SCENE X
Les mêmes, JÉROME, paysans et paysannes ; CHARLES, sortant de la porte à gauche et AGATHE de celle de droite.
Jérôme, annonçant à haute voix. Les vassaux de madame la comtesse!
CHŒUR
(S’adressant à madame Bertrand et lui présentant des fleurs.)
Vive la noble comtesse,
Qui vient régner en ces lieux!
Vive la bonne maîtresse.
Qui nous rendra tous heureux !
ENSEMBLE
MADAME BERTRAND
Moi, madame la comtesse !
C’est absurde et merveilleux,
Je n’en puis croire mes yeux !
CHARLES ET AGATHE
Vous, madame la comtesse!
Je n’en puis croire mes yeux.
Près de ma mère on s’empresse :
Elle commande en ces lieux!
(La musique cesse.)
Charles et Agathe , étonnés. Pourquoi tout ce monde? ces bouquets ?
Jérôme. Pour madame la comtesse!
madame Bertrand, haussant les épaules et à Rigobert. Allons donc! est-ce que c’est possible?
rigobert, ta saluant. Oui, madame la comtesse. madame Bertrand. Lui aussi! mais comment! brindamour, en dehors et criant. Place ! place ! madame Bertrand, à Rigobert. Mais quelles preuves, quels titres !
rigobert, voyant entrer Brindamour. Les voici!
Les mêmes, BRINDAMOUR, un fouet à la main, en costume de courrier de cabinet , la plaque armoriée sur la manche.
brindamour, un paquet cacheté à la main, à Rigobert. Courrier du cabinet... nommé sur votre demande .. et déjà en fonctions... j’apporte un message,.. le duc, vivement. Pour moi?
brindamour. Non pas... pour madame Bertrand! tous. Comment!..
madame Bertrand, prenant le paquet cacheté et lisant l'adresse. « A madame Bertrand, comtesse de... » (A ellemême.) Ah çà... est-ce que sans m’en douter...
Jérôme, avec joie, au duc. Oui, nous sommes comtesse... et pourquoi pas?
madame Bertrand. Je crois qu’ils finiront par me le persuader.
Charles, vivement. Mais lisez donc, ma mère. tout le monde. Lisez donc. .. lisez!
madame Bertrand, troublée. Voilà... voilà... jesuis toule tremblante!.. « Madame, c’est un débiteur qui vient bien « tard s’acquitter envers vous!, l’acte qui est jointà cette « lettre était destiné à votre mari, qui fut, comme vous. « mou bienfaiteur et mon sauveur, il ne vous a pas élé « expédié plus tôt par ma chancellerie, par la raison infini- « ment simple que je n'avais plus moi-même ni chan- « cellerie ni principauté. La mienne supprimée un matin, « par décret du Moniteur, vient de m’être rendue par « le congrès de Vienne, et je vous prie de vouloir bien ac- « cepter pour vous et les vôtres, la terre et le comté do « Reichenbach. »
le duc, vivement et prenant la main de Charles. Le titre de comte!
madame Bertrand, continuant. « Votre affectionné « Signé : Le prince régnant, Frédéric. » rigobert, à madame Bertrand, avec élan. Et toujours votre ami Rigobert!.. (La musique reprend. Pendant la lecture delà lettre, Rigobert a seulement entr’ ouvert son habit, qui laisse voir dessous un large ruban en sautoir.)
MADAME BERTRAND
Ah ! je ne puis... je n’ose y croire encor!
(Courant à lui et à demi-voix.)
Qui? vous! Rigobert! en altesse!
rigobert, de même.
Ainsi que vous, en comtesse !
MADAME BERTRAND
Pour de vrai?..
rigobert.
Pour de vrai!
madame Bertrand, à Charles, qui est dans ses bras.
Mon fils, mon seul trésor !
Tu seras donc heureux!..
CHARLES
Et je le suis par vous !
i Jérôme, à part, soupirant et regardant madame Bertrand.
Hélas! hélas!..
Décidément je ne parlerai pas!
rigobert, bas, au duc.
Nous nous arrangerons!..
m En m’acquittant...
48 LA CHARBONNIÈRE
RIGOBERT
le duc, à haute voix, et tenant la main de sa fille.
Sans frais...
Et moi, j’annonce à tous l’uniou de ma fille
Un prince, Monseigneur, ne prend pas d’intérêts !
Avec le colonel comte de Reichcnbach!
{Haut, à Brindamour.)
choeur.
Quant à toi, dont le cœur d’ambition pétille,
Sois courrier du prince!..
Vive la noble comtesse
' brindamour, avec joie et comme faisant claquer son
Qui vient régner en ces lieux !
fouet.
Vive la bonne maîtresse
Clic!., clacl
Qui nous rendra tous heureux!
FIN DE LA CHARBONNIÈRE