SCÈNE VII
MISS CLARENCE, assise auprès de la table, ARTHUR, sortant de la porte à droite.
arthur, à part et riant. Voilà par exemple une singulière commission... mais avant de promettre, je veux toujours voir, cela n’engage à rien. [Au fond et pendant que miss Clarence lui tourne le dos.) C'est donc là cette favorite toute-puissante, cette beauté redoutable qui fait tourner la tète à notre pauvre souverain. Sans être roi, je serai plus brave que lui; et je défie miss Arabelle et ses charmes de faire sur moi la moindre impression... (La regardant.) Grand Dieu !
miss clarence, à part, avec joie. 11 m’a reconnue... arthur. Quoi! Madame, c’est vous!
miss clarence, se levant. Oui, Monsieur. Je ne puis m’expliquer pourquoi on m’a arrêtée la nuit, sur la grande route, lorsque je me rendais tranquillement à Carlisle... j’ignore pourquoi l’on m’a conduite en ces lieux, et quels périls m’environnent... mais je vous vois; votre vue me rassure... et vous ne me refuserez pas votre protection.
arthur. Madame... (^4 part.) C’en est fait de mes illusions.
miss clarence. D’où vient votre embarras? ai-je eu tort de compter sur votre secours?
arthur, avec embarras. Non certainement; mais il ne dépend pas de moi , je ne suis pas maître en ces lieux.
miss clarence. Qu’entends-je!
arthur, avec dépit. D’ailleurs, que serait ma protection auprès de celle qui vous est acquise? vous trouverez toujours des chevaliers, des courtisans prêts à vous défendre : il n’y a ni mérite ni courage à cela; il y en aurait, au contraire, à braver votre pouvoir, à se ranger au nombre de vos ennemis.
miss clarence. Et vous aussi ; vous, monsieur Arthur! Que vous ai-je fait? pourquoi m’en voulezvous?
arthur. Je vous en veux de mes rêves de bonheur que vous avez dissipés; je vous en veux de ces charmes que j’admire, et qui excitent ma colère, et qui me rendraient furieux contre moi, contre vous, contre une autre personne encore que je dois respecter, mais que je hais maintenant, que je hais du fond de mon cœur.
miss clarence. En vérité, vous m’effrayez; et je ne vous comprends pas.
arthur. Oui, une telle franchise doit vous étonner; pardon. Madame, pardon d’avoir osé vous parler ainsi; je reviens à moi-même, à la raison, et dois vous apprendre qu’il est dans ce château des personnes qui vous en veulent, ou qui du moins pensent en avoir le droit.
miss clarence. Et pourquoi? et quelles sont-elles? arthur. Je ne puis vous les dénoncer, je leur dois le secret; mais elles voulaient m’associer à leur ressentiment. Je n’ai pas besoin de vous dire que, maintenant plus que jamais, je m’y refuse; et c’est pour y rester tout à fait étranger que je m’éloigne; je pars.
miss clarence, à part , avec indignation. M’abandonner ainsi!., quelle indignité! [Haut, à Arthur qui s'éloignait.) Un mot encore, Monsieur, et je ne vous retiens plus. J’avais compté sur votre générosité, je vous en demande pardon; et dans la crainte de vous compromettre...
arthur , revenant et vivement. Oh ! si ce n’est que cela...
miss clarence. Je ne vous demande rien pour moi; mais pour une jeune fille qui m’accompagnait, et dont on m’a séparée : puis-je espérer que par votre protection elle me sera rendue?
arthur. Vous allez la revoir, je vous le promets. Adieu, Madame. [Il sort par la droite.)