‹ Å’uvres illustréesChapitre 1080 sur 1154 · FRA LORENZO, MARTIN DE XIMENA · texte numérisé non relu

FRA LORENZO, MARTIN DE XIMENA

fra lorenzo. Un instant, seigneur de Ximena... martin. Le mariage va Se célébrer sans nous. fra lorenzo. 11 ne s’agit pas de mariage, mais de nouvelles que je reçois de Lisbonne, et qui vous concernent. martin. Moi!.. Martin de Ximena, négociant? fra lorenzo. Vous-même.

martin, froidement. Gela m’étonne... mais dès que vous me le dites...

fra lorenzo. Ce qu’il y a de singulier, c’est que mon oncle Vasconcellos, qui est d’ordinaire si clair dans ses I dépêches... me semble dans celle-ci d’une obscurité... martin. Vous avez tant de lumières...

fra lorenzo. EnQu nous verrous bien; écoutez seulement... (Lisant.) « Depuis le dernier-duel dont je vous « ai parlé, depuis l’affaire de Guimarens... » Je n’en connais pas d’autre que celle de son mariage... « vous avez « dû exécuter les ordres en chiffres qùe je vous ai don- « nés... » Je ne sais pas où ils sont! martin, à part. Dans le dernier courrier intercepté. fra lorenzo, continuant . « J’en attends lès résultats « naturels ...» D’autant plus naturels qu’ils viendront d’euxmêmes. ( Continuant de lire.) « C’est un nommé Pinto « qui est l’âme du complot, et celui qui s’e3t chargé de « l’exécution est le fils du duc, le jeune Emmanuel de « Bragance, caché depuis son duel à Santarem. » Je n’en ai pas la moindre idée.

martin, froidement. Ni moi non plus... et je lie vois pas en quoi tout cela me regarde.

fra lorenzo. Attendez donc. ( Continuant de lire.) a Un négociant de cette ville, qui est maintenant dans la « vôtre, Martin de Ximena, est le banquier de la conspi- « ration... » Comprenez-vous?

martin, froidement. Pas plus que Votre Excellence. fra lorenzo. C’est ce que nous allons voir... (Continuant.) Hum! hum!.. « De la conspiration; qui n’est pas « riche, et qui a grand besoin d’argent... C’est chez lui, « ou chez quelqu’un des siens, que doit être caché le jeune « duc... Il faut donc à tout prix, par ruse, par adresse.

« et, s’il y à lieu, par la torture, forcer Ximena à vous le j « livrer... Une heure après, vous aurez pour agréable dè « lui faire trancher la tête, etc. » Des détails d’intérieur...

« Quant à Ximena, sa grâce s’il parle... sinon, etc. » Comprenez-vous enfin ?

martin, froidement. Cela devient plus clair!.. Mais quand par événement, quand par hasard le ministre aurait dit vrai, je suis d’un naturel taciturne et ne parle jamais... Votre Excellence peut compter là-dessus et agir en conséquence.

fra lorenzo. Et si je te fais trancher la tète, mon cher! Martin, avec sang-froid. C’est un moyen, mais un des moins heureux qui existent pour me faire parler.

fra lorenzo. C’est juste ! Nous aurions alors la torture, que l’on me propose, et qui a bien ses avantages... mais ça n’est pas dans mon caractère.

martin. Je m’en doute bien... un homme d’esprit tel que vous a une autre manière d’interroger.

fra lorenzo, souriant. Je vois que nous pourrons nous entendre... Écoute : je n’ai pas de temps à perdre; le ministre compte sur moi, et à tout prix, comme il le dit, il faut réussir... Je connais le cœur humain, et j’ai un système jusqu’à présent infaillible... Voyons... (Lentement et le regardant en face.) Combien?

martin, avec indignation. Me supposer de pareils sentiments!.. pour qui me prenez-vous?

fra lorenzo. Je te prends pour moi, à mes gages, à mon compte... toi et tes sentiments... Combien? martin. Je n’ai rien à vous répondre.

