SCÈNE XV
Les précédents, PHILIPPE.
Philippe, mystérieusement. Monsieur, Monsieur! de mauvaises nouvelles!
derville. Eh parbleu! ne te gène pas, dis-les tout haut; au point où nous en sommes, ça ne peut pas nous brouiller.
Philippe. Eh bien! je viens de rencontrer madame Rastien, autrefois mademoiselle Louise, la petite fermière, qui arrivait pour la noce de Thibaut, où elle était invitée; je t'ai fait jaser, et j'ai appris par elle que Madame savait à quoi s'en tenir sur votre aventure héroïque, puisquec' était elle qui en était l'auteur.
derville. Que dis-tu?
jenny, voulant faire taire l'hdippe. Philippe, je vous défends...
derville. Et moi, je t'ordonne de parler.
Philippe. C'est Madame qui a doté Louise, à condition qu'elle raconterait devant madame la baronne l'histoire que celle-ci vous a recitée.
derville. Comment! il serait vrai? (A Jenny.) Ah! je suis trop heureux!
Air de Téniers.
Oui, je levais ici malgré vous-même, Je suis aimé.
JENNY
Non, je vous hais toujours.
derville.
Et moi je crois, dans mon bonheur extrême, Vos actions plutôt que vos discours.
Oui, cet amour que je réclame,
Qui me rend heureux à jamais, Vous avez dû le cacher dans votre àme, Vous qui cachez tous vos bienfaits!
jenny. Eh bien ! vous avez fort ; et depuis cette dernière aventure, depuis que M. Valbrun...
Philippe. Oh ! rassurez-voin, Madame , il n'y a pas le moindre danger; le médecin l'a dit lui-même, cette blessure ne sera rien.
jenny. Quoi ! quelle blessure? qu'y a-t-il donc?
derville. Et qui est-ce qui t'a prié de parler ?
jenny. Je le devine. Vous l'avez défié. Vit-on jamais pareille extravagance? pour une plaisanterie, pour un badinage, aller exposer ses jours!
derville.
Air de Céline.
Pour un baiser de ce qu'on aime, On peut gaiment risquer le coup fatal;
Vaincu, me disais-je en moi-même, Je ne vois pas le bonheur d'un rival :
Mais vainqueur, jugez quelle chance!
J'avais l'espoir que, sans bruit, sans éclat,
Vous daigneriez, pour récompense,
Me donner le prix, du combat.
(.4 Philippe.) Mais, du reste, tout est arrangé, n'eslce pas? '
Philippe. Oui, Monsieur. Le major voulait d'abord envoyer ce billet à madame de Vervelles, votre tante. jenny. Ah ! mon Dieu !
philippe. Mais après le combat, il m'a dit lui-même de courir après Lapierre, son palfrenier, qu'il en avait chargé.
derville. Eh bien ! où l'as-tu laissé?
philippe. Oh ! Monsieur, j'étais certain de rencontrer Lapierre au cabaret du coin , où il s'arrête toujours quand il est en course : et en effet, c'est en entrant 1 1 première personne que j'ai aperçue.
derville. Quel bonheur!
jenny. Oui , donne-nous vite ce maudit billet, que nous le déchirions et qu'il n'en soit plus question.
philippe. Impossible. Lapierre ne l'avait plus, et il ne peut pas dire comment il l'a perdu; il paraît seulement, à ce que j'ai pu comprendre, car il est dans un état... que deux ou trois bons vivants lui ont payé un excellent déjeuner, et que l'un d'eux peut-être
jenny. Allons, encore une autre course.
philippe. En effet, voilà un papier qui aura fait diablement de chemin sur la place.
jenny. Eh ! mon Dieu !.. pourvu que ma tante n'en ait pas connaissance, c'est tout ce qu'il faut. C'est elle, la voici.