‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 887 sur 1121 · FARINELLI, L'AFFUT, L'ÉCLAIR · texte numérisé non relu

FARINELLI, L'AFFUT, L'ÉCLAIR

l'éclair. 11 a des connaissances en Italie; s'il pouvait nous donner des renseignements?

l'affût. Il faudrait un moyen neuf et piquant. Je vais lui offrir du tabac... Monsieur en use-t-il?

farinelli. Grand merci.

l'affût. Peut-être ne vaut-il pas celui d'Italie; car j'ai reconnu à la tournure de Monsieur qu'il était Italien.

farinelli. Oui, Messieurs, j'arrive de Florence.

l'affût. Quoi! Monsieur, vous venez d'Italie? Auriez-vous entendu parler du fameux Farinelli?

farinelli, à part. Où eu veulent ils venir? (Haut.) Oui, Messieurs. Je L'ai beaucoup connu.

l'éclair. Ah! Monsieur, rendez-nous un grand service. Raconlez-nous les particularités de la vie de ce jeune prodige.

l'affût. De ce grand homme!

farinelli, s'mclinant. Messieurs!..

l'éclair. N'en passez aucune sous silence.

farinelli, à part. Que c'est flatteur!

l'affût. Si vous saviez l'intérètque nous y prenons!

farinelli, à part. En vérité, voilà de quoi donner de l'amour-propre ! (Haut.) Messieurs.;. Farinelli est à peu près...

l'éclair. Etait, vous voulez dire.

farinelli. Comment?

l'affût, à l'Éclair. Mets-toi là et écris.

farinelli. Eh! pourquoi donc?

l'affût. Oui, votre récit fait naître quelques idées, quelques pointes de couplet.

farinelli. Hein! Comment?

l'affût. Est-ce que vous ne savez pas la grande nouvelle? (Avec joie.) Farinelli est mort, et cet événeinent-là est trop heureux pour que nous n'en profitions pas. Nous arrangeons là-dessus une pièce de circonstance.

farinelli. Quoi! Monsieur, vous seriez?..

l'affût. Moi-même, Monsieur. Depuis mon enfance, je travaille le vaudeville; je l'ai étudié chez nos premiers restaurateurs. Je suis membre de toutes les académies mangeantes de la capitale, et j'ose dire que j'ai donné à la poésie légère un caractère de consistance et de solidité au delà du genre.

l'éclair. Monsieur, vous pouvez commencer. Nous écoutons.

farinelli. Très-volontiers.

Air de Dalvimar.

D'un père pauvre et vertueux Farinelli naquit à Rome!

Étant sans bien, il fut heureux; lilant riche, il fut honnête homme.

Le hasard seul... du dernier rang Le rapprocha du rang suprême:

Sa fortune changea souvent, Mais son cœur fut toujours le même.

l'éclair. C'est fort bien. Mais quel était son caractère? qu'est-ce qu'il disait?

l'affût. Oui, voyons un peu ce qu'il pensait. farinelli. Le voici :

Air du Cabaret.

Il faut, puisque notre existence Dépend, disait-il, des hasards, L'anoblir par la bienfaisance Et la charmer par les beaux-arts.

Le sort lui sourit par mégarde, Et négligeant d'en profiter, Il vécut sans y prendre garde, Et mourut sans s'en douter.

l'affût. Fort bien. (A l'Eclair.) Tu écris toujours, n'est-ce pas? Voilà de quoi faire deux couplets qui seront applaudis. Je m'en charge avec quatre billets de parterre. Mais puisque vous nous donnez de si bonnes idées, il m'en vient une. Faites la pièce avec nous! (Ici, Nanettc traverse le théâtre avec un ballet et un plumeau, et entre chez Farinelli.)

farinelli. S'il faut vous le dire, il me paraît assez singulier de travailler sur un pareil sujet. Et d'ailleurs, je ne vois rien dans la vie de Farinelli qui mérite d'être mis en scène.

l'affût. Comment, Monsieur, le moment où il ressuscite un mort avec un air d'opéra! C'est admirable!

farinelli. Comment, vous savez... Ah! oui, je me rappelle. Et vous croyez que je m'en tirerai bien?

l'affût. A merveille, vous fournirez les idées, l'Éclair fera les couplets, il les lait très-vite.

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