SCENE IX
NÉRILHA, ATALMUC, sortant de dessous terre.
atalmuc. Me voici!., autrefois ton maître, à présent ton esclave ! Que me veux-tu ?
nérilba. Ah! si tu savais!
atalmuc. Je sais tout!
nérilha. C’est affreux!., n’est-ce pas!., c’est indigne!.. Ce prince, venir ici sous un déguisement et par une tromperie!.. Pourquoi ne m’a-t-il pas dit tout d’abord... Je suis le sultan... l’époux de Gulnare... ( Avec dédain.) Mon Dieu, il en est bien le maître... et à coup sûr ce n’est pas moi qui veux l’empêcher!..
atalmuc, froidement. Tu veux donc qu’il l’épouse? nérilha, vivement. Non, non, au contraire!.. Vengemoi? Punis-le?
atalmuc. C’est facile!.. Je n’ai qu’un mot à dire pour que les plus grands dangers le menacent!
nérilha, avec effroi. Lui!.. Des dangers!.. Lesquels?.. (Agitant sa rose.) Je le défends! je le protège!.. atalmuc, avec fureur. Malheureuse!..
nérilha. Oui, bien malheureuse!.. ( Portant la main i son cœur.) Je ressens là... des tourments...
atalmuc. Que j’éprouvais pour toi... et que j’éprouve encore...
nérilha, lui prenant la main. Mon pauvre maître!.. atalmuc. Mon art ne peut rien pour moi-même, ni pour toi! Mais cet amour que tu ne crains pas de m’avouer, me rend à la fois content et furieux!.. Celui que tu aimes, je le maudis, et le remercie, car bientôt, grâce à lui, tu vas retomber en ma puissance ! nérilha. Moi!
ATALMUC. Tu sais nos conventions! Et si tu lui avoues cet amour, si tu lui en donnes la moindre preuve...
nérilha. De ce côté-là, rassure-toi ! Ce que j’éprouve là... c’est du resseutiment... de la colère... de la haine... oui, de la haine!.. Et tout à l’heure... tiens... lorsque Gulnare lui a présenté sa main, qu’il a portée à ses lèvres... Pourquoi? Qu’avait-il besoin de lui baiser la main... elle n’est pas déjà si belle!.. Eh bien!., dans ce moment... tout prince qu’il est... si j’avais pu le frapper... et elle aussi!..
atalmuc, avec colère. Mais tu ne veux donc pas me laisser le moindre doute ?.. Jalouse !.. Tu es jalouse ! nérilha. Moi!.. Grand Dieu!..
atalmuc. Cette jalousie que tu me reprochais... que tu ne comprenais pas...
nérilha. Ah! je la comprends!.. Et tout à l’heure, quand il l’a embrassée... (S’arrêtant, et avec dépit.) Ah ça!., est-ce qu’il l’embrassera toujours ainsi?.. atalmuc, froidement. C’est son mari !
nérilha. Son mari... son mari!.. Ah! voilà à quoi je n’avais jamais songé... et rien que cette idée... atalmuc. Modcre-toi !.. Gulnare vient de ce côté...
| nérilha. Et pourquoi y vient-elle?
atalmuc, froidement. Sans doute pour attendre le prince!., son amant... son époux!..
nérilha. Ah! tu es méchant! Tu me dis ce mot-là .. exprès pour me torturer...
atalmuc. Non ! mais pour t’épargner une nouvelle douleur, celle d’être témoin de leur entrevue...
nérilha. C’est-à-dire que si je m’éloigne... si je les laisse ensemble... il va encore lui baiser la main!.. atalmuc, avec impatience. Eh! qu’importe après tout! nérilha. Ce qu’il importe!.. Tu me le demandes! (Elevant sa rose magique.) Pour qu’il ne s’avise plus d’y songer... je veux, quand on donnera à Gulnare le moindre baiser, qu’on reçoive à l’instant un bon soufflet, bien ferme, bien appliqué! (Avec dépit.) Oui... oui... là!., ça lui apprendra !
atalmuc. Tu le vois bien!., te voilà comme moi, méchante, extravagante et colère ..
nérilha Moi! colère!.. Si on peut dire cela!.. Quand c’est lui qui en est la cause!.. (Avec emportement.) Va-t’en!., va-t’en! . méchant serviteur... et ne reviens plus!..
atalmuc, sortant par la droite'. Soit! Je vais t’attendre!
nérilha Et quant à Gulnare... je l’ai dit, ce sera... Qu’on y vienne maintenant... qu’on y vienne!.. Et gare aux soufflets. (Elle disparaît par les bosquets, à droite, pendant que Gulnare entre pensive par une allée , à gauche.)