SCÈNE XI
HENRIETTE, MADAME BERTRAND, qui est entrée sur les derniers mots de la scène précédente.
madame Bertrand. A qui en a-t-il doue? et qu’cst-ce que cela veut dire?
Henriette, pleurant. Ah! ma pauvre madame Bertrand, je suis bien malheureuse! Mon mari a perdu la tête. Voilà sa raison qui a déménagé.
madame Bertrand. Ecoutez donc, ma chère, c’est peutêtre votre faute; cela exigeait des ménagements, et vous lui aurez reproché avec trop de dureté... lui qui est nouvellement en ménage et qui n’a pas encore l’habitude des scènes.
Henriette. Moi, lui faire une scène ! au contraire, j’ai été trop bonne : aussi j’en aurai justice. Je m’en vais chez mon frère ; je vais tout lui raconter.
madame Bertrand. Votre frère! Ah bien oui! c’est bien pire encore; et celui-là en a fait b:en d’autres!
Henriette Que dites-vous?
madame Bertrand. Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose, et que ce n’était pas naturel. Je viens de chez lui, et sa femme est dans la désolation. Apprenez que M. Baptiste, votre frère, a passé la nuit hors de sa maison.
Henriette. Gomment! et lui aussi!
madame Bertrand. Etlui aussi! les deux beaux-frères! Quelle famille! et quel exemple pour le faubourg! Car enfin, jusqu’ici les maris étaient sédentaires, du moins la nuit...
Henriette. Je vais parler à mon frère.
madame Bertrand. Vousavez raison, il faut vousplaindre à lui, à toute la famille; je vous soutiendrai. C’est une affaire qui nous regarde toutes.
Henriette. Mais puisque vous êtes veuve!
madame Bertrand. C’est égal : on ne sait pas ce qui peut arriver. ( Montrant la rue.' Mais regardez donc; où va tout ce monde qui court ainsi dans le faubourg?
FINAL
(On aperçoit dans la rue qui est au fond tout le peuple qui traverse le théâtre en courant.)