‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 935 sur 1121 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les précédents ; MADAME DUMESNIL, en grande toilette; M. DUMESNIL, en culotte courte, boucles, bas de soie, le chapeau sous le bras; CAMILLE, coiffée en cheveux, avec une robe neuve, un collier.

Air : Ma Fanchette est charmante.

ensemble, m. et madame dumesnil.

Viens donc qu'on te présente; Grand Dieu! quel embarras!

Elle est toute tremblante Et n'ose faire un pas.

ducoudrai.

L'entrevue est touchante ; Voyez quel embarras ; Elle est taute tremblante; Us n'osent faire un pas.

CAMILLE

Grand Dieu ! quel embarras ?

Je suis toute tremblante Et n'ose faire un pas.

LA DEMOISELLE A MARIER

Alphonse, sur le devant de la scène, à gauche. Grand Dieu! tguoJ embarras!

Elle est toute tremblante Et n'ose faire un pas.

TOUS

Grand Dieu ! quel embarras!

m. dumesnil, à sa femme. Eh bien! avance donc.

madame dumesnil: Ah çà! Camille, ne te tiens dont; pas dans ma poche. (Ils s'avancent tous trois. Alphonse va aurdevant d'eux en saluant.)

Alphonse. Mille pardons de vous avoir dérangés; et vous surtout, Madame, combien je vous dois d'excuses !

madame dumesnil. C'est M. Alphonse de Luceval, notre nouveau voisin.

m. dumesnil. C'est nous qui sommes confus; vous flous surprenez dans un négligé...

ducoudrai, à part. Qu'est-ce qu'il dit donc? ils sont superbes.

m. dumesnil. Mais à la campagne, on agit sans façons; et vous nous pardonnerez de vous avoir fait attendre.

Alphonse. Le temps ne m'a pas paru long, car je causais avec Monsieur, qui faisait votre éloge.

m. dumesnil. Cet excellent ami!.. Permettez que je vous présente ma fdle.

Alphonse. Mademoiselle...

madame dumesnil, bas, à Camille.

Air de Paris et le village.

Allons, tenez-vous comme il faut, Levez la tête davantage.

Camille, bas.

Mais ma robe me gène trop.

Alphonse, à part, en regardant Camille.

Quelle parure! c'est dommage!

madame dumesnil, bas, à son mari.

Déjà je le vois enchaîné.

Alphonse, la regardant toujours.

Elle serait mieux, .je parie, Sans tout le mal qu'on s'est donné Pour l'empêcher d'être jolie.

(A part.) Et moi qui avais demande qu'elle ne fût pas prévenue; allons, on m'a manqué de parole. (Ils sont rangés dans l'ordre suivant : Alphonse, le premier, à droite du spectateur ; Camille, loin de lui, au milieu du théâtre, entre M. et madame Dumesnil, et Ducoudrai, à gauche.)

m. dumesnil, bas, à sa femme. Maintenant, pour l'achever, tache donc de faire parler ta fille, car elle n'a pas encore dit un mot.

madame dumesnil. Elle qui d'ordinaire est d'une gaieté. (Bas, Rapprochant de sa fille.) Allons, ma fille, allons, Mademoiselle, tâchez donc d'être aimable.

camili.e, de même. Je ne peux pas quand on me regarde.

m. dumesnil, bas, à Ducoudrai. Soutiens un peu la conversation, toi qui es le parrain, et qui n'as rien à faire. •

ducoudrai, à part. Ils ont raison; si je ne m'en mèle pas, ils ni' s'en tireront jamais, le prétendu surtout, qui a raison d'être riche, car il a l'air ne n'être pas fort... (Traversant le théâtre, et passant entre Al-

phonse et Camille.) Eh bien! jeune homme, comment trouvez-vous notre pays?

Alphonse, à part. En voilà un qui, avec son ton protecteur, me déplaît souverainement.

ducoudrai. Un bon pays, n'est-il pas vrai? un air pur; et puis, vous qui êtes connaisseur... (Regardant Camille.) on y trouve de jolis points de vue.

Alphonse, froidement. Superbes, comme vous dites, ceux surtout dont la nature a fait tous les frais.

ducoudrai, à part. Est-il bête ! ikie comprend pas. (Haut.) Mais il me semble que seul, à votre âge, dans votre château, vous devez bien vous ennuyer?

Alphonse. Je ne m'ennuie jamais... quand je suis seul.

. madame dumesnil. C'est comme ma fille ; c'est ce qu'elle me disait encore ce matin, parce qu'une bonne femme de ménage trouve toujours à s'occuper; et vous ne croiriez pas, Monsieur, que cette chère enfant fait tout dans la maison.

Camille, bas, à sa mère. Mais tais-toi donc.

ducoudrai. Et puis quelqu'un qui, comme vous, a été élevé à Paris, doit aimer les arts, doux charme de la vie... Monsieur joue peut-être du violon ou de la flûte?

Alphonse. Fort mal ; mais je cultive les arts pour moi, et non pour les autres.

madame dumesnil. C'est comme ma fille. Je lui ai toujours dit : Il faut avoir des talents et ne jamais les montrer. Aussi, Monsieur, elle a dessiné dernièrement une tète de Romulus; une tète admirable, qui mériterait l'exposition. Eh bien! personne ne l'a encore vue que moi, son père et ses quatre frères : car son parrain même n'en a pas eu connaissance.

ducoudrai. C'est ma foi vrai, et c'est très-mal à toi.

madame dumesnil. Allons, Camille, va donc chercher ton portefeuille, pour montrer à ton parrain.

Alphonse, à part. J'y suis, c'est le parrain qui est le compère.

madame dumesnil. Et puis, Monsieur, qui est connaisseur, te donnera son avis.

camille. Mais non, maman, y pensez-vous?

madame dumesnil. Mais si, Mademoiselle, je le veux. Allez chercher votre dessin, cette tète de Romulus.

Camille. Elle était affreuse, je l'ai déchirée.

madame dumesnil, bas, à son mari. Elle a déchiré sa tète de Romulus.

m. dumesnil, croisant ses mains dhm air de désespoir. Allons !

madame dumesnil. Mais au moins tu pourrais nous faire entendre cet air nouveau ; justement on est venu hier par hasard accorder ta harpe.

ducoudrai. Ça se trouve à merveille.

camili.e. Ah ! mon parrain, je vous en prie.

Alphonse. Je serai enchanté de juger des talents de Mademoiselle; je suis seulement fâché qu'elle n'ait point en moi un auditeur plus digne de l'apprécier.

camille, à. part. Dieu! qu'il a l'air moqueur! je n'y lions plus; je suffoque, (lins. à. sa mère.) Par grâce, ne me lais pas chanter, c'est capable de me faire pleurer.

LA DEMOISELLE A MARIER

madame dumesnil. Allons, rien ne nous réussit. (Voyant Baptiste qui arrive.) Par bonheur, voilà le déjeuner; je les mettrai à côté l'un de l'autre.

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