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SCENE XIV

LORD FINGAR, STROUNN; peu après CARILL.

strounn. Notre gaillard est en lieu sûr; une bonne porte doublée en fer, et deux verrous tirés sur lui.

lord fingar. C’est bien.

strounn. Nous saurons qui il est.

LORD fingar. Plus tard. L’essentiel était de les éloigner de Malvina, de les tenir séparés; car, tout à l’heure, si j’avais éclaté, si je leur avais arraché ce déguisement, ' ils se reconnaissaient, ils s’expliquaient, et peut-être se raccommodaient.

carill, entrant. Vos ordres sont exécutés; la prison est bien fermée, et voici la clé.

LORD fingar. A merveille. Maintenant, monle à cheval et ventre à terre jusqu'à Dublin.

LES DEUX NUITS

STROUNN. Lui?

lord fingar. Non, toi ; c'est plus sir. strounn. Que voulez-vous donc faire?

lord fingar. J’ai ma réputation à soutenir, et aux yeux de mes amis, témoins du combat, il ne s agit pas seulement de vaincre, il Taut vaincre gaiement. Cours chercher messire Jobson , le constable. Dis— lui que deux voleurs, dont on s’est emparé , ont tenté de s’introduire dans le château ; qu’il vienne les saisir, et les conduire, sous bonne escorte, cette nuit même, à Dubliu, tandis que nous boirons ici au succès de leur ruse.

strounn. Je comprends. Vous aurez ainsi, dans deux heures, la belle milady, l’héritage, et les rieurs de votre côté. (A part.) Et moi, mon or.

lord fingar. A merveille. Mais pars vite. (Il écoute .)

Je les entends. (Strounn sort.)

LE CHOEUR, en dehors.

Ah ! quel plaisir pour nous s’apprête 1 La belle nuit! la belle fête!

Ne songeous qu’à nous divertir;

La nuit est l’heure du plaisir.

lord fingar.

Je connaîtrai le téméraire Que je retiens sous les verrous ;

S’il en manque un au rendez-vous,

C’est mon rival, la chose est claire ,

Comme à ses dépens On rira,

Quand de prison il sortira!

plusieurs convives, entrant.

Ah! quel plaisir pour nous s’apprête! etc., etc. lord fingar, cherchant.

Serait-co Walter ou Falgar?

Eh ! non, non, je les vois paraître !

Serait-ce ce fou de Duncar?

Non, le voici... Qui peut-il être?

Ils s’offrent tous à mon regard.

LE CHŒUR

La belle nuit ! la belle fête !

Ah ! quel plaisir pour nous s’apprête!

lord fingar, regardant.

Je n’aperçois point sir Edouard...

A l’aspect des traits de ma belle,

Moi, je l’ai vu tressaillir.

Malgré lui, se troubler, rougir.

Oui, oui, c’est lui, tout le décèle.

Comme à ses dépens on rira.

Quand de prison il sortira!

SIR ÉDOUAnD, plusieurs lords, et VALETS en differentes livrées.

(Ils entrent gaiement et reprennent en chœur.)

La belle nuit, la belle fête! etc., etc.

LORD FINGAR.

D’honneur! c’est à perdre la tête.

Les voilà tous, les voilà tous,

Aucun ne manque au rendez-vous.

(Moment de silence général.)

ENSEMBLE

LE CHŒUR

La belle nuit, la belle fête !

Ah ! quel plaisir pour nous s’apprête !

*■ Gaiment célébrons tour à tour

L'amitié, l’hymen et l’amour.

LORD FINGAR.

D’honneur! c’est à per. Ire la tête,

Us sont tous présents à la fête.

Quel est donc ce héros d’amour Que je retiens là dans la tour?

Cahill, à Edouard.

Il vous croit toujours dans la tour.

Qui ne rirait d’un pareil tour?

LORD FINGAR, « part.

Quel que soit cet amant fidèle,

Le constable va le saisir.

(A ses amis, à demi-voix, et les formant en cercle.) Apprenez tous une nouvelle Qui doit tantôt vous divertir.

TOUS

Ah! parlez, parlez, quelle est- elle?

LORD FINGAR.

Afin de me ravir ma belle,

Sachez donc qu’un audacieux S’était introduit dans ces lieux...

Mais ce n’est pas mol qu’on abuse î Nous avons découvert la ruse.

Édouard, à part.

O ciel!

TOUS

Ah! le tour est joyeux.

Édouard, à lord Fingar, en riant.

Et comment?

LORD FINGAR.

Ma belle maîtresse,

Qui tout bas se rit de ses feux,

(Montrant les tablettes qu’il tire de sa poche.)

M’a prévenu de sa tendresse Et de ses complots amoureux.

Édouard, à part.

Qu’entends-je! ô perfidie extrême!

(En riant, à Fingar.)

Eh quoi! vraiment! c’est elle-même!

lord FINGAR, riant.

J’ai, pour punir les conjurés,

D’autres moyens que vous saurez.

L’intrépide rival s’est enferré lui-même.

DI.INCAN.

Mais quels accents ont rotenti?

LORD FINGAR.

Ce sont les filles du village Qui viennent chercher Milady,

Pour un pieux pèlerinage...

Nous les suivrons à Saint-Dunstan.

LE CHŒUR

Des jeunes filles, c’est charmant!

DUNCAN

Escorter ainsi l’innocence,

Est-il Un plus aimable emploi !

lord fingar, à demi-voix.

Soyez sages, de la prudence ;

Messieurs, Messieurs, imitez-moi.

Je les entends.

(Les portes du fond s'ouvrent; paraissent toutes les jeunes filles de la contrée, avec des vêtements, des voiles blancs et des couronnes de roses.)

LE CHŒUR

Dans ce riche domaiue,

O noble châtelaine,

Vous que l’hymen enchaîne Par des nœuds solennels,

La cloche solitaire Résonne au monastère...

L’heure de la prière ' Nous appelle aux autels.

(La porte à droite s’ouvre, et Malvina perrait couverte de son voile.)

LORD FINGAR.

Voici Malvina qui s’avance.

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