‹ Å’uvres illustréesChapitre 3 sur 1154 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

LE ROI, MATHANASIUS

le roi. Monsieur lebaron, j’ai entendu dire que vous étiez non-seulement un savant docteur, mais un homme fort plein de tact et de finesse.

mathanasius. Je l’ignore, sire! mais j’ai la prétention de ne m’étre jamais trompé.

le roi. C’est ce que l’on dit. On assure môme que votre maître, l’électeur de Bavière, actuellement le puissant empereur Charles VII, Vous emploie souvent dans des affaires importantes, ( Mathanasius s’incline sans répondre .) dans des négociations délicates et secrétes, où, sans caractère officiel, vous lui rendez plus de services que bien des ambassadeurs reconnus et accrédités. [Mathanasius s’incline de nouveau.) J’ai cru même, je l’avouerai, qu’une mission de ce genre vous attirait à nn cour... et que la maladetta, cette fièvre terrible et contagieuse, que vousèics venu observer en Sicile, n’était qu'un prétexte. mathanasius. C’était l'exacte vérité.

le roi. Eh bien ! alors. (Hésitant.) Mais je crains de vous fâcher.

mathanasius. Un diplomate ne se fâche jamais. leroi. Comment vous, si fin, si adroit, n’avez-vous pas deviné ce que j’ai découvert, moi, qui, par mou état dé prince, ne dois jamais rien voir? Comment n'avez-vous pas compris que 'ce jeune imprudent... ce Rodolphe, au mépris du respect que vous deviez trouver dans ma cour, ose en secret porter ses vues sur une personne dont l’honneur est le vôtre?

matijanasius, froidement. Eh qui donc?

le roi, avec impatience. Votre femme, puisqu’il faut vous av.rtir du danger... votre femme, la baronne Mathilde, à qui il a fait, dès son arrivée, la cour la plus assidue...

mathanasius. D’accord... mais il a bien vu que cela ne me convenait pas, et il s’est bien gardé de continuer ses poursuites.

le roi, avec chaleur. Parce qu’ils s'entendent, parce qu’ils sont d’intelligence... et vous n’ètes ni ému, ni troublé?..

mathanasius. Un diplomate ne s’émeut jamais! et si je ne craignais à mon tour de ficher Votre Majesté... le roi. De ce côté, vous n’avez rien à craindre. mathanasius. Je lui dirais que je ne conçois pas qu’un prince si habile, si éclairé, n’ait pas déjà deviné ce que j’ai cru découvrir, moi, étranger à sa cour. ( S’arrêtant .) Mais, pardon, si j’ose...

le roi, souriant. Achevez, Monsieur, achevez! je ne crains rien .. pas môme la vérité.

mathanasius. C’est comme moi! je la cherche toujours ! mon état est de la trouver.

le roi. Et le mien de l’entendre... j’ai peu de niérite dans cette occasion... car je ne suis pas comme vous; je n’ai pas de femme!..

mathanasius, lentement. Mais vous avez une sœur? le roi, vivement. Monsieur...

mathanasius. Je puis me tromper, quoique ce ne soit pas mon habitude... mais ce Rodolphe, qui combattit à vos côtés, ce compagnon d’armes et de plaisirs, admis matin et soir dans l’intérieur du pala's et de votre famille, n’aura pent-être pu voir sans danger ia princesse de Tarcntc, dont on vante dans toute l’Europe la beauté, l’esprit, les talents?

le roi. Qui vôus le fait présumer?

mathanasius. Ce jeune seigneur, si aimable et si brillant, n’adresse ses hommages à personne, et n’a point de passion reconnue... Votre Majesté comprend... ce qui fait supposer quelque sentiment profond et secret, qu’il a grand intérêt à cacher!

le roi, avec hauteur. Et vous pourriez croire que c’est ma sœur?

mathanasius, saluant. Votre Majesté pensait bien que c’était ma femme!

le roi. La sœur de son souverain, le sang de Philippe V ! non... non... ce n’est pas possible!., une pareille ingratitude, un pareil crime, n’aurait pas de châtiment assez grand... etvousvoustrompez, docteur... vous voustrompez! mathanasius. Ce serait donc la première fois. le roi. C’est votre femme, vous dis-je! votre femme qu’il aime et dont il est aimé... Silence!., la princesse vient de ce côté, seule et rêveuse... pas un mot devant elle, et observons...

mathanasius. Je ne demande pas mieux... comme mari et comme diplomate. (Tous les deux s’éloignent, en se promenant, par le bosquet à droite .)

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