‹ Å’uvres illustréesChapitre 168 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

VICTOR, seul,

AIR

Héros fameux de la grande livrée ,

LES DEUX NUITS

Scapin, Frontin, Hector, Sganarelle, Crispin, J’invoque de vos nouas la gloire révérée,

Venez , inspirez-moi de votre esprit malin.

Ils viennent tous : je les vois, je les compte:

C’est Sganarelle et son divin tabac ;

Puis c'est Scapin, affublé de ce sac Où va s’envelopper Géronte.

Plus loin, Hector grondant tout bas.

Un gros Sénèque sous le bras!

A cette mine joyeuse ,

A ce noir manteau de velours.

C’est Crispin rêvant toujours Quelque folie amoureuse.

Mais écoutez., on rit de toute part;

On chante aussi... c’est Thalie en goguette;

C’est Figaro tenant une lancette ,

Et fredonnant un refrain de Mozart.

Ab ! ah! ah!

La séance est ouverte... ils sont tous rassemblés. (Otant son chapeau.)

Je vous écoute, ô mes maîtres, parlez.

( S'asseyant et imitant diverses personnes qui parlent à la fois.)

Avant tout, il faut plaire Aux geus de la maison.

— D’un rival ou d’un frère Il faut prendre le nom.

— Quiproquos et méprise,

Et puis déguisement...

— Et finir l’entreprise Par un enlèvement.

(Se bouchant les oreilles.)

Eh! Messieurs, un moment.

(Recommençant à parler.)

— Je prendrais d’un notaire La robe et le rabat.

— Il faut faire au beau-père Signer un faux contrat.

— Faire jouer le maître.

— Enivrer le valet.

— Sauter par la fenêtre.

— Mettre en fuite le guet.

(Leur faisant signe de se taire.)

Eh! Messieurs, s’il vous plaît...

(Reprenant. )

Pour tromper un tuteur faut-il une autre ruse? (S'interrompant.)

— Eh non, l’on ne veut plus de tuteur qu’on abuse.

— Vraiment? — Eh oui : nous en avons assez. i

Les maris les ont remplacés.

— Prenez donc mon moyen.

— Eh non! c’est trop ancien.

— Prenez plutôt le mien.

( — Le mien. — l,e mien. — Le mien.

L’assemblée, où l’on n’entend rien,

Ne s’y reconnaît plus... Eh bien!

CAVATINE

Toi , qu’implore la grisette ,

Le prince et l’humble bourgeois,

Toi qui devant une coquStte Fais courber le front des rois;

Toi, qu’implorent les soubrettes Dans les moments d’embarras ,

Toi, qu’invoquent les poètes Dans tous les vers d’opéras...

Notre ressource éternelle,

O dieu malin! dieu fripon!

S’il faut enfin qu’on t’appelle.

Qu’on t’appelle par ton nom.

Amour ! je reviens encore,

Je reviens à toi.

Ici je t’implore.

Viens, conseille-moi.

En vain l’on critique Ton carquois gothique.

Et la forme antique De ton vieux flambeau.

Va, laisse-les faire,

Toujours sûr de plaire.

Toi seul, sur la terre,

Es toujours nouveau. |

Tu m’inspires, tu me conseilles,

El ces maîtres que j’invoquais.

Vont, en admirant tes merveilles.

Applaudir mes premiers essais.

J’entends déjà Scapin, Crispin et Figaro Me crier : Bravo, bravo !

Il est digne de nous : bravo, bravo, Victor!

— Eh! Messieurs, pas encor.

Dieu d’amour, toi qui me conseilles.

Permets du moins que mes efforts heureux Me donnent quelque jour une place auprès d’eux.

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