‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 765 sur 1121 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

Les précédents, JUSTINE.

poudret, à Justine qui entre, et la prenant, par la main. Viens, Justine, viens avec moi ; abandonnons un ingrat qui oublie à la fois son maître et sa maîtresse.

Justine. Qu'est-ce que cela veut dire?

poudret. Que ton fidèle amant, que M. Alcibiade épouse mademoiselle Desroches.

Justine, allant à mademoiselle Desroehes. Quoi! Mademoiselle, vous m'enlevez mon amoureux? (^4 Alcibiade.) Quoi! Monsieur...

alcibiade. Justine, ne m'accablez pas!

mademoiselle desroches et desrociies. Qu'est-ce que cela signifie?

alcibiade. Qu'il faut enfin parler et se faire connaître, aussi bien l'incognito commence à me peser; et mon nom n'est pas de ceux dont on doive rougir. Oui, Mademoiselle, oui, Monsieur, je suis ce brillant Alcibiade que trop d'ambition, que trop de succès ont égaré peut-être. Je suis coupable, il est vrai, non pas d'avoir voulu m'élever, c'est une audace qui sied au talent, et Poudret lui-même ne me désavouera pas ; mais ce que j'ai à me reprocher, c'est d'avoir pu oublier un instant celle dont j'étais aimé! c'est d'avoir été fier et ingrat envers mon ancien et respectable professeur! Oui, Messieurs, pour réparer mes fautes, je proclame ici, et je le répéterai dans tous les salons de coiffure de la capitale, ce sont les premiers principes que j'ai reçus de M. Poudret, principes que j'ai perfectionnés peut-être, qui ont été la cause de ma fortune ; et si jamais le caprice ou la mode m'élève des statues, c'est lui qui en aura été le piédestal!

poudret. Le jour de la justice arrive donc enfin !

alcibiade. Je n'ose espérer qu'un tel aveu suffise pour expier mes torts; mus cependant, si Justine daignait me pardonner, si son oncle était touché du repentir de son élève, je lui dirais: Soyons amis, Poudret! {Ici Poudret commence à pleurer.) La gloire a blanchi tes cheveux, il est temps de songer au repos, abandonne la place Royale, transporte dans la rue Vivienneet ton plat à barbe et tes dieux domestiques; viens, par ta vieille expérience, modérer ma jeune audace. Perruquier émérile, barbier honoraire, sois mon associé; régnons ensemble : toi, par le conseil, moi, par l'exécution, consilio manuque ! et si je suis l'Achille, sois le Nestor de la coiffure.

Justine. Mon oncle, je le vois, vous êtes touché !

poudret, pleurant. Son repentir me suffit; il reconnaît son maître, il rend hommage à celui qui lui a mis les armes à la main : je pardonne.

mademoiselle desrociies. Ah! mon frère, quel désappointement!, et quelle leçon!

desrociies. Vous en profiterez, ma sœur, et vous épouserez M. Durand. ^

alcibiade. Et c'est moi qui le coifferai, ou plutôt nous le coifferons; car vous venez rue Vivienne.

poudret. Non, Alcibiade; tu me connais bien peu: je sais résister à tes offres séduisantes : : fidèle à mes principes, je reste au Marais; je veux mourir et coiffer aux lieux où je suis né.

« Et que l'on dise enfin, en me voyant paraître : « Il a fait des coiffeurs, et n'a pas voulu l'être. »

VAUDEVILLE

Ain nouveau de M. Heudicr.

DESROCHES

Les feux ardents de la jeunesse, Par 1 aire sont tous amortis, Oa critique, dans la vieillesse.

Ce que l'on admirait jadis, (bis) C.'ux dont le temps blanchit la nuque, Blâment les plaisirs qu'ils n'ont plus : Ils crieraient bien moins aux abus, Si tous ceux qui portent perruque Etaient encore à la Titus.

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