SCÈNE VII
Ltfc précédents; M. DE RHINFELD, entrant par le fond, et faisant de grandes salutations.
chavigni. Aquiestdonccelui-là?ce doitètre quelque employé à la chancellerie, car il est mystérieux comme un secrétaire d'Étal, et long comme un protocole.
rhinfeld. Ne pourrais-je pas dire un mot en particulier à M. le comte de Moreno?
chavigni. Que je ne vous dérange pas. (Il aperçoit un grand portefeuille placé sur un fauteuil, à gauche.) Voilà justement un portefeuille de dessins et de gravures. Je trouverai peut-être là quelque idée pour le costume dont j'ai besoin. (Pendant qu'il parcourt le portefeuille, Rhinfeld s'approche de Moreno.)
rhinfeld. Je viens de l'hôtel de monsieur le comte, et vous m'aviez fait dire que je vous trouverais ici.
le comte, à voix basse. Quelle nouvelle? Aurai-je cette audience du prince Rodolphe?
rhinfeld. J'ai fait ce que j'ai pu. Votre Excellence ne peut douter de mon dévouement, de l'intérêt que je mets à cette affaire; mais Son Altesse ne reçoit pas ce matin.
le comte. Quel contre-temps ! Est-ce que l'envoyé de Saxe serait arrivé?
rhinfeld. Non, Monseigneur.
le comte. Et ce retard qui m'est si favorable, je n'aurais pas l'esprit d'eu profiter! 11 n'y aurait pas moyen de voir le prince? (A demi-voix.) Dites-moi, monsieur de Rhinfeld, il ne recevra donc personne?
rhinfeld, de même. Personne : excepté un étranger que je ne connais pas, et qui vient d'arriver en ce pays. C'est un envoyé de France, un M. de Chavigni.
le comte. Silence! en ètes-vous bien sûr!
rhinfeld. J'ai une lettre pour lui, une lettre que lui envoie le prince. Je suis chargé de la lui remettre dans le plus grand secret; et je vais de ce pas à son hôtel...
le comte, le retenant et à voix basse. C'est inutile! il est ici; le voilà ! (Il lui montre Chavigni.)
rhinfeld. Il serait possible! Alors, si vous le connaissez, votre affaire est sûre. Il est dans la plus grande faveur auprès du prince, et vous obtiendrez par lui tout ce que vous désirerez.
le comte. Je ne m'y serais jamais attendu.
rhinfeld. Ni moi non plus, et c'est le hasard le plus heureux. Votre Excellence n'oubliera pas qu'elle le doit à mon habileté et à ma pénétration.
le comte. Vous savez quelles sont mes promesses; je n'y ai jamais manqué; remplissez votre mission et laissez-nous.
rhinfeld. Oui, Monseigneur. {Allant à Chavigni, qu'il salue.) C'est à monsieur de Chavigni, envoyé de France, que j'ai l'honneur de parler?
chavigni Moi-même. Qu'y a-t-il pour votre service?
rhinfeld. Une lettre que Son Altesse le prince Ro-
LE DIPLOMATE
iolphe m'a chargé de vous remettre, et dans le plus grand secret.
chavigni. A moi? vous vous trompez sans doute.
rhinfei.d, la lui donnant. A vous-même. Et j'espère que vous voudrez bien rendre à Son Altesse un compte satisfaisant de la manière dont j'ai rempli ma mission. (// salue, et sort par le fond.)