SCENE PREMIERE
MADAME CHARLOTTE, MINA, toutes les jeunes filles du magasin, occupées à danser ; FRITZ et HEN- RIETTE, en habits de mariés, le bouquet au côté; M. DE SALDORF, parcourant tous les groupes, et parlant à tout le monde.
LE CHŒUR
Sous ce riant feuillage,
Sous ces ombrages frais.
Un jour de mariage,
Que la danse a d’attraits!
SALDORF.
De ces jeunes fdlettes Que j’aime l’enjouement!
D’honneur, rien n’est charmant Comme un bal de grisettes !
Dansez donc, mes amours.
Dansez, dansez toujours.
LE CHŒUR
S*his ce riant feuillage,
Sous ces ombrages frais.
Un jour de mariage,
Quo la danse a d’attraits !
(A la fin de ce chœur, et pendant que Fritz commence une figure, Henriette fait signe à madame Charlotte de prendre sa place, et entre dans le pavillon à gauche, vers lequel ses yeux se sont souvent tournés avec inquiétude.)
SALDORF.
Dans mon hôtel, un bal champêtre !
C’est charmant Pour un chambellan !
Je m’amuse, c’est singulier.
Comme un simple particulier.
LE CHŒUR
Sous ce riant feuillage, etc .
madame charlotte, dansant en face de Fritz qui s’arrête.
Mais allez donc, vous n’allez pas.
fritz.
Je n’en peux plus, hélas !
t.Ai. NV. — Imprimerie de Viaut et Oie. — ||
LA fiancée:
MADAME CHARLOTTE
Quoi! le marié se repose!
TOUTES LES petites filles, se moquant de lui.
Le marié qui déjà se repose !
FRITZ
Oui, oui. Mesdames, et pour cause;
On n’a pas de cœur à danser Lorsque, liélas! on vient de passer Sous les armes la nuit tout entière!
(A madame Charlotte, se tâtant les bras et les jambes.) v Je suis rompu, brisé, ma chère.
Dans toutes les dimensions.
MADAME CHARLOTTE
F.h bien ! chantez, nous valserons.
FRITZ
Ali ! dès qu’il faut rester sur place.
Je le veux bien.
SALDORF.
Cela délasse.
FRITZ
Je vais vous dire un air de notre sol,
Une valse du Tyrol.
PREMIER COMPLET
Montagnard ou berger,
Voire sort peut changer;
Comme moi dans la garde 11 faut vous engager.
Quel état fortuné Vous sera destiné!
Vous aurez la cocarde Et l’habit galonné.
Non, non, vraiment! m'engager?
Je crains trop le danger.
Mieux vaut encor vivre et rester berger.
Dans mon hameau restons sans cesse;
Son aspect fait battre mon cœur .
C’est là qu’est ma maîtresse,
C’est là qu’est le bonheur.
LE CHŒUR
Loin du danger, loin du combat,
Plus de bonheur et moins d’éclat.
Sachons à la richesse Préférer notre état.
Dans mon hameau restons sans cesse;
C’est bien plus sûr et moins trompeur :
C’est là qu’est ma maîtresse,
C’est là qu’est le bonheur.
DEUXIÈME COUPLET
FRITZ
Dans les champs de l’honneur Brillera ta valeur.
Là, pour que l’on parvienne.
Il ne faut que du cœur.
On obtient le chevron,
Et de simple dragon On devient capitaine,
Au doux son du canon.
Non, j’aime peu le fracas;
Le canon peut, hélas !
Me prendre en traître; adieu, jambes et bras. Dans mon hameau restons sans cesse, etc.
TROISIÈME COUPLET
Un soldat, franc luron.
Sans chagrin, sans façon,
Est toujours sûr de plaire Dans chaque garnison.
De séjour en séjour,
Et d’amour en amour.
Toujours un militaire Est payé de retour.
Oui, dès qu’il part dans les camps,
Gare les accidents!
On prend sa place, et malheur aux absents. Dans mon hameau restons sans cesse;
C’est bien plus sûr et moins trompeur : C’est là qu’est ma maîtresse.
C’est là qu’est le bonheur.
LE CHŒUR
Dans mon hameau restons sans cesse, etc.