‹ Å’uvres illustréesChapitre 336 sur 1154 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME CHARLOTTE, FRITZ, assis près du comptoir à droite.

madame charlotte, entrant par la porte à gauche. Quel événement! j’ensuis encore indignée ! compromettre la réputation, l’honneur de ma maison! car cela se répandra, j’en suis sûre; la vertu des lingères et des modistes a déjà eu tant de peine à s’établir, qu’une pareille aventure n’est pas faite pour augmenter la confiance. fritz, toujours assis. Je n’en puis revenir encore. madame charlotte. Eh bien! mon pauvre monsieur Fritz...

fritz. Eh bien! madame Charlotte, qu’en dites^ous? madame charlotte. Je dis que cela ne m’étonne pas.

que je l’avais toujours prévu; mais j’étais dans une si singulière position! Une jeune veuve, votre voisine, maîtresse comme vous de ma liberté, et d’une fortune indépendante, vous auriez pu me supposer des idées ! A moi, des idées, grand Dieu ! voilà pourquoi je ne vous disais rien de mes soupçons.

fritz. Vous m’en parliez toute la journée. madame charlotte. C’était donc malgré moi, et vous voyez si j’avais tort. Une demoiselle de comptoir, élevée comme une princesse; la lecture, le dessin, la musique; toujours dans l’hôtel de ce chambellan où madame de Saldorf l’avait prise pour demoiselle d’honneur, et je vous demande comme ce titre lui allait bien !

fritz. Deux amants à la fois !

madame charlotte. Elevée dans le grand monde , elle en a pris les manières. Il faut dire aussi, pour l’excuser, car moi je ne demanderais pas mieux, qu’il était bien difficile de résister au comte de Lowenstein : un jeune seigneur si brave, si riche, si généreux ! car hier, dans un instant qu’il est resté ici, il a acheté pour deux ou trois mille florins de tissus et de cachemires qu’on ne lui a même pas encore envoyés. Et vous pensez bien que ce sont là des moyens de séduction, mémo auprès de grandes dames qui y sont faites; à plus forte raison avec des vertus qui n’en ont pas l’habitude.

fritz. Eh morbleu! qu’importe? il n’eu est pas moins vrai qu’avec tout cela je suis abandonné, que je suis!.. Enfin, madame Charlotte, je suis trahi, c’est un fait. madame charlotte. Je ne dis pas non.

fritz. Et ce qu’il y a d’incomprébonsible, c’est que cette perfide, je l’aimais autrefois. Eh bien ! depuis sa trahison, je crois que je l’aime encore plus !

madame Charlotte. Eli mon Dieu ! ces pauvres hommes sont toujours comme cela.

fritz. C’est comme une fièvre, avec des redoublements de rage; et vous, qui vous y connaissez mieux que moi, qu’est-ce qu’il y a à faire dans ces états-là? madame charlotte. Il y a bien des partis à prendre. fritz. Mais enfin, si vous étiez à ma place, que feriez-

madame charlotte. Ce que je ferais?

DUO

Bannissant la tristesse ,

Bannissant les regrets,

J’oublirais ma tendresse,

Et gaiment j’en rirais.

FRITZ

Vous croyez qu’il faut rire?

MADAME CHARLOTTE Il faut rire avec nous,

Et puis surtout vous dire...

FRITZ

Voyons, que diriez-vous?

MADAME CHARLOTTE

Je me dirais : Lorsque l’on est aimable.

Jeune, riche et galant,

Un accident semblable N’a rien de désolant.

FRITZ

Lorsque l’on est aimable, etc.

MADAME CHARLOTTE

Fuyant une traîtresse Indigne de mon cœur.

Près d’une autre maîtresse,

Pour trouver le bonheur,

J’offrirais ma tendresse,

Ma fortune et ma maiu.

FRITZ

Ma fortune et ma main?

MADAME CHARLOTTE

Rien qu’à cette nouvelle.

Je vois votre infidèle Expirer de chagrin !

FRITZ

Expirer de chagrin!

LA fiancée:

ENSEMBLE

FRITZ

Douce espérance!

Ali ! quand j’y pense.

Que la vengeance Offre de plaisir!

Oui, cœur volage,

Ce mariage Où l’on m’engage Va te punir.

MADAME CUARLOTTE.

Douce espérance !

Ah! quand j’y pense.

Que la vengeance Offre de plaisir !

Oui, du courage!

Cette volage Qui vous outrage,

Il faut la punir.

FRITZ

Mais où trouver cette autre belle.

Si sage et surtout si Adèle?

MADAME CHARLOTTE

Oh! c’est facile, en cherchant bien.

FRITZ

Pour moi, je cherche et ne vois rien.

madame charlotte, baissant les yeux.

Il esl mainte femme sensible Qui peut-être, depuis longtemps, Esclave d’un devoir pénible,

Cache ses secrets sentiments.

FRITZ

Grand Dieu! qu’ai-je entendu?

MADAME CHARLOTTE

Oui, son ;\me pudique et Aère Aime mieux souffrir et se taire.

FRITZ

O comble de vertu!

Mais daus le doute, hélas! encor je flotte. Et je ne puis croire à tant de bonheur.

Vous m’aimeriez, vous, madime Charlotte?

MADAME CHARLOTTE

Ah ! j’ai trahi le secret de mon cœur !

FRITZ

Eh bien! tant mieux, l’occasion est belle, C’est le moyen d’oublier l'infidèle.

Pour la punir, je prétends, devant elle, Vous épouser, quand j’en devrais mourir, Oui, oui, oui, quand j’en devrais mourir!

ENSEMBLE

FRITZ

Douce espérance !

Ah ! quand j’y pense.

Que la vengeance Offre de plaisir!

Etc., etc.

MADAME CHARLOTTE

Douce espérance!

Ah! quand j’y pense,

Que la vengeance Offre de plaisir !

Etc., etc.

Page 1