‹ Å’uvres illustréesChapitre 736 sur 1154 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

BOLBURY, puis GÉRALDINE.

BOLBURY, seul. Grâce au ciel! le temps est à l’orage !.. c’est le beau temps pour la police... Ou s’agite, ou conspire contre notre gracieux monarque Edouard! (Relisant la lettre qu'il a reçue.)» Un intrigant, un scélé- « rat, profitant de quelque ressemblance avec le roi, se « donne pour le frère aîné de Sa Majesté, dont la mort « a été révoquée en doute par quelques séditieux... Sous « prétexte qu’il a les traits de notre souverain, il veut « avoir sa couronne et chercher A fomenter des troubles,

« même dans la capitale... » (S’arrêtant.) Je remplirai la mission qu’on me donne... je le prendrai, je le saisirai. J’ai des agents pour cela, et s'ils le découvrent, il y a une récompense... pour moi, qui suis leur cher... C’est toujours ainsi en bonne administration... et cela viendra à merveille avec les idées que j’ai... (. Apercevant Géraldine qui sort de la maison et se dirigeant vers le fond.) Ah! Géraldine... Géraldine! où donc allez-vous ainsi ?.. quand j’ai à vous parler... ( L’amenant par la main ) Il ne faut pas avoir peur, mon enfant., avec moi, votre cousin... Causons un peu des fêtes, des passes d’armes qui vont avoir lieu à l’occasion du mariage de notre féal monarque avec la princesse de Hainaut.

Géraldine. Quand donc?

bolbury. Demain, à ce qu’on dit... La princesse a déjà été épousée à Arras, et au nom du roi, par le comte de Salisbury... Elle est arrivée hier... mais c’est demain, en grande cérémonie, et dans sa bonne ville de Londres, que le roi lui-même... Ah! mon Dieu! à propos du roi, cet envoyé de la cour, ce jeune homme que j’ai fait entrer là, chez moi, vous l’avez vu?

GÉRALDINE. Je lui ai fait une belle révérence; il ne s’en est même pas aperçu... tant il était occupé.

bolbury. Occupé!.. Et à quoi, s’il vous plaît!

GÉRALDINE. Debout devant les vitraux de la fenêtre, les yeux continuellement fixés sur la croisée ici en face!.. (Elle désigne la prison.)

bolbury. Celle de mistriss Makinson, la jolie petite femme de maître Makinson, un de mes constables... un gaillard bien fin et bien adroit.

GÉRALDINE. Je ne sais pas ce que ce petit jeune homme peut avoir à faire dans la maison du constable, mais hier, à la tombée de la nuit, je l’ai vu descendre mystérieusement de cette croisée, au risque de se tuer!

bolbury. Vraiment!.. (Riant.) Ah! ah! ah! ah!

GÉRALDINE. Cela vous fait rire!.. Moi, j’ai tremblé pour

bolbury. Ah! ali! ah! (.1 part.) Brave Makinsbn...

LE PUITS D’AMOUR

Géraldine, naïvement. Mais ce pauvre jeune homme, en descendant ainsi de cette croisée, je vous dis qu’il peut se tuer. . II vaudrait bien mieux lui ouvrir la porte...

bolbury. Vraiment! vous croyez!.. Ah! Géraldine! Géraldine, mon enfant, vous êtes un trésor de candeur et d’innocence... et ceci nous amène tout naturellement à l’importante question que je voulais traiter... En vous faisant quitter l’Irlande, et en vous envoyant ici à Londres, pour les fêtes du mariage, chez votre cousin Bolbury le shérif, notre vieille tante Déborah ne vous a rien dit?

Géraldine. Elle m’a dit que je m’amuserais... et je m’ennuie...

bolbury. Je m’en suis aperçu... Depuis huit jours que vous êtes ici... vous êtes triste!

Géraldine. C’est vrai !

bolbury. Vous soupirez !

Géraldine. C'est vrai!

bolbury. Vous pleurez même !

Géraldine. C’est vrai!

bolbury. Cela ne m’étonne pas... jeune colombe irlandaise, dont le cœur se prend aisément, vous aimez? Géraldine. C’est vrai!

bolbury. J’en étais sur... Et s’il ne tenait qu’à vous d’épouser celui que vous aimez...

Géraldine, vivement , avec transport. Ah ! ne me dites pas cela!

bolbury. Pourquoi?

Géraldine. J’en mourrais de joie!

bolbury. Diable! il faut prendre garde!.. Vous l’aimez donc bien?..

Géraldine, Ah! cela ne vous étonnerait pas si vous le connaissiez!

bolbury, avec orgueil. Je le connais!

