SCENE PREMIERE
RODOLPHE, MATHANASIUS, DIONIGI, RUGGIERI et plusieurs jeunes Seigneurs achèvent de déjeuner au moment où finit l’ouverture. TCHIRCOSSHIRE est debout derrière JUathanasius et lui sert à boire.
LAGNY. — Imprimerie de Vialat et Cie. — IV. t
ZANETTA
CHŒUR
A quoi bon s’atlrtster sur les mam de la vie?
A table, mes amis, galmenton les oublie...
Et jusqu'au bord quand ma coupe est remplie Je respire, je bois, et je nargue soudain Le chagrin !
dionigi. Brâ.vo!.. mais assez de musique. ruggieri. C’est juste, on ne s’entend pas; et avec vos tarentelles, vous n’avez pas permis à monsieur le docteur de placer un mot.
matiianasius, gravement. Nous autres Allemands, nous pensons beaucoup, mais nous parlons peu, surtout à table. (Au domestique qui lui verse à boire.) N’est-ce pas, Trbircosshire?
TCHIRCOSSniRE la.
nonoLpiiE. Et moi, au risque d’élrc indiscret, jo me permettrai d’adresser une question à M. le baron Mathanasius de Warendorf, médecin et conseiller int me de l électeur de Bavière, ou plutôt de Si Majesté Impériale Charles VU, et je lui demanderai comment il est ici, en Sicile, au moment où son maître se fait proclamer,^ Francfort, empereur d’Allemagne?
matiianasius, froidement. Je vais vous le dire, Messieurs. J’ai une prétention! c’est qu’en médecine, comme en toute autre chose, je ne me suis jamais trompé. ( Tendant ton verre à son domestique ) N’est-ce pas,Tchircosshire?
Tc.iuncossniRE. la.
Rodolphe. Vous êtes bien heureux.
matiianasius. Or, il a paru en Espagne et en Sicile une maladie qui, s Ion moi, menace d'envahir l’Europe... une
fièvre...
Rodolphe. D'ambition?
matiianasius. Non, une autre encore... une C9pèce de fièvre jaune!
rugcilri. La maladetta qui a causé tint de ravages? matiianasius. Fléau brutal et sans égards, qui n’épargne ni les empereurs, ni les bourgeois! aussi, par ordre supérieur, et dans l’intérét de la science, je suis venu ici pour étudier et observer.
Rodolphe. S’ilen était ainsi, vous n’auriez pas amené avec vous la jolie Mathilde de Warendorf, votre femme, pour l’exposer de vous-méme au danger! Et il faut, monsieur le docteur, que quelque autre motif vous retienne depuis un mois auprès de notre jeune roi Charles VI.
matiianasius. Un grand souverain, Messieurs, jeune, brave et galant ! qui a conquis avec son épée le royaume de Naples!., je bois à sa sanlé.
rodqlpiie. Monsieur le baron ne répond pas. matiianasius, tenant son verre. Impossible ; je bois au roi, Messieurs.
tous, se levant. Au roi!
ruggieri. Et maintenant à nos dames!
matiianasius. C’est trop juste !
ruggieri. Que chacun boive à celle dont il est le chevalier. . moi d’abord à la comtesse Bianca !
dionigi. A la belle Zagorata... la divine chanteuse! matiianasius. Moi, Messieurs, je bois à ma femme. tous. C’est de droit.
dionigi. Et toi, Rodolphe?
Rodolphe. Moi, Messieurs, je suis fort embarrassé. rucgieri. En effet, je ne connais à Païenne ni à Naples aucune dame qui reçoive scs hommages.
matiianasius. Me sera-t-il permis d’adresser à mon tour une question à M. le comte Rodolphe de Montcmar, et de lui demander comment, lui, jeune, riche, de haute naissance, favori d’un roi, il n’a pas fait un choix parmi nos jeunes Siciliennes.
Rodolphe. Beautés divines et piquantes... ( Levant son verre.) A leurs attraits. Messieurs!
mathanasius. Monsieur le comte né répond fias.
rodoLpiie, tenant son verre, et du même tvn que le baron. Impossible; je bois.
ruggieri. Et tu nous la feras connaître ?
Rodolphe. Dès qu’elle existera... dés que j'c ■ aurai une.
REPRISE DU CHOEUR
Buvons donc, mes amis, buvons à i n connue !
Qu’un fortuné hasard la présente il nos yeux !
Qu’elle paraisse, et pcut-ôlre à. sa vue
{Montrant Rodolphe.)
Nous allons comme lui brûler des mêmes feux.
{Ils sont tous debout et trinquent près de la table. Le roi parait au fond du théâtre; ils l'aperçoivent et quittent la table.)