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SCENE XIV

LÉOPOLD, MADELEINE, habillée en grande dame , sort de ta porte à droite.

(Musique. — Air de Félicien David : Mon bien-aimé d’amour s’enivre.)

léopold, reculant étonné. Ah! qu’ai-je vu?.. Mes yeux ou mon cœur ne me trompent-ils pas?.. Cette fois, c’est à en perdre la raison!.. Louise! Louise!., est-ce vous?.. (Madeleine lui fait , de la tête, un signe négatif. — Soupirant.) Non!., ce n’est que toi!

Madeleine. Que l’on vient d’habiller ainsi. Qu’est-ce que ça veut dire, Monsieur? et qu’est-ce qu’on va faire de moi?

léopold. Ton portrait... qu’on m’avait demandé... et que je leur avais promis... Moi, rolracer ton image pour eux, pour la leur livrer... Non... ils ne l’auront pas!.. Ça m’est impossible maintenant!.. ( Regardant autour de lui.) Mais, avant qu’on vienne, laisse-moi prendre de toi, dans ce costume, une simple esquisse au crayon, pour moi, pour mol seul!..

madeleine, troublée. Mais je croyais. Monsieur, que vous m’aviez pronfls de quitter ce château!

léopold. Raison de plus pour emporter aveo moi et mon bonheur et celte image que j’ai tant désirée... Je partirai après .. je te le jure!

madeleine. Alors... dépêchez-vous donc!

léopold, courant prendre son album. M’y voici! C’est l’affaire d’uu instant, et, quand je t’aurai quittée, il me rappellera sans cesse cette journée, et toutes les émotions si cruelles et si douces que j’ai éprouvées auprès de toi... Ne t’impatiente pas, je me dépêche. (Musique. — Il s’est assis près de la table à droite et a ouvert son album. Voyant Madeleine qui s’ est placée derrière le fauteuil.) Non... ne te place pas ainsi, derrière ce meuble... je ne puis te voir...

madeleine change d’attitude , et se place à côté du siège. Comme ça... c’est-y mieux?., ou bien comme ça?.. (Elle appuie son coude sur le dos du fauteuil, et pose sa tête sur sa main.)

léopold, la contemplant. Ah! qu’elle est belle! madeleine. Eli bien! Monsieur, vous ne dessinez pas? léofold. Pardon... je n’y pensais plus... madeleine. Dame! c’est que c’est fatigant de rester comme ça tout debout...

léopold. Tu as raison. ( Lui indiquant le fauteuil.) Assieds-toi dans ce fauteuil, en face de moi. (Elle est assise.) Bien! (Il dessine.) Deux minutes seulement. (Il s’arrête.) Tes yeux... non pas fixés sur la terre... je ne puis les voir... Lèvé-les... vers moi.

madeleine. Est-ce bien. Monsieur?

léopold, dessinant. Oui... regarde-moi... toujours... madeleine. Est-ce bien?

léopold, avec émotion. Non... ne me regarde pas, ça m’empêche de travailler.

madeleine. Dame! Monsieur, arrangez-vous; il faut pourtant avoir les yeux levés oh baissés.

léopold. Ni l’un... ni l’autre... Attends... Sais-tu lire? madeleine. Non, Monsieur ; c’est bien malheureux pour moi.

léopold. C’est égal... tu feras commè si tu lisais... (Il rend le journal qui est sur la table, et le lui donne.) iens... prends ce journal... (Il va reprendre son album et se met à dessiner; puis, s’adressant à Madeleine qui a l’air de lire le journal.) Bien!., fie remue pas, reste immobile... (L’orchestre redit en sourdine l’air qui commence Cëtté scène.) Ah! mon Dieu! qu’a-t-elle donc? Elle paraît troublée... ses mains tremblent!., elle laisse échapper ce papier... Elle se trouve mal! (Courant à elle, et se jetant à genoux.) Madeleine... Madeleine! reviens à toi!..

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