‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 91 sur 1121 · MARGUERITE, ISABELLE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, ISABELLE

marguerite. Nous sommes seules?..

Isabelle. Vous m'avez dit que vous ne vouliez pas me perdre...

marguerite. Quelle idée !.. ne suis-je pas une amie... une sœur... votre sœur... entendez-vous bien?.. Tout ce que je veux, c'est de vous sauver... et lui aussi.

Isabelle. Merci, merci, Madame.

marguerite. Je viens de sa part...

Isabelle. De sa part?.,

marguerite. Oui.

Isabelle. Et... pourquoi ne vient-il pas lui-même?..

marguerite, étonnée. Lui-même!..

Isabelle. D'autant que je lui avais dit formellement hier... Je veux demain mes lettres...

margueuite, vivement. Vos lettres!.. (A part.) J'ai fait fausse route. Il s'agit d'un autre... (Haut.) Vos lettres!.. (Cherchant.) Justement... je viens vous dire qu'il n'a pas encore pu vous les apporter... mais plus tard...

Isabelle, vivement. J'enlends!.. à l'heure ordinaire... à l'heure de la sieste...

marguerite. Précisément.

isvbelle. line peut tarder... très-bien... N'en parlons plus.

marguerite, à part. Mais si vraiment... (Haut.) Je conçois, en effet, qu'un cavalier, tel que celui-là... si jeune... si élégant... si bien...

Isabelle. Pas tant.

marguerite, à part. Aïe!., n'avançons pas de ce côté-là...

Isabelle. La vérité est qu'il m'imposait... qu'il me faisait peur... Il n'était question alors ni d'autre mariage, ni d'alliance royale... Et puis, j'étais seule... sans guide... sans conseil... mais vous voilà, Madame, vous ne m'abandonnerez pas.

marguerite. Non, sans doute, pauvre jeune fille!.. Qui m'aurait dit que j'étais venue pour cela?.. N'importe, de la morale, chemin faisant, cela ne peut jamais faire de mal. Vous êtes fiancée... pour ainsi dire mariée; vous avez pour mari, un roi, un empereur... Ce n'est pas amusant tous les jours... mais, faute de mieux... il faut s'y tenir... d'autant que les amants, vous le voyez, sont légers.

ISABELLE. Ah !..

MARGUERITE. Pei'fldeS...

Isabelle, se récriant. Ah!..

marguerite. Volages, manquant à la foi des traités, ni plus ni moins que s'ils étaient monarques, et que pas un seul ne vaut le repos, le bonheur, la réputation que l'on compromet pour eux... vous surtout, qui risquez plus que nous encore... vous, reine d'Espagne... Jugez donc'..

Isabelle. Ah! Madame...

marguerite, Rien n'est désespéré, il est temps encore de tout rompre... il va venir.

Isabelle. Et voilà justement ce qui m'effraie... Jj préférerais maintenant ne pas le voir...

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

Marguerite. Très-bien !

Isabelle. Ne plus le voir jamais!..

marguerite. Encore mieux!

Isabelle. Voulez vous le recevoir à ma place?..

MARGUERITE. Moi!..

Isabelle. Reprendre mes lettres ?..

marguerite. Volontiers... [A part.) Je le connaîtrai, du moins.

Isabelle. Ah! que vous êtes bonne!

marguerite. Mais un instant!.. Vous devez avoir aussi de lui... des lettres... qu'il faut à votre tour lui rendre.

Isabelle, les prenant sur elle. Oh! certainement... Les voici... les voici... mais, écoutez... On vient... on monte par le petit escalier...

marguerite, à part . Ah ! c'est par là qu'il vient d'ordinaire . . .

Isabelle. Dites-lui bien que tout est fini... que je renonce à lui... que je ne veux suivre que vos conseils...

marguerite. Partez... prudence!., discrétion!..

Isabelle. Et dévouement à toute épreuve !.. (Elle sort par la porte du fond.)

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