‹ Å’uvres illustréesChapitre 1105 sur 1154 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BABIOLE, occupée à travailler ; puis LE VICOMTE , qui entre par le fond.

babiole. Le bourgeois l’a chassé!., mais l’instant d’après il n’y pensait plus!., il ne peut pas se passer de lui... Aussi je lui ai apporté sa veste et son tablier de travail, car il est parti en beau monsieur et sans rien me dire... il sc tait toujours!.. Il ne me dit : Je vous aime, que quand je me trouve mal! et quelque plaisir que ça me fasse... je ne peux pas à chaque instant... (S’interrompant et changeant de ton.) C’est l’inégalité des conditions qui l'cmpêclie de parler... c’est sûr!.. Il me croit plus riche que lui... il croit que mon parrain me donnera une dot .. Il ne connaît pas mon parrain... Tout ce que je puis espérer de ce côté-la, c’est sa bénédiction, et à condition encore que ça n’entrera pasdans la communauté... car toute la journée il est à maudire ce pauvre Joblot.. Hein! qui vient là? M. le vicomte...

le vicomte. Ma gentille ouvrière dans l’hôtel d’Auberive!..

babiole. Je suis à coudre des rideaux ( Montrant l’échelle et le tablier de tapissier qui sont à gauche ) que mon parrain, M. Marcel, va revenir poser dans ce salon.

le vicomte. C’est juste, il y a grand monde ce soir... Et quand penseras-tu à moi? à mon boudoir?.. Car tu sais que je t’attends...

babiole. Vous n’attendrez pas longtemps.

le vicomte. En vérité?

babiole. Moji parrain ira. . dès demain!.. le vicomte. Et toi?

babiole, avec fierté. Moi... Monsieur?..

le vicomte, vivement. Ne me réponds pas... tu dois refuser.

babiole, de même. Oui, sans doute! le vicomte. Ça commence toujours comme ça... Aussi, ma chère, il faut bien se défier des premiers mouvements... babiole. Comment?..

le vicoMTE^yi part . Parce que presque toujours ils sont bons!.. Heureusement, les seconds nous viennent en aide...

babiole, avec force. Apprenez que j’aime Joblot, le premier garçon de mon parrain. . et que je veux l’épouser...

le vicomte. A merveille... je ne m’y oppose pas... je ne demande pas mieux que de faire sa fortune... car je

BABIOLE ET JOBLOT.

ne suis pas l’ennemi de Joblot, ni du mariage... au contraire...

babiole. Qu’est-ce qu’il dit donc?

le vicomte. Moi qui te parle, on veut me donner, ici, une jeune héritière... charmante.. . Je ne dis pas oui!., je ne dis pas non... Rien ne presse!., je n’ai que trente-cinq ans... j’attendrai! Tu réfléchiras... et tu répondras à ma lettre!

babiole, qui s’est remise à coudre. Impossible! le vicomte, secouant la. tète. Oh ! impossible ! babiole, appuyant. Impossible!..

le vicomte, à part. Au fait! elle ne sait peut-être pas écrire... et, dans ce cas-là, il faut ménager la pudeur... (Haut.) Écoute... je vais faire visite à madame d’Auberive, la douairière, et à mademoiselle Céline, sa petitefille... Si avant mon départ tu avais changé d’idée... Tiens, vois-tu cette rose?.. (Détachant une rose de sa boutonnière.) Joblot te dirait que c'est ton portrait... point du tout... ( Montrant la fleur.) ce serait trop d’honneur pour la rose... (La posant sur la table où travaille Babiole.) Si tu me la renvoies... je t’attendrai ! babiole, avec indignation. Jamais! jamais!

le vicomte.

Aib : Vaudeville de l’IIommc vert.

Des grisettes c’est le système,

Et leur premier mot est : Jamais!

De leur rigueur je vois l’emblème Dans la rose que je t’oflïais!

Oui, pareille est leur destinée...

(A part.)

Car leur vertu, j’ai cru le voir.

Brille toute une matinée

Et se meurt dès que vient le soir!

Elle expire quand vient le soir!

Adieu, adieu, à ce soir! (Il entre par la porte placée à la droite du spectateur.)

babiole, jetant avec colère la rose par terre. A-t-on jamais vu!., parce qu’on est dans la couture, ces grands seigneurs croient qu'on peut tout nous dire!.. Quelle différence avec Joblot! il ne dit jamais rien, celui-là!.. ( Elle se remet à travailler en poussant un soupir.)

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