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SCENE IV

JOBLOT, CÉLINE, entrant par la porte à gauche du spectateur.

Céline, entrant. Il faut que je remercie ma grand’mère de son cadeau... (Apercevant Joblot.) Ah! c’est vous. Monsieur... Je vous sais gré de votre exactitude...

joblot, avec embarras. Vous êtes bien bonne, mamselle, et il n’y a pas de quoi ..

Céline. Si vraiment... Il s’agit de mon avenir et de mon bonheur, monsieur Joblot. . Car, malgré votre autre nom qui m’effrayait...

joblot. En vérité?

Céline. Et malgré vos relations... avec des gens du monde, vous êtes bien monsieur Joblot... un garçon tapissier?

joblot. Pas aulre chose...

Céline. J’en suis ravie!

joblot, à part. Ce n’est pas moi qui la blâmerai. (Haut.) Oui, Mamselle... simple garçon tapissier... Mais ça m'empêche pas les sentiments... pas plus que l’estime des gens comme il faut...

CÉLINE. Oui.., je vous ai vu dans votre boutique... avec le jeune comte Ernest de Lavarenne,que vous connaissez...

joblot. Intimement... un ami... C’est donc ponr vous dire, mamselle, que je vous connais aussi... que je vous ai devinée...

Céline. Devinée?.. Eh bien! oui... je n’ai pas besoin alors de vous en apprendre davantage. . Parlez, monsieur Joblot, parlez... je vous écoute... »

joblot, à part. Quel embarras... faut que je commence. (Haut.) D’abord, mamselle... parce que je veux être franc avec vous .. et ne pas vous abuser sur ma position sociale... Mon père... je ne l’ai jamais connu...

Céline. Peu m’importe... votre père, votre famille!..

joblot, à part. Quel bonheur! ça ne lui fait rien!

Haut.) Mais j’ai deux oncles maternels, du cô!é de ma mère. ..deshommes... bien! Deux oncles, ça vaut un père ! L'un est fermier, il est riche!., l’autre est professeur de clarinette... 1 est moins riche... parce que les artistes... laclarinetfe surtout... vous savez... ou plutôt... (Se troublant.) Allons, bon ! .. je ne sais plus où je voulais en venir!..

Céline. Remettez-vous, monsieur Joblot! Moi-même, je suis troublée aussi... je l'avoue!..

joblot. Vrai? (A part.) Oh! je la trouble... (Haut.) Eh bien! voyons... remettons-nous, remettons-nous!. (Comme se rappelant.) Ah! c’était pour vous dire,' mamselle, que si je suis ouvrier, c’est que, d’après le système de l 'Emile... encore un garçon menuisier... Vous connaissez l'Emile ?

Céline. Non.

joblot. Ah! l'Emile de Jean-Jacques Rousseau... citoyen de Gênes... et puis un autre... Jean, de M.Paul de Kock... Connaissez-vous Jean, mamselle?

Céline. Non!

joblot. C’est bien étonnant. (.1 part.) Elle n’a donc rien lu!.. (Haut.) Il faut lire Jean, mamselle ; c’est bien ! c’est moral! ça a eu Le prix de vertu à l’Académie royale de musique... Jean a sauvé la vie à une jeune dame...

Céline, avec impatience. Monsieur Joblot, je n’ai pas besoin que vous me rappeliez le service que vous m’avez rendu.

joblot. Ce n’est pas deçà que je parle.

Céline. Et moi, je veux vous en parler... j’aurais dû commencer par là... D’abord, vous pouvez être sûr que je n’aurai jamais d’autre tapissier que vous, et que pour votre établissement...

joblot, stupéfait. Moi... tapissier!.. C’est pour cela que vous m’avez fait venir?..

Céline. Non, pas pour cela seulement...

joblot, à part. J’ai eu peur!..

Céline. Car j’ai confiance en vous... en votre honneur! joblot. Et vous avez raison, mamselle... Pour vous, je me jetterais au feu comme je me suis jeté à l’eau... Oh! oui... avec plaisir... avec bonheur!

Céline. Eh bien! puisque vous m’avez devinée, je le dis à vous, à vous seul... J’aime quelqu’un! joblot Je m’en doutais...

Céline. Quelqu’un que vous connaissez...

joblot. Oui... oui... je le connais... Et il vous aime bien aussi, celui-là !

Céline. En êtes-vous sûr?

joblot. Je vous le jure !..

Céline. Ah! que vous me rendez heureuse. joblot, à part. Et s’entendre dire cela...

Céline, vivement. Pourquoi alors s’est-il éloigné de nous?.. Pourquoi ne revient-il plus chez ma grand’mère? voilà ce que je veux savoir.

joblot, étonné. Ah ! mon Dieu!

Céline. Il est déshérité, je le sais. . et on veut me marier à un autre! mais nous avons élé élevés ensemble .. mais sa naissance est égale à la mienne... joblot, à part. Je ne vois plus clair...

Céline. Et me fuir!., c’était me dire qu’il ne m’aimait plus... qu’il est infidèle... Mais puisque vous m&rassurez .. puisqu’il m’aime encore... Dites-lui, vous qui le connaissez intimement, dites à Ernest...

joblot, stupéfait. Ernest!..

Céline, vivement. Eh oui ! Ernest de Lavarennc... joblot, poussant un grand cri. Ah!..

Céline. Voulez-vous ne pas crier ainsi... Ma grand’inère vous entendrait... Dites à Ernest qu’il vienne ce soir, nous tfvons beaucoup de monde... Tant mieux... je pourrai lui parler... et c’est essentiel... car on veut me faire épouser le vicomte de Lavarennc, son parent. joblot, poussant un. cri. Ah!..

Céline. Taisez-vous donc! .Adieu... adieu!..

BABIOLE ET JOBLOT.

Marcel le tapissier.

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