‹ Å’uvres illustréesChapitre 574 sur 1154 · HORTENSE, GEORGE · texte numérisé non relu

HORTENSE, GEORGE

george, étonné, et regardant sortir son oncle. Qu’estce qu’il a donc, mon oncle?

hortense. Ce qu’il a, George? il veut vous marier. george. Ah! c’est là ce qu’il appelle mon bonheur I J’espère du moins qu’il ne me rendra pas heureux malgré moi ; et comme je n’y consens pas...

hortense. Quoi ! sans connaître celle qu’on vous destine ?

george, avec amertume. Je ne doute pas qu’elle ne soit riche, jeune, aimable, parfaite, en un mot: c'est vous qui avez daigné la choisir; mais quelle qu’elle soit, je la refuse, je n’en veux pas. Point d’amour, point de mariage, jamais. Je veux rester comme je suis. hortense. Vous êtes donc bien heureux?

george. Moi!.. Je suis le plus malheureux des hommes.

hortense, vivement. Et pourquoi?

george. Je ne sais; une fièvre lente me consume et me tue. Sans espoir, sans avenir, cette vie que je commence à peine, me semble déjà finie.

hortense. Et quelle carrière, cependant, promet d’être plus brillante? Aimé, estimé de tous, les honneurs vous attendent, la gloire vous appelle, et le désir de servir votre pays n’excite-t-il pas votre ambition?

george. ÏDe l’ambition! je n’en ai plus. A quoi bon acquérir de la gloire, des honneurs? Pour qui? A qui les offrir? Qui s’intéresse à moi?

hortense. Et nous, Monsieur, nous, vos amis et vos parents?

george. Oui, je le sais, vous m’aimez bien. hortense. Alors, et si vous le croyez, pourquoi parler ainsi? Il m’appartient peu, je le sais, de vous adresser des conseils ; mais si mon âge m’interdit ce droit, mon amitié, peut être, me le donne. Voyons, confiez-moi tout; je suis votre tante et votre amie.

george. Eh bien! oui, votre confiance attire la mienne, vous seule connaîtrez le fardeau qui me pèse; j’aime, sans espoir d’être aimé! bien mieux, sans vouloir jamais l’être; car si je l’étais, je fuirais au bout du monde.

hortense. Insensé ! Vous avez pu livrer votre cœur à une passion coupable !

george. Coupable! qui vous l’a dit?

hortense. Les tourments que vous souffrez; car un attachement pur et légitime ne donne que du bonheur. Mais faites un instant un retour sur vous-même : où un pareil amour peut-il vous conduire?

george. Ah! vous n’avez jamais aimé, vous qui me faites une pareille demande ; où il peut me conduire? à aimer, à souffrir; et ces tourments-là sont le bonheur de ma vie. Loin de m’y soustraire, je les cherche, je les désire, et dernièrement, ce que mon oncle ne sait pas, on m’avait nommé à une place superbe, que j’ai refusée... Il fallait m’éloigner d’elle, il fallait quitter Paris.

hortense, avec émotion. Ah! c’est là qu’elle habite? george. Oui, Madame, bien loin d’ici.

hortense. Et vous n’ayez jamais songé à son repos, que vous pouviez troubler; à sa vie, que vous pouviez rendre misérable?

GEORGE

Air : Le choix que fait tout le village.

Ah! sî jamais je le croyais. Madame,

Si cel amour si cruel et si doux Pouvait troubler le repos de son âme...

C’est impossible .. ainsi rassurez-vous.

Pour que sur moi descende sa pensée.

Pour abaisser jusque sur moi ses yeux.

Par ses vertus elle est trop haut placée.

Et, grâce au ciel, je suis seul malheureux.

hortense. St vous Tètes, c’est que vous le voulez, c’est que vous vous livrez sans cesse au danger, au lieu de le fuir ou de le braver. Je ne suis qu’une femme, et bien faible, sans doute! mais si jamais, pour mon malheur, j’avais à combattre des sentiments pareils aux vôtres, loin d’y céder lâchement, j’en mourrais peut-être, mais j’en triompherais. Auriez-vous moins de courage? et faut-il que ce soit moi qui vous donne des leçons de force et d’énergie? Allons, George, allons, mon ami, croyez-moi, il n’est point de chagrin si profond que la raison ne puisse adoucir, point d’infortune si grande que notre cœur ne puisse supporter et vaincre! Je vous offre mon aide, mon secours; et si vous êtes ce que je crois, si vous êtes digne de mon estime, vous suivrez mes conseils.

george. Parlez.

hortense. Votre oncle voulait vous faire épouser Elise

LA FAMILLE RIQUEBOURG.

george. Elise! ma cousine? c’est impossible, un autre en est épris, le vicomte d’Herembert, mon ami.

HORTENSE

Air de Téniers.

C’est ce qu’il faut d’abord faire connaître

A votre oncle.

GEORGE

Je lui dirai.

HORTENSE

Et puis, il est d’autres partis peut-être..

GEORGE

Pour moi, jamais... je l’ai juré.

N’éspérant rien de celle que j’adore,

Je veux toujours, en mes soins assidus,

Lui conserver un amour qu’elle ignore,

Et des serments qu’elle n'a pas reçus.

hortense. Eli bien! il est un autre parti plus facile, qui assurera votre tranquillité, et la sienne peut-être. Cette place qu’on vous offrait, et qui vous éloigne de Paris,, il faut l’accepter.

george. Me priver de sa présence, de mon bonheur! et que vous ai-je fait pour me donner un pareil conseil?

hortense. Il faut pourtant le suivre ; mon amitié est à ce prix, choisissez... Eh bien!

george. Y renoncer, jamais !

hortense. Je vous croyais digne de m’entendre, je vous laisse à vous-même, et n’ai rien à vous dire. (George s’éloigne ; mais au moment de sortir , il jette un coup cT œil sur Hortense, qui ne le regarde plus. Il soupire et sort.) Ah! que c’est mal à lui!

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