LA PRINCESSE, MADEMOISELLE DE WEDEL
mademoiselle de wedel, le regardant sortir, et allant fermer la porte. Il s’éloigne.
la princesse, se jetant dans son fauteuil. Ah! Mathilde, j’ai cru que j’en mourrais.
mademoiselle de wedel. Ce n’est rien, Madame : ce n’est rien. Rassurez-vous, l’orage est passé, et le beau j temps va venir. Sans doute M. de Linsberg est ici.
LA princesse. Non vraiment.
mademoiselle de wedel. Comment, non? Mais il de- ! vrait être arrivé depuis longtemps !
la princesse. Je n’y conçois rien. 11 faut que quelque j heureux événement ait retenu ses pas, car sans cela il aurait rencontré mon père. Mais commeut as-tu trouvé le ] moyen de lui faire parvenir cette clé!
mademoiselle de wedel. Allez, j’étais bien embarrasj sée! Moi, d’abord, et contre mon habitude, je n’avais pas réfléchi. Je vous avais promis, en vous quittant, de le voir, de lui parler, de lui remettre celte maudite clé; parce que dans ce moment-là je ne pensais à rien qu’à vous rendi e service et à lui aussi. Mais comment faire? il était près de ! minuit, j’étais en costume de bal; le moyen de parvenir jusqu’à M. le comte de Linsberg, qui était sans doute retiré dans son appartement! En conscience, je ne pouvais pas le faire prévenir par son valet de chambre que la première dame d’honneur de son altesse désirait lui parler... Aussi je me désespérais, lorsque j’aperçois sous le vesti- | bule, et près de la porte, Wilhem, ce garçon jardinier, qui aujourd’hui, à ce que vous m’aviez dit, vous avait déjà ' remis un message. Ecoute, lui dis-je, en lui glissant ma bourse daus la main, il faut ici du zèle et de la discrétion ; remets cette clé à la personne qui tantôt t’a chargé de présenter un bouquet à la princesse. Je comprends, a-til dit, et il est parti.
la princesse. En effet, c’était le meilleur moyen. Ernest j maintenant doit l’avoir reçue.
j mademoiselle de wedel. Aussi je penseque M.lecomte I ne doit pas tarder à venir.
la princesse. Pourquoi ne dis-tu plus Linsberg, et ne l’appelles-tu que M. le comte ?
mademoiselle de wedel, troublée. Je ne sais. (En souriant.) C’est peut-être depuis que votre altesse ne l’appelle plus qu’Ernest. Mais je vous vois troublée, inquiète.
LA princesse. Oui. Il ne vient pas, et je crains que lui... que mon père... Ah ! Mathilde, je suis bien malheureuse ! mademoiselle de wedel, avec sentiment. Malheureuse ! i pourquoi donc? puisqu’il vous aime? (Avec gaieté.) Al- ! Ions, allons, ne pensons plus à cela, et ne soyons pas généreuse à demi. Je sais le moyen de calmer vos inquiétudes. (Elle va pour sortir.) la princesse. Où vas-tu donc?
! mademoiselle de wedel. Faire un ingrat, car je cours protéger son arrivée et l’amener à vos pieds. (Elle sort i par la porte à droite.)