Géraldine. En vérité!.. Parlez, alors, parlez... Qu’est-il devenu?., où est-il?

bolbury. Qui donc?

Géraldine. Tony.., si bon, si aimable, si gentil... vous savez bien?

bolbury, avec dépit. Eh! non... je ne sais pas... je vous parlais d’un autre.

Géraldine. Et mpij je ne parle que de lui! bolbury;. Et quel est donc ce Tony?

Géraldine. Un matelot.

bolbury. Un matelot! •

Géraldine. Qui tous les soirs venait chez ma tante Déborah...

bolbury. Il est riche?

Géraldine,. Il n’a rien !

bolbury, àpart. Je respire ! (Haut.) Et où est-il maintenant?

Géraldine. Je l’ignore... Parti sur son vaisseau qui allait remettre à la voile... je lui ai dit de m’écrire ici, à Londres tous les jours je vais à la maison de poste... j’y

vais encore de ce pas...

bolbury, avec joie. Et point de lettres?..

Géraldine. Aucune!

bolbury, de même. Je comprends !..

Géraldine. Et, cependant, Meg la devineresse m’a dit que nous nous reverrions... Mais, ce qui m’inquiète, c’est que voilà deux nuits de suite que je vois Touy avec une plume noire à son chapeau... C’est signe de maladie ou de danger...

bolbury. Vous croyez cela?

Géraldine. C’est connu!.. Tout lé monde vous le dira, en Irlande...

bolbury. C’est juste!.. (Apart.) Ces pauvres Irlandaises sont d’une crédulité... (Haut.) Et dites-moi, Géraldine, il n’a rien reçu de vous?

>, Géraldine. Si vraiment!

bolbury. O ciel!..

Géraldine. Tout ce que je pouvais lui donner de plus sacré... l’anneau de ma mère...

bolbury, à part. Passe encore!

Géraldine. Vous n’ôtes pas trop fâché, cousin? bolbury. Dame ! je pourrais l’être plus... Et encore une question, cousine... Si Tony le matelot était mort?..

Géraldine, vivement. Je le suivrais!.. Oh! la vieille Meg me l’a bien dit aussi : « Quand on s’est aimé fidèlement dans ce monde, on se retrouve dans un autre pour être riches, heureux!.. »

bolbury. Est-elle superstitieuse!.. Et si tout bonnement, tout uniment, il était infidèle comme tout le monde ? Géraldine. Ce n’est pas possible !

DUO

BOLBURY.

Compter sur la constance D’un matelot!

Ah ! c’est trop d’innocence !

Vraiment, bientôt,

D’une telle folie,

Oui, vous rirez !

Et vite, je parie,

Vous guérirez!

Géraldine, avec sentiment.

J’ai foi dans la constance Du matelot!

Je crois, douce espérance,

Le voir bientôt!

Si c’est une folie,

Un vain désir,

Laissez-moi, je vous prie.

N’en pas guérir!

BOLBURY.

Et moi, pour vous, j’avais une autre envie... Oui, vous pouviez aspirer à ma main!

GÉRALDINE

C’est trop d’honneur ! et je vous remercie ! Mais je préfère un plus obscur destin...

Je l’aime tant!..

BOLBURY.

Non, de votre âme Vous bannirez un amour fugitif...

Je l’aime tant !..

BOLBURY.

Vous deviendrez la femme, La femme d’un puissant shérif...

Voilà le vrai, le beau, le positif...

Mais...

REPRISE DE L’ENSEMBLE

Compter sur la constance, etc.

GÉRALDINE

J’ai foi dans la constance, etc.

BOLBURY.

De ce Tony déjà le cœur est infidèle !

GÉRALDINE

Lui, me trahir, après tant de serments!

BOLBURY.

Tous ces marins, je les connais, ma belle ; Comme les flots ils sont changeants!

GÉRALDINE

M’oublier, lui,

Mon cher Tony!

Mon doux ami!

Non, non, jamais!

A ce malheur, si je croyais.

Ah! j’en mourrais !

Tout me dit qu’en ce jour j’aurai de ses nouvelles! Cousin, pardonnez-moi D’avoir donné ma foi!

BOLBURY.

J’ai soumis des cœurs plus rebelles;

De l’hymen avec moi Vous chérirez la loi...

Du cher Tony je n’ai pas peur!

Dans votre innocent petit cœur Je remplacerai le trompeur!

LE PUITS D’AMOUR

ENSEMBLE

GÉRALDINE

L’oublier, lui !

Mon cher Tony! etc.

BOLBURY.

Du rlier Tony, je n’ai pas peur!

Dans votre, ete.

( Géraldine sort par le fond à gauche.)

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