‹ Å’uvres illustréesChapitre 120 sur 1154 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

Les précédents; MADAME BARNEK, entrant.

(Charlotte, assise au fond, tourne le dos et se tient à l’écart.)

madame barnek. C’est moi, Monseigneur, c’est moi ; on ne voulait pas m’ouvrir votre loge ; on avait même avec moi un petit air de mystère; par bonheur, j’ai rencontré une ouvreuse de loges de Munich, qui m’a reconnue, ma- | dame Frédéric, une brave et digne femme, qui a presque , fait sa fortune en petits bancs; je lui ai appris que c était la loge de mon neveu l’ambassadeur. — Est-il possible?

.— Et j’ai été obligée de lui conter comme quoi j’étais votre tante ; je lui ai dit que je la protégerais, que ma porte ne

lui serait jamais fermée, cequi faitqu’elle m’a ouvert celle de cette loge.

le duc, avec embarras. Fort bien, Madame... et qui vous amène?

madame barnek. Une. nouvelle, Monseigneur, une nouvelle fort extraordinaire : j’ai perdu ma nièce. le duc. Comment? que voulez-vous dire?

madame barnek, toujours sans voir Charlotte. Je veux dire que je ne sais plus ce qu’est devenue cette chère enfant; je l’ai cherchée dans tout l’hôtel ; pas plus d Henriette que si elle avait été enlevée.

le duc. Enlevée?

madame barnek. Alors je suis accourue à votre loge des premières... je me suis trouvée face à face avec madame la comtesse, votre sœur, qui m’a dit d’un air fier :

« Elle n’est pas avec moi, je vous prie de le croire ; voyez « aux baignoires, loge de l’avant-scène, n° 1 ; c est là « qu’elle doit être avec M. le duc ; » et elle a dit vrai... (Apercevant Charlotte qui a le dos tourné.) La voici, cette chère Henriette.

charlotte, se détournant. Pas précisément, madame Barnek.

madame barnek. Qu’est-ce que je vois là?., mademoiselle Charlotte, ici! en tête-à-tête avec monsieur le duc! charlotte. Eh bien ! où est le mal !

madame barnek. Je le dirai à ma nièce.

le duc, voulant l’apaiser. Madame Barnek, y pensezvous?

madame barnek. Oui, Monsieur... oui, Mademoiselle... moi, j’ai toujours été pour les principes.

charlotte. Vous voyez bien qu’elle radote... mais à son âge on n’a plus de mémoire.

madame barnek, furieuse. Mademoiselle, vous oubliez qui je suis!

charlotte. C’est vrai, vous êtes à présent dans les baronnes.

madame BARNEK. Et vous, dans les grandes coquettes, à ce que je vois.

le parterre. Silence dans la loge!

le duc. Mesdames, Mesdames, je vous prie, ne parlez pas si haut, la pièce est commencée depuis longtemps.

(. A ce moment, des bravos éclatent dans la salle.

charlotte, auec colère. C’est la débutante! (Le duc, madame Barnek et Charlotte s’ élancent pour regarder. Le duc baisse un store.)

le duc, avec fureur. Qu’ai-je vu?., c’est Henriette!.. (Il relève le store.)

charlotte et madame barnek. Henriette!

madame barnek, hors d'clle-mème. Une ambassadrice sur les planches !

FINAL

ENSEMBLE

LE DUC

Henriette! que faut-il faire?

Quelle honte! quelle douleur!

Ah ! la surprise et la colère Ici se disputent mon cœur !

madame barnek.

Henriette! que dois-je faire?

Quelle honte ! quelle douleur !

Ma nièce, dont j’étais si fière,

Compromettre ainsi son bonheur !

charlotte.

Henriette ! étrange mystère !

La femme d’un ambassadeur !

De son rôle elle était si Itère,

Et prend le mien, c’est une horreur!

Henriette, sur le théâtre, chantant le motif de l’air du trio du second acte.

C’est en vain que votre puissance Veut me retenir en ces lieux,

« Vers les rives de la France « Malgré moi se tournent mes yeux.

L’AMBASSADRICE

« Voguez, sultan joyeux,

«• Vers les bords de la Seine.

« Là s'offrent à vos yeux « Les délices des cieux;

« Et jour et nuit c’est là « Qu’amour vous sourira.

« Là, des jeux et des ris « La troupe vous enchaîne,

« Car le vrai paradis « Est à Paris. »

Buvons au sultan Mizapouf,

Au descendant du grand Koulouf ;

Il règne dans Maroc Par droit de naissance.

Au combat aussi ferme qu’un roc,

Et des amours bravant le choc.

Il est l’aigle et le coq Des rois de Maroc.

Versez les vins de France,

Versez champagne et médoc,

Buvons tous au sultan Mizapouf!

Tra, la, la, la, etc.

(On applaudit avec force au fond sur la fin de l’air.)

Les précédents, LA COMTESSE, entrant.

la comtesse. Eb bien! monsieur le duc, j’ai tout vu... votre nom, votre rang, applaudis sur la scène...

le duc. Ah! c’est indigne!., et quel talent!., elle n’a jamais mieux chanté... Ils sont tous ravis, n’est-ce pas?., ils la trouvent charmante! ils l’adorent... la comtesse. Et qu’importe!..

LE DUC. Qu’importe? je suis furieux,., et si elle étaitlà.. .

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