‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 892 sur 1121 · FARINELLI, L'AFFUT, L'ÉCLAIR · texte numérisé non relu

FARINELLI, L'AFFUT, L'ÉCLAIR

l'affût, entrant en s"1 arrachant les cheveux. Ah! mon Dieu ! mon Dieu ! (A Nanette.) Tu es sûre qu'il est allé chez le médecin?

farinelli. Eh bien! Messieurs, qu'y a-t-il donc? D'où vient ce bruit?

l'éclair. Vous voyez, mon petit ami, des gens désespérés. Nous avons eu le malheur de nous empoisonner.

l'affût. Et je ne survivrai pas à ce malheur-là.

farinelli. Quoi! vous seriez... Ah! que c'est heureux. Depuis que je yous ai quittés, il m'est venu une idée de pièce de circonstance; mais il me fallait pour cela deux auteurs morts. Et même il me fallait Une mort tragique pour que ça fut plus gai... Ah! quel service vous me rendez là !

l'affût et l'eclair. Ah ! Monsieur!

farinelli. Non, j'en suis enchanté... Ah çà ! vous travaillerez à la pièce. Vous avez fourni le sujet. Ainsi, c'est trop juste, je me charge d'arranger les couplets. Quelques refrains bien joyeux.

l'éclair. Eh! Monsieur, dans l'état où nous sommes...

l'affût. A deux doigts de la mort...

farinelli. Qu'est-ce que ça fait, ça sera un ouvrage posthume.

l'éclair. Posthume! c'est une indignité!

farinelli. Allons donc, vous vous découragez pour un rien. Des chansonniers! vous devez rire de tout.

Ain : A soixante an$.

Dans ce monde, notre existence

Au l'ait n'est rien qu'une chanson;

Les nus en font une romance,

Et les autres un gai Hou, lion; Mais que le sort nous soit ou non propice,

Au trépas rien ne nous soustrait, Et puisqu'il faut que lu chanson finisse, Chantons gai ment jusqu'au dernier couplet.

FARINELLI

l'affût. L'intérêt vous fait donc oublier tout sentiment d'humanité ? Vous réjouir de notre mort!

farinelli. Pourquoi pas, puisqu'elle m'est avantageuse. Vous vous réjouissez bien de celle de Farinelli.

l'affût. Eh ! Monsieur, nous ne le connaissions pas.

farinelli. Je ne vous connais pas non plus; mais c'est égal, je suis plus généreux que vous, et quoiqu'il m'en coûte le sujet d'une pièce de circonstance, je veux bien vous sauver la vie.

l'affût. Quoi ! cher collaborateur, vous pourriez...

farinelli. Eh! mon Dieu, j'ai une recette infaillible. Vous connaissez le dénoùment de notre pièce? Farinelli ressuscitait les morls avec une roulade ; eh bien ! sans me vanter d'avoir son lalent, je vais vous chanter un petit air, et vous allez voir...

l'affût. Un petit air! Ah çà, Monsieur, que signifie...

FARINELLI

Air : Au Palais-Royal de Paris (l'Auberge de Bagnères).

Adroits à saisir l'à-propos, Et l'anecdote qui circule, Deux auteurs, féconds en bons mots, Sur nous lançaient le ridicule; Mais il advint qu'un certain jour, Contre eux repoussant la satire, A leurs dépens on voulut rire; Ici-bas chacun a son tour.

l'affût. Comment, Monsieur, est-ce qu'il serait vrai ?..

farinelli. Non, non, c'est un couplet que je chante. Mais ça va déjà mieux, n'est-ce pas?

DEUXIÈME COUPLET

Un artiste a fini son sort, Déjà leur verve s'évertue; Mais, hélas ! on peut vivre encor, Même quand le journal vous tue.

Il revient du sombre séjour, Et comme il se porte à merveille, C'est lui qui vous rend la pareille ; Ici-bas chacun a son tour.

pacolet. Non, ce n'est pas ça. C'est que ce mat n... Il y en avait trois...

l'affût. Et il en a mangé une... (Tous rient.) Ah!

pacolet. Et c'était la plus grosse...

l'éclaih. Ah! ah ! l'imbécile; tu ne vois pas qu'on se moque de toi.

nanette. C'est bien fait; voilà ce que c'est que d'être gourmand.

pacolet. Comment, ça s'rait pour rire! Vous étiez donc au fait, monsieur l'Affût, et vous faisiez semblant d'avoir peur.

l'affût. Sans doute. J'espère, Monsieur, que vous ne nous en voudrez pas de notre pièce de circonstance?

farinelli. Au contraire; mais comme elle ne peut plus avoir lieu, je vais vous en proposer une autre. (Désignant Nanette.)

Air : Il me faudra quitter l'empire.

Voyeï ces yeux et ce joli visage; Fut-il jamais sujet plus gracieux?

Pour terminer ses amours et l'ouvrage, Cherchons tous trois quelques moyens heureux. L'amant d'abord chantera sa maîtresse ; Mais il ne peut l'épouser sans argent.

Messieurs, chargez-vous de la pièce.

(Donnant sa bourse à Pacolet.)

Je me charge du dénoùment.

l'affût. Ma foi, mon cher collaborateur, voilà un dénoùment que je n'aurais jamais trouvé. Avec tout cela, encore une pièce de circonstance en portefeuille.

l'éclair, qui pendant ce temps s'est emparé du journal. Non. Un académicien célèbre vient de mourir des suites d'un rhume qu'il avait attrapé dans l'antichambre d'un grand seigneur.

l'affût. Il est mort! Vivat!

farinelli, aux auteurs.

Air nouveau de M. Doche.

Croyez -moi, pour d'autres sujets Réservez plutôt votre lyre, Et d'un roi chéri des Français Retracez-nous l'heureux empire. Chantez la France à ses genoux, Chantez des Français la vaillance; Voilà des sujets qui, chez nous.

Seront toujours de circonstance.

l'éclair.

Pour tout savoir il faut ici Que nuit et jour un auteur veille ; Les ridicules d'aujourd'hui Font oublier ceux de la veille.

Tout change du soir au matin ; Mais Molière savait qu'en Fiance Et Tartufe et Georges Dandin Seraient toujours de circonstance.

pacolet.

C'est l' moment d'être généreux :

J'épouse celle que j'adore :

Par les plus beaux atours je veux, S'il se peut, l'embellir encore; Mais à ton tour, puisque voilà L' moment d' nos noces qui s'avance, Tâche de m' donner ce jour-là Quelque chose de circonstance.

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