‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 841 sur 1121 · SCÈNE R · texte numérisé non relu

SCÈNE R

GOURV1LLE, AGATHE.

gourville. Bonjour, mon aimable pupille; car maintenant je vous regarde comme telle.

acathe. Je connais vos bontés pour moi, Monsieur, et je sais tout ce que je vous dois.

gourville. Jusqu'à présent cependant il me semble que c'est nous qui sommes vos débiteurs; j'étais parti avec mon nevetl pour ma terre de Gourville, où tous les ans, aux vacances, il me fait l'honneur de venir chasser.

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.

Aux vacances peut- on mieux faire?

Se divertir est alors un devoir, Mais en passant auprès de votre terre, J'ai désiré fti'ârfêtef pour vous voir.

AGATHE

Quand loin d'ici le plaisir le réclame, Pour moi monsieur s'en est privé.

GOCRVII.LE.

Vers le plaisir, oui, nous courions, Madame, El nous restons où nous l'avons trouvé.

Agathe. Dites plutôt nue vous restez par égard. Ne vous suis-jr pas recommandée par Votre Vieil ami? gourville. Oui, car quoique je n'aie pas encore reçu

les papiers de la succession, on assure que c'est moi qui suis nommé son exécuteur testamentaire.

Agathe. Rien n'est plus vrai; il me l'a écrit il y a quinze jours; et si je ne vous ai pas montré cette lettre, ce n'était pas manque de confiance en vous, mais c'était pour des raisons que je n'ose vous dire.

gourville; Et que je devine. H vous nnnonçul qu'il comptait vous laisser huit ou dix mille livres de rente, et en même temps il vous engageait à nie prendre pour conseil, pouf tuteur et pour mari.

agathe C'est vrai.

gourvi lle. Ëh bien! que dites-vous de cette idée? acathiîi Mais, Monsieur, je ne sais comment vo :s r ;pondre.

gourville, à part. Ah! mort Dieu ! est-ce que, sans te voulnir, j'aurais c i l'imprudence de lui plurc? (Hcùl.) Il me semble cepcflaaftt fjti il n'y a rien là-rledahs qui doive vous troubler, à moins que vous n'ayez au fond ct'j cœur quelque inclination.

agathe. 0!l! si ce n'est que cela, je puis vous répondre hardiment, car je suis bien sûre de n'aimer personne;

gourville. Pas nlème moi?

agathe. Non, Monsieur.

gourville, riant. L'avéti est naïf.

agathe. Ru moins iiest sincère. Je n'aijama;s trompé personne ; et je Vous dirai avec la même franchise...

gourville. Qu votls me refusez?

agathe. Non, Monsieur. Je suis prête à me conformer en tout aux intentions de M. le commandeur, si toutefois ce sont aussi les vôtres.

gourville Quoi! Madame...

agathe. Je suis seule au monde, sans parenls, sans amis ; si j'en crois l'épreuve que j'ai déjà faite, j'ai peu de moyens de plaire et de fixer un mari. S'il est jeune, il me trompera, et me rendra d'autant plus malheureuse que j'aurai peut-être la faiblesse de, l'aimer. S'il est de votre âge, .Monsieur, ce sera un ami plus sûr et moins exigeant. Il me faut un guide, un appui ; il sera 1.! mien : et de mon coté, mes soins, ma tendresse, me tiendront peut-être lieu à sis yeux des qualités qui me manquent. Voilà mon plan; qu'en dites-vous?

gourville. Je dis, Madame, que vous êtes une femme charmante, et que vous méritiez d'être millionnaire. (/I part.) Dieu ! quel dommage! raisonner ainsi, et n'a- Vofr que dix mille livres de rente! Allons, allons, il faut que mon neveii l'épouse, ou j'y perdrai mon nom. (Hait'.) Vous n'aimez donc pas les jeunes gens?

agathe. Non, Monsieur.

gourville. 11 en est cependant de fort aimables, ou du moins que l'on s'accorde à trouver tels. Que pensez-vous, par exemple, de mon compagnon de voyage, dj Gustave, mon neveu"?

agathe. Mais, Monsieur...

gourville. Vous ne pouvez pasnicr que cenesoit un joli cavalier, un brave militaire, un caractère charmant.

agathe. Sans doute: mais je vous ai prévenu que je disais toujours la vérité, et je trouve... gourville. Vous trouvez?...

Agathe. J; ne puis trop m'expliquer.

Air : Ainsi que vous, Mademoiselle.

Son esprit plaît; mais il sait trop d'avance Qu'avec plaisir chacun va l'écouter; Pour sa gaîté, pour son aisanco, C'est un homme qu'on peut citer :

Indiscret, frivole, agréable, Sans rien sentir, toujours sur de charmer;

Enfin, Monsieur, un homme aimable :

Voilà pourquoi je ne saurais l'aimer.

L'HÉRITIÈRE

gourville, à paît. Ah diable, mauvais début.

Agathe. Après cela, c'est peut-être ma faute»

gourville. Non, non, c'est la sienne; et je ne sais comment vous l'aire un aveu. {A part.) Ma foi, rendons-le intéressant à ses yeux, ou jamais je n'en viendrai à bout. (Haut.) Apprenez donc, Madame, mais surtout le plus grand mystère, car je trahis là un secret qui n'est pas le mien, apprenez que Gustave, mon neveu, vous adore.

agathe. Moi ! que m'apprenez-vous là?

gourville. L'exacte vérité. Jugez, après cela, si je peux penser à vous épouser; si je peux, de gaieté de cœur, faire le malheur d'un jeune homme estimable qui n'a d'autre lort que de vous aimer comme un fou.

agathe. Je n'en reviens pas! lui ! M. Gustave. Depuis trois jours qu'il est ici, à peine si je l'ai vu. 11 passe toute la journée à la chasse.

gourville. C'est que vous ne connaissez pas sa timidité, son caractère. Tenez, avant-hier, dans le salon...

agathe. 11 n'y est apparu qu'un instant et a été se coucher.

gourville. Oui, parce qu'il y avait du monde, et qu'il ne pouvait vous parler. Mais hier...

agathe. Nous étions seuls.

gourville. Eh bien ?

Agathe.

Air de la Robe et les Bottes.

Eh bien ! il semblait à la gène.

gourville.

Quand on aime on devient tremblant.

Agathe.

Il me dit quelques mots à peine.

gourville.

Votre aspect est très-imposant.

AGATHE

Enfin, Monsieur, dans la bergère ïl s'endormit.

gourville.

En vérité?..

Ah ! c'est qu'il vous croit moins sévère En songe qu'en réalité.

Et puis d'ailleurs, vous vous êtes trompée, ce n'est | pas possible. j agathe. J'en suis certaine.

gourville. 11 faisait semblant; mais enfin la vérité est que depuis trois jours je ne le reconnais plus. Il i est triste, mélancolique.

agathe. Je l'aurais cru au contraire d'un caractère fort gai.

gourville. Oui, par moments, par intervalles; mais dès qu'il est seul, il retombe. Moi, je puis vous assurer qu'il a maigri, qu'il est changé.

Agathe. 11 serait vrai?

gourville. Et ce n'est pas étonnant : il n'a plus le cœur à rien, il ne boit ni ne mange.

Gustave, en dehors. Eh bien! le maître d'hôtel, le sommelier ; personne n'est à son poste?

agathe. Eh ! mon Dieu ! c'est lui que j'entends.

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