‹ Å’uvres illustréesChapitre 489 sur 1154 · RALEIGH, AMY · texte numérisé non relu

RALEIGH, AMY

(Raleigh est vêtu magnifiquement ; Amy est en habit de voyage.)

RALEIGH. Hâtons-nous de traverser cet endroit dangereux, que nous ne pouvions éviter, c’est le seul qui nous couduisc directement à la grande route, où des chevaux nous attendent.

amy. Non, je n’irai pas plus loin; je reste ici. raleigh. Y songez-vous! à Kenilworth, quand nous devrions être déjà sur le chemin de Londres. amy. Mais mon père, qu’est-il devenu?

raleigh. Vous le saurez, Milady ; mais je vous en conjure, éloignez-vous.

amy. Non, sir Raleigh, vous m’expliquerez ce mystère. J’ai revu mon père ; j’ai supporté, sans trahir le secret de Milord, ses reproches et sou indignation ; mais je ne puis résister aux inquiétudes mortelles que votre silence m’inspire. Qu’est devenu mon père?

raleigh. Calmez-vous, il ne court aucun danger ; mais il allait vous enlever, vous cacher pour jamais dans le fond du Devonshire, et je répondais de vous au comte sur ma tète. Vous conviendrez que ma position était très-délicate; je n’avais qu’un moyen, violent, à la vérité, mais je nai point balancé ; j’ai fait arrêter ses pas au nom de Leicester, et par ses hommes d’armes.

amy. Au nom de Leicester ! et je pourrais souffrir... Je cours m’adresser à Milord, pour que mon pere soit mis en liberté, et pour qu’il lui soit permis de retourner chez lui, dans son château du Devonshire.

raleigh. C’est justement là que je l’ai fait conduire; il y restera libre, tranquille, jusqu’à ce que votre mariage soit reconnu; mais je tremble quela reine... elle estdéjà aux portes du château. Venez.

amy. Je ne sortirai pas d’ici que je n’aie vu le comte. raleigh. Trop de dangers vous y environnent. amy. Quoi! la comtesse de Leicester ne trouverait pas d’asile, même dans le château de son époux! que je le voie seulement, et je pars.

raleigh. Eh bien! puisque vous l’exigez, attendez un instant dans ce pavillon écarté, et je cours prendre ses ordres; mais il vient sans doute; entendez-vous ce bruit dans les cours du château ?

DUO

Eloignez-vous, quittez ces lieux!

amy.

Un moment, un moment encore :

De ce spectacle que j’ignore,

Laissez-moi contenter mes yeux!

raleigh.

Non, non, il faut quitter ces lieux!

Y rester plus longtemps encore,

Pour nous serait trop dangereux !

amy, regardant à sa droite.

Quelle est cetle troupe guerrière Qui semble marcher au combat?

raleigh.

De Leicester c’est la bannière!

AMY

Quelle richesse! quel éclat!

Et ces pages ? ces hommes d'armes ?

raleigh, voulant l'entraîner.

Ce sont les siens, éloignons-nous!

AMY

Ah! que ce spectacle a de charmes!

Quoi! ces pages, ces hommes d’armes.

Tout appartient à mon époux !

RALEIGH

Ah ! vous redoublez mes alarmes.

Eloignons-nous, quittons ces lieux!

AMY

Un moment, un moment encore, etc.

RALEIGIl.

Entendez-vous ces fanfares brillantes?

Ce cri joyeux, mille fois répété ?

Voyez dans l’air ces enseignes flottantes!

La reine vient de ce côté!

AMY

Quoi ! c’e*t la reine, ô jour d’ivresse! Parmi la foule qui s’empresse,

Ne puis-je donc, cachée à tous les yeux... raleigh, effrayé.

Y pensez-vous?

AMY

Quel sort heureux!

Mêlant ma voix à leurs chants d’allégresse,

Je m’écrierais d’un air content et fier :

Vive la reine et vive Leicester! »

raleigh, vivement.

Voulez-vous le perdre, Madame!

AMY

Le perdre! ô ciel! lui, mon époux!

A ce mot seul je sens glacer mon âme.

(Reprise.)

AMY

Ah! je pars, je quitte ces lieux,

Et puisqu’un seul moment encore Peut perdre l’époux que j’adore,

D’Amy recevez les adieux.

raleigh.

Oui, pour lui, pour vous plus encore.

Cachez-vous bien à tous les yeux.

(Amy sort par le pavillon à gauche.)

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