‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 755 sur 1121 · ALCIBIADE, JUSTINE · texte numérisé non relu

ALCIBIADE, JUSTINE

jostine. Est-ce possible? c'est lui ! c'est Alcibiade! Ah ! que je suis contente de vous voir!

alcibiade. Et moi aussi, chère Justine! (4 part.) Dieu ! la fâcheuse rencontre !

Justine. Comment vous trouvez-vous ici, vous qui ne venez jamais dans le quartier?

alcibiade, troublé. Mais... je ne sais pas trop... je venais... j'arrivais... c'est une dame que j'avais à coiffer dans cette maison : madame de Murval.

Justine. C'est ici dessus, au second : une jeune élégante de la rue du Helder, qui a épousé un riche rentier de la place Boyale. C'est le jour et la nuit; elle met tout sens dessus dessous dans la maison... Mais qu'avez-vous donc, Monsieur? vous n'avez pas l'air d'avoir du plaisir à me voir.

alcibiade. Si, vraiment... mais c'est que je crains que votre oncle... Dites-moi, Justine, comment vous trouvez-vous ici?

justine. Je venais le chercher, parce qu'il y a du monde dans la boutique, qui le demande. 11 est vrai que vous ne savez pas... Mon oncle a loué une boutique qui dépend de cette maison.

alcibiade, àpart. Ah ! mon Dieu ! il faut queje tienne le plus strict incognito : dorénavant je m'envelopperai dans mon quiroga.

justine. Mais, que je vous regarde, monsieur Alcibiade; que vous voilà donc beau et bien mis ! quelle différence quand vous étiez apprenti chez mon oncle, et que vous n'aviez qu'un habit gris, qui était toujours blanc!

alcibiade, lui faisant signe de se taire. Justine, de grâce . . .

justine. Et cette chaîne en or, et ce beau lorgnon... Est-ce que maintenant vous avez la vue basse, vous qui autrefois m'aperceviez toujours du bout de la rue? vous aviez pourtant de bons yeux dans ce temps-là.

alcibiade. Oui, c'était bon quand j'habitais le Marais, mais maintenant...

justine. Et qu'est-ce que je viens donc de voir par la fenêtre ?

Ain de la Robe et les Bottes.

Cette voiture élégante et légère, Ce beau carrick, ce joli cheval bai.

alcibiade.

Dans notre état, c'est de rigueur, ma chère ; Tout est à moi, jusqu'au petit joekei.

Fut-il jamais condition plus douce?

Sur le pavé, que l'on me voit raser, Mon char s'élance, et gaiment j'éclabousse Le plébéien queje viens de friser.

LE COIFFEUR ET LE PERRUQUIER

justine. Vous êtes donc riche et heureux? Ah ! que je suis GOiitente!.. Mais vous m'aimez toujours, n'eslil pas vrai, monsieur Alcibiade? vous ne m'avez pas oubliée?

alcibiade, à part. Cette pauvre fille ! elle m'attendrit malgré moi!.. (Haut.) Oui, Justine, j'ignore ce qui m'arrivera; (A part.) j'en épouserai peut-être une autre; {Haut.) mais tu peux être sûre que je n'en aimerai jamais d'autre que toi.

justine. A la bonne heure ; au moins voilà qui est parler! (Voyant qu'il fait un geste pour partir.) Eh bien! est-ce que vous me quittez déjà?

alcibiade. Mais sans doute, il le faut : je t'ai dit qu'on m'attendait.

Justine. Dieu! que ces grandes dames-là sont heureuses d'être coiffées par vous! Eh bien! à moi que vous aimez, ce bonheur n'arrivera pas.

alcibiade. Jusline, y penses-tu?

justine. J'en ai pourtant bien envie ! car je dois aller tantôt dans une belle assemblée, où il y aura bien du monde. Mon oncle a promis de me crêper à l'ancienne manière ; mais de votre main, ça serait bien mieux, et je suis sûre que je serais bien plus jolie.

alcibiade. Un autre jour, je ne demande pas mieux, mais dans ce moment, je suis trop pressé.

justine. Eh bien! Monsieur, rien qu'un petit crochet ; j'espère que vous ne pouvez pas me refuser cela.

alcibiade, à part. An fait, puisque mademoiselle Desroches est sortie... (Haut.) Allons, dépêchons-nous; je vais vous faire une petite coiffure à la neige, dans le genre de Nardin.

justine, allant prendre un fauteuil. Ah! quel bonheur!

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