‹ Å’uvres illustréesChapitre 130 sur 1154 · LE PRINCE, TSING-SING · texte numérisé non relu

LE PRINCE, TSING-SING

le prince. Vous, Tsing-Sing, demeurez!

tsing-sing. C’est mon devoir, Monseigneur... le prince. Oui, j’ai appris par mon père la nouvelle dignité qui vous attachait à moi, et je m’en félicite... Quand vous étiez au nombre de mes maitres, je me souviens qu’aulrefois vous ne me gêniez guère.

tsing-sing. Je continuerai avec le même zèle. le prince. J’y compte... et nous partirons dès aujourd’hui... ^ *

tsing-sing. Pour la cour?..

le prince. M’en préserve le ciel ! Mon père m’y attend pour me marier... et moi, je ne le veux pas, parce qu’il ] y a quelqu’un au monde que j’aime, qui occupe toutes mes j pensées... et cette personne-là, il ne peut me la donner!..

tsing-sing. Et pourquoi donc?., rien n’est au-dessus de | son pouvoir... et si c’est une princesse... ou une reine... le prince C’est bien autre chose.

tsing-sing. Une impératrice...

le prince. Si ce n’était que cela...

tsing-sing. O ciel! je comprends, une personne d’une condition inférieure... une de vos sujettes...

le prince. Eh! non... tu vas me regarder comme un insensé .. un extravagant... tu ne reconnaîtras plus ton | ancien élève...

tsing-sing. Au contraire... parlez...

LE prince. Eh bien! cette beauté si séduisante... si ra- | vissante, qui a renversé toutes mes idées... tsing-sing. Quelle est-elle?

le prince. Je n’en sais rien.

tsing-sing. Dans quels lieux habite-t-elle? le prince. Je l’ignore!..

LE CHEVAL DE BRONZE

tsing-sing. Et où donc alors l’avez-vous vue? le prince. En songe!

Le sommeil fermait ma paupière,

La nuit environnait mes yeux;

Soudain un rayon de lumière M’éblouit et m’ouvre les cieux.

Je vois sur un nuage Et de pourpre et d’azur Une céleste image Au regard doux et pur!

Sur son épaule nue Tombaient ses blonds cheveux,

Et de sa douce vue Moi, j’enivrais mes yeux...

Quand d’un air gracieux Me tendant sa main blanche.

Cette fille des cieux Près de mon lit se penche,

Disant : Ami, c’est moi Qui recevrai ta foi ;

A toi seul mes amours Pour toujours...

Et soudain disparut cette jeune immortelle.

Les nuages légers se refermaient sur elle.

Et sa voix murmurait encor... toujours... toujours! (Regardant Tsing-Sing qui sourit.)

Ah! cela vous fait rire,

Et vous ne pouvez croire à ce rêve charmant!

Eh bien! voici qui semble encor plus étonnant! Quand la nuit sombre Ramène l’ombre Et le sommeil.

Rêve pareil Pour moi prolonge Ce doux mensonge,

Et près de moi Je la revoi !

Au rendez-vous fidèle,

Oui, vraiment, c’est bien elle Qui vient toutes les nuits,

Et dans l’impatience De sa douce présence,

Tous les jours je me dis :

O nuit, mon bien suprême!

O sommeil enchanteur !

Rendez-moi ce que j’aime !

Rendez-moi le bonheur!

Des heures que le sort, hélas! m’a destinées,

Que ne puis-je à l’instant retrancher les journées? Oui, je voudrais, c’est là mon seul désir,

Oui, je voudrais toujours dormir!

O nuit, mon bien suprême!

O sommeil enchanteur !

Rendez-moi ce que j’aime,

Rendez-moi le bonheur!

tsing-sing. C’est fort extraordinaire.. Vous ne l’avez vue qu’en songe?..

le prince. Oui, mon ami.

tsing-sing. Et depuis ce temps, elle vous est apparue toutes les nuits?..

le prince. Sans en- manquer une seule... Tu te doutes bien que dans mes voyages j’ai consulté là-dessus tous les astrologues et les savants de la Chine et du Thibet. Les uns ont prétendu que c’était une habitante des étoiles; d’autres, que c’était la fille du Grand-Mogol,.. une princesse charmante, qui depuis son enfance a disparu de la cour de son père, et qu’un enchanteur a transportée l’on ne sait dans quelle planète... mais tous m’assuraient que c’était celle que je devais épouser!..

tsing-sing. Je suis de leur avis.

le prince. Mais dans quel pays... dans quelle région la rencontrer?

tsing-sing. Je n’en sais rien.

le prince. Nimoinon plus... mais nous la trouverons... tu m’y aideras, et puisque tu ne dois plus me quitter, nous partirons ensemble dès ce soir.

tsing-sing, à part. Ah! mon Dieu! (Haut.) Cela ne vous serait pas égal demain?..

le prince. Pourquoi cela?

tsing-sing. C’est que je suis marié depuis ce matin. le prince. Est-il possible !

tsing-sing. A la fille de Tchin-Kao, un riche fermier. le prince. Que ne le disais-tu?.. Reste, alors, c’est trop juste! (En souriant ) Est-elle jolie?

tsing-sing. Une petite Chinoise charmante! le prince. Pourquoi alors ne me l’as-tupas présentée?.. Ah! mon Dieu!., quelle idée : tu dis qu’elle est charmante... si c’était celle que j’aime et que je cherche... tsing-sing. Laissez donc !

le prince. Pourquoi pas? partout je crois la voir, et si seulement elle lui ressemblnit...

tsing-sing, à part. Il ne manquerait plus que cela. . et s’il lui prend fantaisie de me l’enlever... le prince. Qui vient là?

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