‹ Å’uvres illustréesChapitre 327 sur 1154 · HENRIETTE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

HENRIETTE, FRÉDÉRIC

Frédéric, à part. Oui, je lui ai juré de partir ; mais après la scène d’hier, le puis-je sans savoir au moins de ses nouvelles?

Henriette. Monsieur Frédéric !

Frédéric. Henriette! c’est le ciel qui me ia fait rencontrer.

' Henriette. Vous dans ces lieux!

FRÉDÉRIC. Voilà plusieurs fois que M. de Saldorf m’a fait l’honneur de m’inviter, et je venais lui rendre ma visite, ainsi qu’à Madame; est-elle visible?

HENRIETTE. Non, Monsieur, elle est souffrante.

FRÉDÉRIC, à part. O ciel ! (Haut.) Je ne demande pas à la voir; mais dis-lui que je suis venu m’informer de ses nouvelles, je t’en prie, je t’en supplie.

Henriette. Rassurez-vous, il n’y a pas de danger.

Frédéric, avec joie. Vraiment! (A part.) Je respire. (Haut.) C’est égal, vas-y toujours.

Henriette. Tout à l’heure, Monsieur, car, dans ce moment, madame de Saldorf est occupée ; elle assiste, ainsi que son mari, à la rédaction d’un contrat.

Frédéric. D’un contrat ! et lequel?

Henriette. Le mien. Monsieur.

Frédéric, la regardant. En effet, je n’avais pas encore remarqué ce costume; comment! Henriette, tu te maries?

Henriette. Oui, vraiment. Hier soir vous étiez si pressé, vous aviez tant de chagrins, que je n'ai pas osé vous par- j 1er de mon bonheur; mais aujourd’hui, vous voilà, et en l’absence de mon père, qui, faible et souffrant, n’a pu quitter le pays, j’espère bien que vous daignerez assister à mon mariage, que vous me ferez cet honneur?

Frédéric. Oui, ma chère enfant, oui, ma bonne Henriette, et de grand cœur. Que je suis coupable de t’avoir négligée à ce point! Pardonne-moi ; depuis mon retour j’ai eu tant de tourments ! Qui épouses-tu? quel est ton mari?

Henriette. Monsieur Fritz, un tapissier.

Frédéric. Un pareil mariage...

Henriette. Eh! que puis-je désirer de mieux? I

FRÉDÉRIC. Toi, si jolie, si distingué*, et avec l’éducation | les talents que t’a donnés madame de Saldorf!

Henriette. Ma bienfaitrice m’a traitée comme son en- i faut, et c est peut-être un tort; car toutes ses bontés n’empêchaient point que je ne fusse la fille d’un simple soldat, ! et ce que je puis faire de mieux est d’épouser mon égal • j mon mari est un excellent homme, qui m’aime beaucoup’ que j’aime aussi, qui me rendra heureuse : vous voyez donc i bien que c’est un bon mariage! et bientôt, monsieur le i comte, j'espère que vous ferez comme nous.

FRÉDÉRIC. Moi!

Henriette. Oui, sans doute, il faut vous marier.

Frédéric. Jamais! cela- n’est pas possible.

Henriette. Pourquoi donc? J’ignore vos chagrins et ne puis les partager; mais, croyez-moi, il n’est point d’éternelles douleurs; et avec votre nom, vos richesses, qui ne serait heureuse et fière de vous appartenir?

Frédéric. Bonne Henriette, c’est toi qui me consolos; toi, du moins, tu seras toujours mon amie.

Henriette. Dame! je suis la plus ancienne, la première en date! Allons, mon jeune maître, du courage; qui plus que vous mérite d’être heureux?.. (En souriant.) Cela viendra. Vous ferez un beau mariage, vous prendrez ici un bel hôtel, et vous donnerez votre pratique à mon mari.

Frédéric. Chère Henriette!., j’espère bien mieux faim que cela pour vous. C’est à moi de te doter.

Henriette. Ma bienfaitrice s’est chargée de ce soin.

Frédéric. Je serai de moitié avec elle. Je vais en parler tout à l’heure à M. de Saldorf; mais en attendant...

ROMANCE

PREMIER COUPLET

Aux jours heureux que mon cœur se rappelle,

J’ai vu par toi mon printemps embelli.

O toi, qui fus ma sœur, ma compagne fidèle,

(Otant une chaîne d’or qui est à son cou.)

De ma mère reçois ce souvenir chéri!

Je jure ici devant Dieu, devant elle,

D’être toujours ton frère et ton ami.

(Sur la ritournelle de l’air il passe la chaîne au cou d’Henriette.)

Que tous tes jours s’écoulent sans nuage,

Que de ton cœur le chagrin soit banni !

Et si jamais sur toi vient à gronder l’orage,

Près de moi viens chercher un asile, un abri.

(L’embrassant sur le front.)

De mes serments reçois ici le gage.

C’est le baiser d’un frère et d’un ami.

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