RICCARDO, ZUNIGA
zuniga, sortant de l’hôtellerie à droite. Ah ! te voilà exact au rendez-vous !
riccardo. C’est vrai... mais j’y ai peu de mérite, je l’avais oublié.
zunig^. Tu avais tort, car je viens ici pour t’enrichir.
riccardo. Moi, Monseigneur ?.%J
zuNiGAiVToi-même !
riccardo, à part. Ah! Martin de Ximena avait raison... c’est quand on s’ëri vaque la fortune arrive, et j’avais tort de partir si vite. (Haut et souriant.) Par malheur. Monseigneur, ma fortune à moi n’est paç facile ; il y a trop à faire.
zuniga, à demi-voix. 11 n’y a rien d’impossible, rien où tu ne puisses aspirer.
riccardo. Que dites -vous?
zuniga, de même. Quels que soient tes désirs ou tes vœux, je peux encore aller plus loin. Tu ne sais donc pas que tu m’as rendu un immense service dont il me tarde de m’acquitter?
riccardo. Comment cela?
zuniga, après un instant d’hésitation. Où étais-tu hier au soir?
riccardo. J’errais... dans les rues... assez tard .. jusqu’à minuit.
zuniga, avec embarras. Je le sais bien... Mais à onze heures... onze heures et demie... peut-être plus tard..! où passais-tu?
riccardo. Derrière le couvent de l’Assomption ; et seul, assis sur une pierre, je jouais de ma guitare.
zuniga. C’est bien cela. As-tu entendu des pas et un cliquetis d’épées dans une des rues voisines?
riccardo. Tout était désert et tranquille.
zuniga. Le bruit de ta guitare t’empêchait d’entendre... mais moi, que ces ttpis spadassins avaient attaqué avecune rage mystérieux', et silencieuse, j’allais succomber sous leurs coups, lorsqu’aux premiers sous de ta guitare ils se sont enfuis d’un côté, moi de l’autre, cherchant pour l’honneur de ma belle à disparaître au plus vite, et sans oser même, ce que je me reprochais, courir te remercier.
riccardo, étonné. 11 serait possible!.. Et tout-à l’heure avec vos amis, quand vous m’avez recoimu, pourquoi nepas m’avoir parlé de cette aventure ?
zuniga, avec embarras. Ah! pourquoi? j’avais mes raisons.
riccardo. Et lesquelles?
zuniga. Silence!.. (A delhi-voix.) La belle dame de chez qui je sortais est une parente, une sœur de l’un d’entre eux, et tu comprends que, pour toufié nionde, c’est un grand mystère... mais la reconnaissance est là... ( Montrant son cœur.)
DUO
ZUNIGA
Entre nous, fidèle alliance.
Et qu’ici iout soit de moitié!
Reçois de ma reconnaissance Mes trésors et mon amitié!
RICCARDO
A le croire encor je balance!
Du sort je m’étais défié :
Et le sort m’offre la puissance.
Et la fortune et l’amitié!
ZUNIGA
Tu n’habiteras plus une obscure mansarde :
Dans mon riche palais, près de moi, je te garde. RICCARDO.
Ah! Monseigneur!., c’est trop, vraiment!
ZUNIGA
Habillé comme un gentilhomme.
Te voilà mon ami, mon frère, mon parent!
RICCARDO
Ah ! Monseigneur !...
ZUNIGA
Te voilà de mon sang,
Et pour noble l’on te renomme !
Aux plus riches partis tu pourras t’allier !
RICCARDO
Jamais !
ZUNIGA
Et pourquoi donc?.. Je veux te marier!
RICCARDO
Et moi je ne veux pas!
zuniga, avec effroi, et à part.
O ciel !
RICCARDO
Le mariage
A pour moi peu d’appas :
Son esclavage Ne me séduirait pas!
Beauté trop fière Craindrait ma pauvreté.
Et je préfère Misère et liberté!
zuniga.
Le mariage
A pour lui peu d’appas :
LE GU1TARUEK0.
Sou esclavage Ne le séduirait pas! etc.
C’est fâcheux! je t’aurais donné des équipages,
De somptueux habits, des valets et des pages?
De l’or, des titres même... et, mieux que tout cela J’avais jeté les yeux sur la belle Zarah!
riccardo, poussant un cri d’étonnement.
Que dites-vous?..
ZUNIGA
Je le voulais!
Mais... mais...
Le mariage
A pour toi peu d’appas ;
Son esclavage Ne te séduirait pas;
Beauté sévère Révolte ta fierté ;
Ton cœur préfère Misère et liberté!..
riccardo, hors de lui.
Ali! taisez-vous... car je tremble et je n'ose...
Non... non... c’est se jouer de moi... de ma raison!
ZUNIGA
Je n’ai qu’un seul moyeu d’éloigner ce soupçon :
Je réponds de l'hymen qu’ici je te propose;
Acceptes-tu?..
biccabdo, se soutenant à peine.
Qui?., moi!., grands dieux!
ZUNIGA
Le veux-tu?
BICCARDO.
Si je le veux!
O bonheur! ô délire!
A peine je respire...
Quel espoir vient luire A mon cœur, à mes yeux?
Je jure obéissance!
Et surtout du silence!
A vous mou existence Pour un seul jour heureux!
zuniga, à part.
Oui, j’ai su le séduire...
Oui, je vois son délire!
Et l’espoir vient sourire A mon cœur furieux!
(4 Iticcardo.)
Du sang-froid, du silence!
Surtout de la prudence !
(4 part.)
Grâce à lui, la vengeance Brille enün à mes yeux !
BICCARDO.
Mais comment réussir en de pareils projets?
ZUNIGA
Tu le sauras... espoir et confiance!
Réponds-moi seulement de ton obéissance,
Mon amitié te répond du succès}
ENSEMBLE
RICCARDO
O bonheur! ô délire!
A peine je respire!
Quel espoir vient sourire A mon cœur, à mes yeux!
Je jure obéissance!
Et surtout du silence !
A vous mon existence Pour un seul jour heureux!
ZUNIGA
Oui, j’ai su le séduire.
Oui, je vois son délire!
Et l'espoir vient sourire A mon cœur furieux!
Du sang-froid, du sjlence !
Surtout de la prudence !
[A part.)
Grâce à lui, la vengeance Enfin brille à mes yeux!
[U l’entraîne et sort avec lui. Ils s'éloignent par le fond, en entendant dona Manuela et Lorenzo qui sortent de l’hôtel de Yillaréal, à gauche.)