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SCÈNE PREMIÈRE

MADAME DE TRENEUIL, puis DELPHINE.

madame de treneuil, devant la table, et écrivant. Oui, je l’ai juré, oui, je l’ai signé, cctlc lettre partira auj ,urd’hui; ensuite, et aussitôt après le mariage (le ma sœur... .

Delphine, entrant, d la cantonade. Courez, dépechez-vous... d’autres fleurs... on arrivera déjà, que je

n'aurai pas achevé ma toilette...

madame de treneuil, se levant. Quoi donc, Delphine?

Delphine. Ah! ma sœur, une contrariété affreuse : j’en ai presque pleuré. Si l’on savait ce que parfois le plaisir nous coûte de peine! Figure-toi les fleurs de ma coiffure qui n’allaient pas avec les bouquets de ma robe... aussi c’est ta faute, quand tu m’abandonnes à moi-mème, je ne fais que des étourderies... Ah çà ! . . mais toi aussi, en voilà une. ( Regardant madame de Treneuil, qui est en demi-deuil .)

variété d’émotions dont on ne pourrait jamais se lasser.

madame de treneuil. Qu’entends-je? et que signifient de pareilles idées? vous, de la coquetterie, Delphine ?

Delphine. Comment ! ce serait là de la coquetterie . alors voilà deux mois que je suis coquette sans le savoir, et à présent que j’en ai pris l’habitude, comment donc faire ?

madame de treneuil. Se hâter de faire un choix : car moi qui suis ta sœur aînée, ta tutrice; moi qui ai promis à mon père mourant de te servir de mere et de te marier, je suis obligée de te conduire dans des bals, dansdes assemblées qui m’ennuient à la mort, et toujours auprès de loi, obligée d’écouter tous les hommages, compliments et déclarations qui te sont adressés.

Delphine. C’est tout naturel, vous êtes mon cha-

Air du vaudeville de la Robe et les Bottes.

Pourquoi donc être aiusi parée?

Ce rostume ne convient plus.

Lorsque chez toi ce bal, cette journée, Rassemble tous mes prétendus; Quand mon choix, par cette alliance.

Va couronner tous leurs désirs,

Te mettre ainsi, c’est paraître d’avance Porter le deuil de mes plaisirs.

madame de treneuil. Non vraiment; mais tous ces jeunes gens qui te font la cour se croiraient peut-etre obligés à inviter la maîtresse de la maison; au lieu (pie mon costume les en dispense; c’est comme si je portais écrit : « Messieurs, ne faites pas attention a moi ; allez tout droit à ma sœur. »

Delphine. Que je te plains d’ètre si raisonnable .se priver d’une contredanse... une contredanse!.. Oh. pour moi, je n’imagine pas de bonheur plus parfait, c’est si vif, si animé ! la pensée va deux fois plus vite : légère comme nos pas, et c’est si amusant ! surtout quand on est, comme moi, une demoiselle à marier... n’y eût-il que cette réflexion qui se présente involontairement; la main qui presse la mienne avec tant de douceur est celle peut-être qui doit me conduire a 1 autel; ce cavalier si aimable, si attentif, toujours penche vers mon oreille, pour m’adresser de jolis riens, voua, peut-être, celui que j’aimerai!., et dire cela à chaque fois qu’on change de danseur, vois tu, ça produit une

MADAME DE TRENEUIL.

Air du vaudeville du Baiser au Porteur. Oui, de la ruse et de la médisance Du méchant, du loup ravisseur.

Savoir préserver l’innocence,

D’un chaperon c’est l’emploi protecteur ;

Tel est le mien... je veille sur ma sreur. Garder autrui ! dangereux privilège !

Souveut moi-même, en dépit de ce nom, J’aurais besoin, lorsque je te protège,

Qu’on protégeât le chaperon.

DELPHINE. Oh! je sais pourquoi tu dis cela. madame de treneuil. Comment?

peron. .

MADAME DE TRENEUIL, SOWiant. Oui, 1 011 appelle

ainsi dans le monde celles qui, comme moi, ont une jeune fille sous leur garde.

DELPHINE. Un drôle de nom qui me fait toujours penser au Petit Chaperon Rouge.

MAUAME- DE- lAüLTcuit..

Delphine. Mon Dieu! oui, l’autre jour, au bal, chez

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m. Dorvilé, ce jeune homme qui te poursuivait si vivement, et qui s’est emparé, malgré toi, de ton bouquet, que tu avais laissé tomber, qu’il a bien fallu lui laisser.

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madame de treneuil. Sans doute, et sous peine de faire scandale, car tous les yeux étaient fixés sur nous; et avec un fat, un présomptueux comme celuilà, il n’en faudrait pas davantage pour faire croire... Tiens, tu ne peux pas t’imaginer ce que ma position a de faux et de pénible, et il me tarde que tu te sois décidée, pour quitter Paris et rentrer dans la retraite.

DELPHINE. Eh bien ! ma sœur, je ne voulais pas en

LE CHAPERON

convenir, mais voilà peut-être encore un des motifs qui retarderont mon choix, parce que je me dis : Une fois mariée, établie dans le monde, je n’y aurai plus besoin de chaperon, et ma sœur le quittera. Oh ! tu ne te trompais pas, c’est mon plaisir que j’y cherche, et voilà pourquoi je t’y retiens.

madame de treneuil, avec amitié. Voilà de tes mots quand je veux te faire des reproches. Mais voyons, parlons raison, car c’est elle, et non pas moi, qui te fait un devoir de te prononcer; il me semblait que parmi tous tes adorateurs tu avais distingué M. Anténor.

DELPHINE. Oh! je les distingue tous; mais celui-là a l’air de m’aimer davantage.

madame de treneuil. Et tu l’aimes aussi, je l’ai vu, j’en suis sûre... sage, modeste, d’un excellent naturel.

Delphine. N’est-ce pas? avec lui, une femme serait maîtresse absolue.

madame de treneuil. Il a peu de fortune, mais des espérances... attaché à une des premières maisons de banque, de Paris, héritier d’un oncle très-riche, un des hauts dignitaires du clergé; et puisqu’il t’aime beaucoup, et que lu l’aimes un peu...

Delphine. Mon Dieu ! ce n’est pas une raison, parce qu’en fin je n’aurais qu’à le prendre aujourd’hui, et qu’il s’en présentât demain un plus aimable, vois où j’en serais.

madame de treneuil. Delphine, y penses-tu?

delpiiine. Mais, toi qui parles... toi, qui n’as que vingt ans, et qui es veuve...

Air du Piège.

Toi, si jolie, et qu’entre nous,

Avec amour en tous lieux on contemple.

Pourquoi ne pas choisir un autre époux Et me donner le bon exemple?

Puisqu’en effet, si je t’en crois.

Se marier est si bien dans le monde.

Ce qui fut bien une première fois.

Ne peut être mal la secoode.

madame DE treneuil. Ne parlons pas de cela. (Montrant la table.) Je m’occupais là d'un autre projet, qui doit assurer mon repos et mon bonheur.

DELPHINE. Comme tu me dis cela! est-ce que tu ne serais pas heureuse? Ah ! ne parle pas ainsi, car cette idéc-là va me faire pleurer, et j’aurais toute la soirée les yeux rouges; juge pour un bal!., tous mes prétendus me trouveraient laide, et ça n’avancerait pas mon mariage ; car, vois-tu, à cause de toi, et pour me punir, je veux me marier tout de suite ; pas plus tard que ce soir, mon choix sera fait; je vais le p ser mûrement pendant les contredanses! et le te promets d être invariablement fixée, quand on commencera la galope.

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