‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 950 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE PRINCE RODOLPHE et LA MARQUISE DE SUR- VILLE, sortant de l'appartement à droite de l'acteur.

la marquise. Partez, mon ami, il y a déjà longtemps qu'il est jour.

kodolphe. Un instant; il est de si bonne heure, et tu me renvoies déjà! C'est toujours toi qui la première me dis adieu.

la marquise. Que c'est mal à vous de parler ainsi !.. J'ai déjà tant de peine à avoir du courage. Si vous me le reprochez, je n'en aurai plus, je vous en préviens.

Rodolphe. Chère Elise!..

la marquise. Rodolphe, va-t'en, je t'en supplie. On

LAGNY. — Imprimerie de VliLAT et Cie, — M" 4 —

LE DIPLOMATE

sera inquiet an palais. (Baissant les yeux.) Et si quelqu'un à cette heure rencontrait Votre Altesse! .

Rodolphe. Ah ! que j'aime ce respect ! Mais rassuretoi; mon altesse n'a rien à craindre. Quand on me verrait sortir de cette maison de campagne, qui pourrait se douter que je suis ici en bonne fortune, auprès de ma femme?

la marquise. On n'est pas obligé de savoir que nous sommes mariés, et si on le savait, ce serait encore pis, surtout quand on a, comme vous, Monsieur, le malheur d'avoir pour oncle un grand-duc, un souverain, un prince allemand, qui n'entend pas raison sur les mésalliances ; vous auriez beau lui dire que, \ quand vous m'avez offert votre main, son fil; existait encore, et que vous ne pouviez présumer alors être un jour l'héritier du trône; vous auriez beau lui répéter que, depuis cinq ans, vous m'aimiez, vous m\;doriez .. Ces raisons, que moi j'ai trouvées excellentes, n'auraient pas le môme pouvoir auprès de voire oncle; le mariage serait rompu, et je vous demande, Monsieur, si cela serait juste?

Rodolphe. Non, car ce pouvoir, ces honneurs, qui m'attendent, je ne les veux, jene les dés lire que pour toi .

Air : De ma Céline amant modeste.

Si j'occupais le rang suprême, Toi seule en.ces lieux régnerais; Et je ne suis déjà moi-même Que le premier de tes sujets.

LA marquise.

Un sujet à sa souveraine 1 Doit obéir. I

RODOLPHE

Ordonne de mes jours.

LA MARQUISE

Ali! je voudrais, si j'étais reine, T'ordomier de m'aimer toujours.

Rodolphe. Ne crains pas que nous soyons jamais séparés.

la marquise. Je vous avouerai que, dans ce moment, j'ai quelque espoir.

Rodolphe. Il serait vrai!.. Dites-moi vite.

la .marquise. Mais il est trop tard... Retournez au palais.

Rodolphe. On ne m'y attend pas... Il y a ce matin une partie de chasse dans ces environs, je dois y rejoindre le grand-duc; ainsi j'ai encore quelques instants... C'est bien le moins que nous parlions un peu de nos affaires, je ne viens que pour cela.

la marquise. Et c'est au moment de partir que vous y pensez ?

Rodolphe. A qui la faute? Parlez vite.

la marquise. Vous vous rappelez qu'il y a quelques années, quand vous vîntes en France avec votre gouverneur...

RODOLpnE. Oui, pour y faire mes études.

la marquise. Et que vous m'y faisiez la cour ; j'étais dame d'honneur de la plus aimable et de la meilleure des princesses. Je ne vous ferai pas son éloge, il nous mènerait trop loin... D'ailleurs, je ne vous apprendrais rien, vous la connaissez... Eh bien! Monsieur, c'est à elle seule que j'avais appris notre mariage. Depuis, et quoique éloignée d'elle, j'ai continué à lui confier mes inquiétudes, mes craintes pour l'avenir. Jugez si j'avais raison de compter sur si m amitié : dans ce moment elle, agit en notre faveur.

RODOLPHE. Il se pourrait!

la marquise. Elle m'écrivait, dans sa dernière lettre, que d'ici à peu de jours arrivera de la cour de France

quelqu'un en qui nous pouvons avoir confia o1, quelqu'un de fort habile, qui, sans aucune mission apparente, sera chargé en secret de pressentir le gran l-duc sur notre mariage, et de l'amener, par tous les moyens possibles, à y donner son conscn'e tient;

Rodolphe. Ah! c'est mon seul espoir... Et jamais protection ne sera arrivée plus à propos... Si vons saviez dans quel embarras je ni e innve !

la marquise. Qu'cst-ca donc?.. Achevez, je vous en conjure... Mon cœur ne connaît ni la détianc, ni la jalousie... mais quel est ce portrait qu'hier vous avez caché à mon arrivée?

Rodolphe. Quoi! vous auriez vu?

la .marquise. Oui, et je n'osais vous en parler.

Rodolphe. Ni moi non plus; car ce portrait, ce ne serait rien encore... Mais si vous saviez... Apprenez qu'il y en a deux.

la marquise. Que dites-vous?

Rodolphe. Silence, on vient...

la marquise. Ne craignez rien; c'est un de nos gens c'est Herman, qui nous est dévoué,..

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