fra lorenzo. Tu ne veux pas y mettre le prix... je le fixerai... soixante mille piastres.

martin. Pour livrer le duc de Bragance!.. moi! Portugais !

fra lorenzo. Cent mille.

martin. Moi, homme d’honneur!..

fra lorenzo. Deux cent mille.

martin. Deux cent mille!.. Vous pourriez supposer... fra lorenzo. Que tu es plus cher que les autres; voilà tout ce que cela me prouve. Il parait, seigneur de Ximena, que votre vertu est d’un prix élevé... eh bien! il faut en finir .. d’ailleürs ce sont vos Portugais qui paieront. Ecoutemoi bien, et décide-toi, car c’est mon dernier mot... (Le regardant en face et lentement.) Trois cent mille piastres !

martin fait à part un geste de joie, puis se retournant vers Lorenzo, lui dit vivement. Je demande si Votre Excellence les donne sur-le-champ?

fra lorenzo, riant. Allons donc!., nous voilà enfin!.. Quand je te disais que je connaissais le cœur humain... Martin, appuyant toujours. Comptant?

fra lorenzo. Pourquoi cela?

martin. C’estqu’aujourd’hui il faut que j’aie cette somme, ou que je me brûle la cervelle.

fra lorenzo. Garde-t’en bien !

martin. Je conçois que cela romprait nos relations; mais je vous le dis à vous en confidence, j’étais obligé de suspendre mes paiements. Ainsi voyez si vous voulez me sauver la vie.

fra lorenzo, réfléchissant. Soit... Aujourd’hui les trois cent mille piastres... mais cé soir tu me livres le jeune duc!

martin, réfléchissant aussi. Ce soir... non pas... mais demain !

fra lorenzo. Et pourquoi?

martin. Le temps de le dépister, de m’en emparer, et de vous le faire saisir sans danger. au milieu de ses nombreux amis.

fra lorenzo. Us sont donc beaucoup?

martin. Cinq ou six cents... qui depuit huit jours se ressemblent et se cachent dans ces murs, prêts à marcher sur Lisbonne pour y soulever le peuple.

fra lorenzo, naïvement. Et je ne m’en doutais pas !

LE GUITAHRERO.

Martin, froidement. Bah !.; ce n’est rien.

Fra lorenzo. Comment! ce n’est rien?

MARTIN, de même. Bien d’autres choses encore que je vous apprendrais... Mais tenez-vous coi... ne bougez pas, que rien ne leur donne l’éveil! que rien surtout ne fasse soupçonner notre intelligence.

FRA lorenzo. Et si tu me manques de parole?

Martin. Ma tète est S vous!

FRA lorenzo. Permets donc!., elle ne vaut pas trois cent mille piastres.

martin. Pour vous... mais pour moi!..

FRA LORENZp; C’est juste I

MARTIN. Vous ne donneriez pas la vôtre pour ce prix-là , ni pour le double!

fra lorenzo. Non certes! Va, va, ne perds pas de temps... pendant que moi j’achève mes dépêches...

martin, revenant sur ses pas. Bien entendu que d’ici à demain vos affidés ne me perdront pas de vue, et que vous me ferez consigner aux portes de la ville.

fra lorenzo, d’un air profond. J’y pensais!..

martin. Et tenez... tenez... comme je vous le disais, ie mariage s’est célébré sans nous!., entendez-vous les cloches?.. Adieu, Monseigneur!

fra lorenzo. Adieu! {Martin sort par la porte à droite.)

FRA LORENZO , à la table à droite, achevant de lire ses effZARAHANllELA> ZUNI6A> pnis aprèi RICCARDO

FINAL

CHŒUR

Que les cloches retentissent Et résonnent dans les airs!

Dérangés qui les unissent Empruntons les saints concerts!

Des anges qui les unissent Sonnons, sonnons les pieux concerts !

Page 1