‹ Å’uvres illustréesChapitre 566 sur 1154 · ÉLISE · texte numérisé non relu

ÉLISE

Qui mieux que vous, sut jamais les placer?

Tous ces trésors, fruits de vos soins prospères.

Vous les donnez à tous ceux qui n’ont rien.

RIQUEBOURG.

C’est assez juste, et l’on doit bien

Quelqu’ chose à ses anciens confrères.

LA FAMILLE RIQUEBOURG.

élise. Et toute votre famille que vous avez prise avec vous!

RiQUErouRG. Par malheur il n’eu reste guère, les braves gens ne vivent pas longtemps; je n’avais plu< d’autres parents que toi et ton cousin George, nous ne pouvions pas manger ça à nous trois; et tout le monde me disait : « Marie-toi, Riquebourg, tu n’as encore que quarante-cinq ans : n’écoule pas tes années dans l’indifférence et le célibat. » Et ces idées me trottaient dans la tète, quand un jour j’aperçois une jeune personne; ah ! dame, celle-là, je me dis sur-le-champ : « Voilà ! c’est là le numéro qu’il me faut; je n’en veux pas d’autre. » Mais, par malheur, c’était une comtesse! une famille qui n’en finissait plus; ce qu’il y avait de plus huppé et de plus fier dans le grand faubourg.

élise. C’était désolant.

riquebourg. Je crois bien; mais bientôt d’autres informations m’arrivèrent; j’appris qu’ils avaient été ruinés à la révolution! à la première... et ça me rendit courage; je me dis : Les millions en avant. ( Souriant.) Ils ne furent point repoussés par la famille; au contraire, car, quoi qu’on en dise, les millions et les titres, ça va bien ensemble, et dès ce jour seulement je commençai à être fier de la fortune que j’avais gagnée. Je rentrai chez moi, j’ouvris ma caisse, et regardant avec orgueil mon or et mes billets de banque, je me dis : « Il y a donc du mérité là-dedans, puisque je leur dois mon bonheur, puisqu’ils me donnent pour femme la plusjolie et la plus aimable fille de Paris.

élise. C’est bien vrai.

riquebourg. N’est-ce pas? que de vertus! que d’esprit! et elle a la bonté de m’aimer, moi qui ne suis qu’une bêle auprès d’elle, moi qui, comme je le disais tout à l’heure, n’a d’autre mérite que ma fortune. Aussi, je m’en console en mettant tout mon mérite à sa disposition. Par exemple, il n’y a qu’une chosequi m’ait coûté pour lui plaire, c’est de ne plus faire ce qu’ils appellent des cuirs. A-t-il fallu du temps et de l’habitude! c’est la seule tyrannie que ma femme ait exercée sur moi. M’empêcher de placer des t et des s à ma volonté, c’était si absurde ! car enfin, c’est moi qui parle : je les mets où je veux, je suis chez moi d’ailleurs; et cependant, même dans mon salon, je voyais tous ces beaux messieurs qui riaient aussi, sarpebleu !..

élise. Mon oncle !

riquebourg. N’aie donc pas peur, ma femme n’est pas là! et quand je jurerais un peu le matin, à moi tout seul, je n’ai que ce moment-là. Aussi, j’ai pris en haine tous ces gens comme il faut, barons, ducs et marquis.

élise. Il y en a cependant qui sont si bien, et si aimables.

riquebourg Tu en connais ?

élise. Oui, mon oncle.

riquebourg. C’est possible : tu as, comme je le disais tout à l’heure, des connaissances que je n'ai pas; mais sois tranquille, si je te marie jamais, ce ne sera pas de ce coté-là.

élise. Que dites-vous?

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