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SCENE PREMIERE

Au lever du rideau, ALVAR DE ZUNIGA, venant de la promenade à droite, au fond du théâtre, s’arrête un instant sous les fenêtres à gauche de l’hôtel de Villaréal qu’il regarde avec colère; au même moment, FABIUS et OTTAVIO sortent de l’hôtellerie à droite et aperçoivent Alvar.

fabius. Eh ! c’est notre ami Alvar de Zuniga ! ottavio. Tous nos convives sont déjà arrivés, et toi, notre amphitryon, te voilà le dernier au rendez-vous!

LACNY -

mie de Vulat et Cie. — Ri0 I 3.

LE GUITARRERO.

fabius. Le repas n’est pas encore commandé? zuniga, se frappant le front. C'est vrai; je vous ai

invités clies Je maître Ntinnez Mugnoz, qui n'a pas son pareil pour les olla-podrida à la reine... Holà, seigneur hôtelier! (A l’Iwlelier qui parait et salue ) Je paie double!... que dans un quart d’heure tout soit prêt; et songe bien qu’il ne s’agit pas ici de traiter des hobereaux portugais, tes compatriotes, mais des officiers du régiment de la reine .. des Espagnols, vos vainqueurs et vos maîtres. Allez... (L'hôtelier s’incline et sort.) Pardon, mes amis, j’arrivais ne rêvant que la joie et le plaisir, mes regards se sont tournés de ce côté... ( Montrant l’hôtel à gauche.) et d’autres projets, d’autres idées... fabius. Ah! ah! l'hôtel de Villaréal...

ottavio II a pensé comme nous à la belle Zarah* fabius. Qu’il adore.

zuniga. Que je déteste !

fabius. Allons donc!

zuniga. Je la déteste! vous dis-je... et pour nous autres gentilshommes de Séville ou de Cordoue, qui avons du sang afr.cain dans les veines, triompher d’une maltresse est moins doux que de s’en veuger quand elle nous a outragés dans notre honneur.

ottavio. Allons donc!. . de quoi as-tu à te plaindre? zuniga. Ce que j’ai?...

ottavio. Elle est lière, orgueilleuse, et ne peut souffrir les Espagnols, qui régnent en maîtres dans son pays... Que nous importe?

zuniga Ah! si ee n’était que cela!..

ottavio. Eh bien! voyons, soyons francs... elle a refusé tes hommages et ta main?

zuniga. Oui, par Notre-Dame del Pilar!... elle m’a refusé.

ottavio. Eh bien ! moi aussi.

fabius. Et moi de même.

ottavio. Aussi quand elle sera mariée, nous verrons... j jusque-là je lui pardonne.

fabius. Moi, je ne lui pardonne pas, car la dot était magnifique, et à chaque pas je rencontre des gens furieux contre elle, j ottavio. Ta famille?

j fabius. Non... mes créanciers.

zuniga, avec colère. Ils ne perdent que de l’argent! fabius. Et toi une maltresse.

zuniga. Si ce n’était que cela, vous dis-je !... D’abord, il suffit qu’une femme me dédaigne pour que je la déleste...

ottavio. Moi, je la plains, voilà tout. zuniga. Mais elle a osé plus encore... l’affront le plus cruel... le plus sanglant que puisse recevoir un noble Espagnol... cette nuit, au bal, chez dona Manuela, sa ! tante ; vous n’y étiez pas?

ottavio. Nous étions de service au château. zuniga. Elle avait laissé tomber un riche pendant d’o- | reille en diamants... plusieurs Portugais se précipitèrent j pour le ramasser, et entre autres un négociant de Lis- ; bonne, Martin de Ximena, à qui je l'arrachai des mains,

| et qui, prudemment, vous vous en doutez bien, garda le silence... Présentant alors ma conquête à la belle Zarah, je lui demandai la permission de replacer moi-même ce j brillant trophée... elle allait refuser, elle en faisait le geste, lorsque dona Manuela, sa tante. Portugaise de nais- | sance, mais femme supérieure et distinguée...

I ottavio. Qui adore les Espagnols et la cour de Madrid.

zuniga. Dona Manuela lui ordonna cl’accorder cette j récompense à un preux chevalier qui venait de la mériter. . Alors, n’osant attirer plus longtemps les regards de l’assemblée, qui déjà étaient fixés sur nous, la rebelle, l’orgueilleuse Zarah fut obligée de se soumettre, et pendant que je rattachais ee diamant â son oreille, pendant que sa joue était là, près de moi, j’osai, aux yeux de fous,

| y porter mes lèvres. . . Alors, la Aère beauté sè rélevant

avec indignation et tournant vers moi ses yeux noirs quil nçaient des éclairs : Vous n’êtcs point un gentilhomme ! s’écria-t-elle. Et de son gant elle me frappa au visage, devant toute l’assemblée, devant tous ces Portugais... moi Espagnol, moi Alvar de Zuniga! fabius. Et tu l’as supporté?

zuniga. Ab! c’est ce qui me met la rage dans le cœur! Que faire? ., qu’auriez-vous fait à ma place? Comment se venger d’un tel outrage?... sur une. femme!... une femme, entendez-vous?... Croyez-vous encore que je l’aime?... et comprenez-vous la honte et la colère qu’il m’a fallu dévorer lursque, affectant un air riant et enjoué, j ai dit à sa tante, qui m’adressait des excuses, qu’une si douce punition était encore une faveur, et qu’une si belle main ne déshonorait pas?... Mort-Dieu! par Philippe, notre roi, j’ai juré tout haut la paix, mais tout bas la vengeance... et je l’obtiendrai.. Je vous perdrai, ma belle Zarah! ou j’y perdrai mon nom!

fabius. Et comment feras-tu?

zuniga. Je l’ignore., mais il faudra bien un jour qu’elle 5 choisisse... qu’elle aime quelqu’un...

ottavio. Elle refuse tous les partis!

zuniga. On a parlé de don Juan de Gtiimarens, que lui destine la cour de Lisbonne... et quoique ce soit un de mes amis...

fabius. Si elle ne l’aime pas, tu la débarrasseras d’un prélendant qui l’ennuie.

zuniga. Tu as raison... cette vengeance-là ne suffit pas; il en faut une qui puisse l’humilier, elle... personnellement, et lui rendre affront pour affront.

voix dans l’intérieur de l’hôtellerie. A table! à table !

fabii s. Voici nos amis qui s’impatientent. ottavio, qui a remonté le théâtre, pendant que plusieurs jeunes seigneurs sortent de l’hôtellerie à droite. Silence !. . silence!., je vois de loin quelqu’un qui s’avance

mystérieusement sous ses fenêtres.

zuniga. Un jeune seigneur... lequel?

ottavio, regardant toujours vers la gauche. Attends donc!

zuniga. IJn riche cavalier?..

ottavio.. Eh non! un homme du peuple couvert d’un mauvais manteau.

Zuniga. C est un aftiaut déguisé... un rival... fabius, regardant. C’est possible, car il porte une guitare.

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