‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 967 sur 1121 · LA. MARQUISE, RODOLPHE, CHAVIGNI · texte numérisé non relu

LA. MARQUISE, RODOLPHE, CHAVIGNI

Rodolphe, à la marquise, en entrant. Oui, vous ne vous en doutiez pas, l'orage est sur le point d'éclater... nous sommes perdus. (Apercevant Chavigni.) Ah ! mon Dieu! c'est Chavigni! Comment! malheureux, vous êtes encore ici?

chavigni. Oui, mon prince.

Rodolphe. Ignorez-vous les dangers qui nous menacent tous?

chavigni. C'est pour cela que je reste.

la marquise, courant à lui. Ah ! Monsieur, cela ne m'étonne pas de vous. Nqus avons donc encore un ami sur lequel nous pouvons compter...

chavigni. A la vie et à la mort. (A part.) Ces pauvres gens! je me ferais tuer pour eux. Il parait que la marquise est aussi de la conspiration.

Rodolphe. Vous savez cependant que le grand-duc est furieux contre vous.

chavigni. Contre moi?

Rodolphe. Et comme vous n'avez aucun caractère diplomatique, comme vous n'êtes point accrédité auprès de lui... il peut, sans manquer au droit des gens, vous faire jeter dans quelque prison d'Etat, d'où je ne serais pas sûr de vous retirer.

chavigni, à part. Ah ! mon Dieu !

la marquise. Et qu'a-t-il donc fait?

chavigni. C'est ce que je me demande.

Rodolphe. Si au moins vous m'eussiez prévenu : mais de vous-même... tenter un coup aussi audacieux. Vous savez bien que, placés entre deux puissances qu'il faut également ménager, notre seul espoir était ùe gagner du temps, en les opposant l'une à l'autre.

la marquise. C'était notre plan.

Rodolphe. C'était le plus sage. Eh bien! il a tout rompu... Il a frappé un grand coup... 11 a congédié, en mon nom/ l'envoyé de Saxe et celui d'Espagne, qui, tous les deux, sont furieux.

la marquise, avec effroi. 0 ciel ! il aurait osé... (Avec fermeté.) Eh bien! il a eu raison.

chavigni, vivement. Vous trouvez...

la marquise. Oui, une telle résolution peut seule vous sauver. J'ignore quelles en seront les conséquences; mais enfin, il eût toujours fallu en venir là, et jamais vous n'y auriez consenti, jamais vous ne l'auriez pris sur vous. Ce qui m'étonne même, c'est qu'il ait pu vous y amener.

Rodolphe. C'est bien malgré moi, sans m'en avertir. 11 m'y a forcé... la ruse la [dus adroite et la plus infernale... ces deux portraits que vous m'aviez demandés, et que je vous destinais...

chavigni, à part. Dieu ! c'était pour elle !

Rodolphe. Il lésa remis de ma part à l'envoyé d'Espagne.

la marquise. Et à celui de Saxe... je comprends. chavigni, à part. Elle est bien heureuse. la marquise Ah ! quelle reconnaissance nous vou devons!

chavigni. Du tout, Madame, bien moins que vous ne croyez.

Rodolphe. En effet, il nous a sauvés d'un danger pour nous remettre dans un autre plus grand. Que dire maintenant au grand-duc?comnient motiver ce double refus, ce double affront? faut-il tout lui avouer?

chavigni. Et pourquoi pas?

la marquise. 0 ciel ! est-ce votre avis?

chavigni. Oui, Madame; il fautque tout s'éclaircisse; j moi, je tiens à ce qu'on s'explique.

Rodolphe , allant à Chavigni. Eh bien! chargezvous-en.

chavigni. Moi?

Rodolphe. Oui, il n'y a que vous qui, avec vos talents et votre habileté, puissiez-nous rendre ce dernier service. Moi , d'abord, je ne m'en mêle plus : vous avez commencé, c'est à vous d'achever.

chavigni. Quoi! vous voulez...

Rodolphe. Oui, déclarer au grand-duc que je chéris ma liberté, que je veux la conserver...

chavigni. C'est si naturel...

Rodolphe. Et que je ne veux pas me marier...

chavigni, étonné. Hein! comment?

la marquise. Taisez-vous ; on vient.

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