‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 799 sur 1121 · MADAME LOCARD, M, DURAND, UN DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

MADAME LOCARD, M, DURAND, UN DOMESTIQUE

le domestique, annonçant. Monsieur Durand !

madame locard, allant au-devant de M. Durand, qui entre par le fond. Quoi ! Monsieur, c'est vous qui nous faites la première visite? C'est trop d'honneur, et c'était à nons, au contraire, à aller faire la demande.

durand. Ça se peut bien ; mais, voyez-vous, Madame, moi, je suis sans façon, je ne tiens pas aux cérémonies et surtout je suis rond en affaires.

Air ilu Petit Courrier.

Je su's marchand, fort étranger Aux lois de la cérémonie; Que m'importe la broderie ?

C'est l'étoffe qu'il faut juger.

L'apparence souvent déguise Plus d'un défaut, et je sais bien Qu'eu fait d'honneur, de rnai ehancfise, L'étiquette ne prouve rien.

(D'un ton brusque.)

Je vous dirai donc qu'il me convenait d'abord de donner ma nièce à un notaire; mais j'ai été aux informations, et c'est là-dessus que je veux avoir avec vous une explication.

madame LOCAan. Eh ! mon Dieu! très- volontiers, ce » que j'aime, avant tout, c'est la franchise. C'est, selon moi, une preuve d'amitié ; et je vous remercie, Monsieur, de nous traiter déjà en amis.

dijrand, à part. Cette femme-là a une manière d'entamer la conversation qui fait qu'on n'ose plus être en colère... {Haut.) Eh bien! Madame, on prétend qu'à Paris, maintenant, tout le monde se mêle de commerce et de spéculation ; que sans rien avoir, tout le monde achète ou revend des charges d'avoué, de notaire, d'agent de change; le tout à crédit, à prime, ou fin courant, comme un coupon de rente On prétend que, pour s'acquitter, on court les dots, les mariages ; que plus une charge est chère, c'est-à-dire plus on a de dettes, et plus on a de prétentions; et qu'enfin, pour ces messieurs, une femme est toujours assez belle, quand elle est assez riche. Voilà, Madame, ce qu'on dit ; et je vous demande à vous-même ce que vous en pensez.

madame locard. Cela peut être vrai en général; mais, quant à nous, Monsieur, pour vous prouver que nous tenons moins à l'argent qu'aux convenances de famille et de caractère, (Lui présentant la lettre qu'elle a lue à Alexandre.) voici une lettre dans laquelle on nous offre mademoiselle de Beaumnnt, et cinquante mille francs de plus que n'en a votre nièce, f Durand prend la lettre et la lit.) Vous voyez, Monsieur, que nous pourrions accepter ; et cependant nous refusons.

durand. 11 se pourrait! un pareil procédé... Ah! Madame, je suis confus; il n'est pas besoin d'autres explications ; je vous donne ma parole, et je suis prêt à conclure, quand vous voudrez; le plus tôt vaudra le mieux; car lorsqu'on a une manufacture, et six cents ouvriers sur les bras, on n'a pas de temps à perdre. On vous a dit que je donnais à ma nièce deux cent [ mille francs de dot?

MADAME LOCARD. Comptant?

durand. Oui, Madame, en signant le c ontrat madame locard. C'est très-bien, c'est superbe, c'est

tout ee que nous demandons; et le reste après vous.

durand. Du tout, et c'est là-dessus que je veux vous prévenir. Il se peut que je laisse quelque chose ; mais je ne m'engage à rien. Si d'ici là je rencontre de braves gens sur mon chemin, je veux être libre de leur faire du bien; je donne, je ne promets pas.

madame locard. Et vous avez raison. Je ne puis pas souffrir qu'on attriste un contrat de mariage par des idées de succession, que l'on fasse entrer en ligne de compte toutes les infirmités d'une famille, et toutes les probabilités dedécès, que l'on paraisse désirer ce qu'on doit craindre ; cela flétrit la pensée, cela révolte l'âme ; un parent qui nousaime est le plus précieux des trésors.

durand, à part. Voilà une femme aimable, cl qui raisonne bien. (Haut.) Oui, Madame, vous avez raison ; la véritable richesse, c'est le travail, la bonne conduite et le bon caractère.

madame locard. Sous ce rapport, mon fils est des plus riches. Laborieux, docile, aimant, il sera aux petits soins p air sa femme, cl si j'ai à lui reprocher quelque chose, c'est l'abus d'une qualité, l'excès de sa douceur. (On entend un grand bruit, et la voix d'Alexandre qui s'écrie :) Je suis capable de tout.

durand. Qu'est-ce que j'entends?

madame locard, embarrassée . Rien ; c'est un de mes gens qui est très-emporté, que je serai obligée de congédier.

Page 1