SCENE III
PÉTÉROFF, seul, puis ÉMILE.
pétéroff. Ah bien oui! réveiller notre jeune officier;
ma maîtresse gronderait joliment! un prisonnier blessé, que nous avons reçu avec les égards dus au courage malheureux, parce que le malheur et le courage ont toujours été accueillis dans notre château Ah! voici monsieur Emile. Bonjour, mon officier; comment vous va ce matin?
Émile. A merveille! je te remercie; ma blessure est presque guérie, et je crois qu’aujourd’hui je pourrai commencer à sortir.
pétéroff. Et comment avez-vous dormi ?
Émile. Fort bien : madame la comtesse avait reçu hier une lettre de l’armée qui m’a fait passer une excellente nuit.
pétéroff. Il y a donc de bonnes nouvelles?
Émile. Oui, il parait qu’on a frotté vos Cosaques ; ç’a m’a fait plaisir.
pétéroff. Mais pas à eux ; et vous m’annoncez cela avec une joie...,
Émile. Écoute donc : parce que je suis prisonnier en Russie, crois-tu que je sois devenu Russe? Du reste, tout fait croire à une paix prochaine, et j’en suis enchanté.
pétéroff. Moi aussi, attendu que les Français n’ont qu’à reprendre Wilna, voilà notre château qui est exposé.
Émile. Ne crains rien, c’est moi qui à mon tour vous protégerai ; etplùt au ciel que j’en trouvasse jamais l’occasion ! car ta maîtresse est si bonne, si généreuse, je dois tant à ses bienfaits !
pétéroff. Ah! mon Dieu! j’oubliais de vous dire qu’il y a en bas un Français qui demande à vous parler.
Émile. Et l’on ne m’a pas prévenu !
pétéroff. Ne voulant pas vous réveiller, j’ai pris sur moi de le faire attendre dans le jardin.
Émile. Quelle manie as-tu donc de toujours prendre sur toi?.. Va vite le prévenir.
pétéroff. Mais, Monsieur, s’il a eu froid, il sera entré dans les appartements.
émile. Eh ! va donc !
pétéroff. Entrez, entrez. Monsieur, on peut vous recevoir. (Il sort.)