‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 947 sur 1121 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

ALPHONSE, DUCOUDRAI.

Alphonse, se promenant avec agitation. Je ne puis en revenir encore; a-t-on jamais vu une pareille tyrannie ? C'est un cœur inflexible, c'est un père dénaturé, c'est... (Se reprenant.) c'est un honnête homme au fond, je ne puis dire le contraire; et moi qui, ce matin, le regardais comme un bon homme, comme un homme faible et sans caractère.

ducoudrai. Ah! bien oui; dès qu'il s'agit de l'honneur, c'est un obstiné : je vous en avais prévenu ; et il tient surtout à sa parole avec un entêtement qui n'est plus d'usage.

Alphonse. Ah! il y met de l'obstination; hé bien! et moi aussi, et nous verrons.

ducoudrai. Que voulez-vous faire?

Alphonse, avec désordre. Je n'en sais rien ; mais je ne peux pas vivre sans Camille : ça m'est impossible; et décidément je vais trouver M. de Géronville et me couper la gorge avec lui.

ducoudrai. Jeune homme, y pensez-vous?

Alphonse. Oui, morbleu ! c'est le seul moyen raisonnable; et je vais lui écrire : c'est vous qui serez mon témoin. (Il s'assied à la table.)

ducoudrai. Il ne manquait plus que cela, nous voilà bien; et vous croyez que je souffrirai... H-ulà! quelqu'un! (Baptiste paraît.) C'est Baptiste ; d'où lui vient cette mine effrayée?

'•'■•^«■it»'''- SCÈNE XXI.

Les précédents, BAPTISTE, pâle et défait.

baptiste. Vous voyez, Monsieur, l'effet des passions.

ducoudrai. Qu'est-ce que ça signilîe?

Baptiste. Que je suis un malheureux qui ai mérité d'être chassé, si vous ne daignez pas parler pour moi, d'autant qu'il y a de votre faute.

ducoudrai. De ma faute?

baptiste. Oui, Monsieur; vous .-aurez qu'en bon serviteur je m'étais fait depuis longtemps une promesse... c'était de me griser le jour où le mariage de Mademoiselle serait décidé; car c'est la première fois de ma vie; et si l'on m'yrattrape... (Pendant ce temps Alphonse est à la table où il a écrit et déchiré deux billets.)

ducoudrai. Eh bien! achève... tu viens déboire?

baptiste. Non, Monsieur, je viens de dormir; mais c'est l'instant du réveil, quand je me suis dit : « Bap- « tiste, tu avais une commission d'où dépendait le « mariage de ta maîtresse ; cette commission, qui estce ce qui l'a faite? »

Alphonse, se levant et écoutant. Grand Dieu !

baptiste. « Tu avais une lettre pour M. de Géron- « ville; qu'est-ce qu'elle est devenue? »

Alphonse. 0 ciel! tu l'aurais perdue!

baptiste. Non, Monsieur.

ducoudrai. Tu ne l'as point portée?

baptiste, tombant à genoux. Non, Monsieur, pardonnez-moi : la voilà.

Alphonse, lui sautant au cou pendant que Ducoudrai luiprend la main. Ah ! tu es notre sauveur, mon ami, mon cher Baptiste ; je te dois la vie.

baptiste. Parce que je me suis grisé ?

Alphonse. Tiens, voilà de l'argent, voilà ma bourse, voilà de quoi boire.

baptiste. Non, non, Monsieur, j'en ai assez comme cela.

Alphonse, appelant au fond. Mon beau-pore! ma belle-mère ! toute la famille !

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