SCENE V
HORTENSE, HENRIETTE, se regardant toutes les deux.
hortense. Eh bien!
Henriette. Eli bien!
hortense. Quelle aventure !
Henriette. Toi qui en voulais? en voilà une!., chapitre premier!
hortense. Monsieur d’Aranda !
HENRIETTE. J’espère bien que tu ne le recevras pas. hortense Oh non, sans doute! maintenant surtout apres ce qu’il peut avoir entendu !.. mais cependant... Henriette. Eh bien?
hortense. Ce portefeuille... qui est là entre nos mains, je ne peux pas le garder.
HENRIETTE. Non certainement.
hortense. Et comment le lui rendre?
Henriette. Lorsque tantôt il reviendra... s’il revient. hortense. Ah! il n’y manquera pas... j’en ai bien peur! Henriette, montrant le portefeuille. Louise le lui remettra !
hortense. C’est juste !.. c’est une idée... mais il y en a une autre qui m’inquiète et me tourmente bien encore. Henriette. Laquelle!
hortense. C’est de savoir s’il nous a entendues, c’est si essentiel! si important... et nous ne pouvons nous en assurer que par lui.
HENRIETTE, vivement. C’est un prétexte... pour le voir. hortense, se récriant. Par exemple !
HENRIETTE. Tu en as envie!
hortense. Eh bien! c’est vrai. Comment est-il à Paris? Pourquoi vient-il chez moi? quelle fatalité l’amène là au moment même où... Il y a dans cette rencontre quelque chose de romanesque, d’impossible, qui pique malgré moi ma curiosité... je suis fille d'Eve...
HENRIETTE. Prends garde ! prends garde!
hortense. D’ailleurs, sois sans crainte, ce qui eshinconnu est seul redoutable pour moi, et quand j’aurai vu ce conquérant invincible... (Poussant un cri.) Ah! HENRIETTE. Qu’as-tu?
hortense. C’est étrange. En tenant ce portefeuille, j’ai I sans le vouloir, pressé un ressort, le portefeuille s’est ou- I vert, et un médaillon...
HENRIETTE. Un portrait!..
hortense. Je ne sais, le médaillon s’est retourné.
Henriette. Un portrait de femme, je suis sûre, une de ses passions; eh bien, es-tu encore tentée de le recevoir? I (Elle fait un pas vers le fond.)
hortense. Oh! non, mais j’ai bien envie de regarder ce portrait... est-ce mal?
HENRIETTE, revenant en scène. Mal, au contraire... cela te guérira !
hortense, souriant. Tu as aussi envie de le voir.
HENRIETTE. C’est possible !
hortense. D’ailleurs l’original est sans doute à Madrid je ne le compromets pas. ( Elle retourne le médaillon ) ’ toutes DEUX, ensemble. Ciel!
hortense. Mon portrait!., mon portrait!
D’ARANDA
Henriette. Ton portrait! chapitre deux C’est de la magie! hortense. Pour le moins ! car je n’ai jama's fait faire mon poi trait.
Henriette. N’importe, il existe... c’est bien toi... tes yeux, ta bouche, tout, jusqu’à ce petit signe que lu as près du cou.
hortense. Mais je n’ai jamais posé.
Henriette. Quand je te dis qu’il y a de la sorcellerie.
Air : Vaudeville de Turenne.
Pour nous déjà j’ai peur, à juste titre,
Ce chapitre deux, franchement Me fait trembler pour le dernier chapitre ;
Dans les romans, c’est, dit-on, l’effrayant! hortense, regardant toujours le portrait.
Nous en sommes loin!
HENRIETTE
Mais pas tant!
Car le premier, auquel on s’accoutume Conduit à l’autre... et l’autre... au dénoûment!
Il eût été, je le crois, plus prudent De ne pas ouvrir le volume!
(Deux heures sonnent.) Ah! mon Dieu!
hortense, effrayée du cri d’ Henriette. Encore quelque
chose! . , „
HENRIETTE. Eh non!... deux heures sonnent, et Gabriel qui m’attend !
hortense Tu me quittes! tu t’en vas déjà’
Henriette. Déjà! mais il y a plus de deux heures que je suis ici, et que nous causons.
hortense. Tu crois!., c’est si amusant! reste encore/ HENRIETTE. Je ne peux pas! Gabiiel m’a bien recommandé d’ètre prés de lui à la sortie de l'audience. 11 a plaidé ce matin une affaire très-importante, il sera en nage, je ne veux pas qu’il s’enrhume. ( Henriette va prendre son châle et son chapeau sur un fauteuil , au fond.)
hortense. Cela regarde son valet de chambre. uenriette. Du tout, cela me regarde. Il a besoin de moi, il a besoin de m’embrasser pour le consoler, s’il a perdu, ou pour se réjouir avec moi s’il a gagné... Oh. il
aura gagué, j’en suis sûre!.. .....
HORTENSE, Et tu me laisses ainsi dans la position la plus difficile... ce comte d’Aranda qui va revenir.
uenriette, s’ajustant toujours. Louise ne le laissera
pas entrer. ... ,
hortense. Et S’il force la consigne... il est si hardi... si téméraire... songe à l’incendie de ce pavillon...
HENRIETTE. Je ne serai pas longtemps, je te le promets. Il n'y a que la rue à traverser, et je reviens tout de suite à ton secours. Jusque-là ferme bien les portes et les fenêtres; et puis ici ce n’est pas comme à Madrid. . on crie au feu, et on a les pompiers. ( Elle sort par le fond.)