et personne ne reçoit.

Camille, qui pendant ce temps a placé les tasses sur la table et versé le chocolat. A table, à table, voici le déjeuner.

scipion. Bonne nouvelle; le petit repas de famille, c'est si agréable. (Sur la ritournelle et le premier motif de l'air, Auguste arrange les chaises autour de la table; Victor va chercher les serviettes dans la commode, et Scipion coupe du pain.)

CHŒUR

Par l'amitié Charmons le banquet de la vie ;

Par l'amitié Que notre sort soit égayé.

Camille, debout au milieu de la table.

Victor, mettez-vous là, de grâce.

Victor, se plaçant à sa droite.

Près de toi? quel est mon bonheur!

Camille, montrant l'autre place à côté d'elle. (A Scipion.) Vous ici. La plus belle place Appartient au nouveau docteur.

Auguste, je n'ai pas pour l'heure D'autre place.

(Lui montrant le bout de la table.)

AUGUSTE

C'est la meilleure, Je ne voudrais pas la céder.

D'ici, je puis te regarder.

(Ils sont tous assis autour de la table.)

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