‹ Å’uvres illustréesChapitre 431 sur 1154 · ROGER, BAPTISTE · texte numérisé non relu

ROGER, BAPTISTE

baptiste, encore pâle et défait. Oui, beau-frère; et c’est pour toi que je sors; car je ne me sens pas bien. roger. Qu’as-tu donc ?

baptiste. J’ai, depuis hier, un frisson et des tremblements.

roger. C’est la peur qui t’a donné la fièvre. baptiste. C’est peut-être ça; mais, depuis hier, cette fièvre-là ne m’a pas quitté.

roger. Tu viens de chez le lieutenant de police? que t’a-t-il dit?

baptiste. Rien, je ne l’ai pas vu.

roger. Il se pourrait! N’étions-nous pas convenus que tu courrais chez lui?

BAPTISTE. Oui, sans doute. Aussi j’ai été jusque dans la rue; mais là il m’est arrivé...

roger. Quelques événements? quelques nouvelles? baptiste. Non, des réflexions; des réflexions que j’ai faites. . Vois-tu, Roger; ces superbes voitures qui nous ont conduits, ces deux bourses pleines d’or qu’on nous a données, ces uombreux domestiques qui nous entouraient et qui étaient si insolents, tout cela prouve... roger. Eh bien?

BAPTISTE. Tout cela prouve qu’ils appartiennent à quelque grand seigneur; nous autres gens du peuple nous n’avons pas besoin de nous mêler de tout cela. roger. Y penses-tu?

baptiste. Oui, sans doute. Il vaut mieux rester chez soi et ne pas se compromettre pour les autres. Raisonne un peu, et tu verras qu’un homme riche a toujours raison. roger. Et pourquoi? morbleu!..

baptiste. Pourquoi! pourquoi! D’abord il a raison d’être riche... et toi, c’est un tort que tu as de n’ètre qu'un imbécile! qui veux te mêler de ce qui ne te regarde pas.

roger. Tu veux donc que j’abandonne ce malheureux jeune homme?

baptiste. Sois donc tranquille; je ne suis pas inquiet sur son compte. Autant que j’ai pu voir, c’est quelqu'un de dist ngué. Nous autres, quand nous sommes dans le danger, nous y restons; mais les gens comme il faut s’en tirent toujours.

roger. Et comment veux-tu qu'il se tire de là? BAPTISTE. Bah! avec des protections... Et puis, apprends que ce matin, avant que j’ôtasse mon bandeau, l’un d’eux

LE MAÇON

m’a dit à l’oreille : « Garde le silence, ou nous te retrouverons. » ,

nOGEB. Et à moi aussi ou m’en a dit autant, et ça m est cirai.

daptiste- Mais écoute donc. Tout à 1 heure, au moment où j’allais entrer chez M. le lieutenant de police, j ai cru, dans la rue, en reconnaître un qui me suivait.

noGEn. Et tu ne lui as pas sauté au collet! tu ne I as pas arrêté !

daptiste. Au contraire, c’est ce qui m’a fait sauver, noctn. Dieu! si j’avais été là! Vois-tu, Baptiste, je ne peux pas vivre comme ça. Arrivera ce qu’il pourra, à moi ou aux miens, mais je le sauverai. *

Baptiste. Est-il possible d’être égoiste à ce point-là. roger. Je ne te compromettrai pas, je te Je jure : mais cherche dans ta mémoire, cherche bien. N’aurais-tu |>as vu ou entendu quelque chose qui pourrait nous mettre sur la voie? , .

BAPTISTE. Dans le trajet, j’avais comme toi les yeux bandés, et dans celte grotte, lorsque ce diable d'homme nous parlait, j’avais tellement peur que je ne l’entendais pas; mais cependant si j’étais bien sùr de ta discrétion, je pourrais te communiquer une découverte.

roger, lui sautant au cou. Ah ! mon ami! mon sauveur . parle vite. ..... , .

Baptiste. En dehors de cette grotte, où c était deux fais plus obscur depuis que nous avions muré toutes les portes, j’ai manqué de me laisser choir; et en me relevant à tâtons, j’ai senti sous ma main une espèce de poignard qui appartenait sans doute aux gens de la maison. rogek. Aux gens de la maison!

BAPTISTE. Je l’ai glissé sous ma veste, (A voix basse.) et je l’ai là.

roger. Donne vite. ( Regardant .) C’est la poignée d une épée. Aquoi peut servir un pareil indice? Que vois-je! un écusson! des armoiries! Je respire. Voici donc une lueur d’espérance.

BAPTISTE. Est-ce que tu sais quelque chose? roger, sortant. Pas encore, mais je vais sur-le-champ... Baptiste, l’arrêtant. Et M. le lieutenant civil, dont tu dois ici attendre les ordres?

roger. C’est vrai. Eh bien! va toi-mème, va vite chez un de nos voisins, un graveur qui demeure au coin du faubourg; il saura peut-être à quelle famille, à quel seigneur ces armoiries peuveut appartenir; et en se rendant chez lui, en le faisant arrêter sur-le-champ...

Baptiste. Le faire arrêter! y penses-tu?

roger. Je in’cn charge. Rends-toi seulement chez le graveur, c’est tout ce que je te demande ; ça ne peut pas te compromettre.

* Baptiste Jusqu’à un certain point; aussi je ne lui dirai

pas mon nom.

roger, le poussant. Fais comme tu voudras, mais va vite et reviens. ( Daptiste sort par la porte du fond.)

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