‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 805 sur 1121 · SCÈNE XL MADAME LOCARD, PLACIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE XL MADAME LOCARD, PLACIDE

madame locard, à part. Maintenant tout est réparé, et je puis compter sur madame de Beaumont.

placide. Nous venons de terminer, et j.e n'ai pas voulu partir sans vous présenter mes hommages.

madame locard. Etes-vous content?

placide. Enchanté ! impossible de trouver un no taire plus habile! L'acte que j'ai signé est parfait; tout y est prévu et garanti ; nous pouvons mourir l'un après l'autre ou simultanément, sans que cela fasse la moindre des choses; c'est un chef-d'œuvre de rédaction tranquillisante.

madame locard. Ainsi, vous n'ayez aucune crainte pour votre argent ?

placide. Oh! mou Dieu! je vous le laisserai jusqu'à ce qu'il se présente un établissement pour ma fille.

madame locard. Vous avez donc une fille?

placide. Oui, une demoiselle nubile, qui ne demanderait pas mieux que de se marier. C'est sa dot que je viens de déposer entre vos mains. Quant au reste, je ne m'en mêle pas; le mari viendra quand il voudra. Je n'ai pas envie de me mettre en course pour le chercher : on a bien assez de ses affaires.

madame locard. C'est une plaisanterie; vous ne devez pas manquer de prétendants.

placide. Je n'en ai pas encore vu un seul ; il est vrai que je ne reçois jamais personne; nous vivons, ma fille et moi, .comme le solitaire du mont Sauvage, pas la plus petite visite.

Air : Le choix que fait tout le village.

Depuis trente ans, dans la même demeure,

Aux mêmes soins constamment attaché,

Je suis levé toujours à la même heure;

A la même heure aussi je suis couché...

Ce sont toujours les mêmes plats que j'aime,

Je bois toujours même vin... excepté

Que la bouteille, hélas ! n'est pas la même,

Mais c'est toujours la même volupté.

Oui, la bouteille, hélas! n'est pas la même,

Mais c'est toujours la même volupté.

madame locard. Mais enfin, vous désirez marier votre fille?

placide. Sans doute; mais je voudrais que cela fût fait; ou au moins n'avoir plus qu'à signer le contrat et à donner ma bénédiction. Je crains d'être obligé de jouer un rôle actif, de périr de fatigue dans le cours des visites, ou de suffocation au milieu des embrassements.

madame locard. Je me mets à votre place, et je conçois vos inquiétudes; mais il est peut-être un moyen de les faire cesser; j'ai en tète certain projet... Vous avez vu mon fils; je ne vous en dis pas davantage; faites-nous l'amitié de nous amener ce soir votre aimable fille. Venez sans façon, nous n'aurons pas beaucoup de monde. A quelle heure dînez-vous ordinairement?

placide. A midi, et je soupe à sept heures.

madame locard. Hé bien ! nous retarderons le dîner d'une heure; ce sera comme si voussoupiez, et ça ne dérangera rien à vos habitudes.

placide, à part. En vérité, celte femme-là est charmante... (Haut.) Certainement, Madame, on peut toujours accepter un bon dîner, ça n'engage à rien; et puis d'aiileurs, je suis bon père, et si je peux, sans me déranger, faire le bonheur de ma fille...

Air du vaudeville des Amazones.

Je suis par goût tranquille et sédentaire : C'est mon système, et je m'en trouve heureux. Combien de gens, dans leur ardeur légère, Vont poursuivant la fortune en tous lieux!.. Quand après elle ils courent de la sorte, En l'attendant je fais bien mieux, je croi ; Si le bonheur souvent frappe à ma porte, C'est qu'il est sûr de me trouver chez moi.

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